Cindy, Deleuze et la "Nouvelle Star"
Eh oui, nous avons regardé cette "Nouvelle Star" 2006 depuis les débuts... Pour Cindy bien sûr. Le petite Neuchâteloise aux tresses blondes parvient à nous bluffer chaque mercredi. Cindy géniale dans son interprétation de "Respect" d'Aretha Franklin. Cindy qui arbore toujours la même moue au moment de faire face au verdict du jury… Car c'est cela "Nouvelle Star" : la soumission perpétuelle au jugement d'autrui, sous l'œil vorace de millions de téléspectateurs.

"Un individu qui monte sur scène risque sa peau, parce que le public est un gros animal dangereux, et qu'il peut à tout instant anéantir sa créature, la chasser, l'obliger à s'enfuir sous la honte et les quolibets", lit-on dans le dernier Houellebecq ("La possibilité d'une île", Fayard). Et sur M6, c'est exactement ça : de petits jeunes gens descendent dans l'arène comme des gladiateurs. Ils savent que certains ne reviendront pas en deuxième semaine. Ils ne se révoltent pas contre ces règles. Contre ce jury qui vote la grâce ou la disgrâce non plus en levant le pouce ou en l'abaissant mais en affichant un rectangle bleu ou rose.
Fascinant, du reste, ce jury. Mélange de compétence et de vulgarité, de goguenardise et de paternalisme, les quatre compères jouent symboliquement une partition bien connue : celle de l'entretien d'embauche. Devant eux, les candidats doivent interpréter la chanson qui plaît aux oreilles de l'employeur (M6), tout en étant sommés d'y imprimer leur personnalité. Comme il y a de la concurrence (25000 postulants au départ), on peut se permettre de pinailler, de demander l'impossible. Parfois ça marche : le juré André Manoukian félicite Cindy de s'être "déterritorialisée", en citant le philosophe Gilles Deleuze. Parfois pas. Alors quand, dans un dispositif de "direct" verrouillé jusqu'au moindre angle de caméra, un peu d'inattendu se glisse, cela fait l'effet d'un électrochoc. A témoin cet échange mercredi 12 avril entre Dove Attia et Beverly (photo) :
Le juré : "Tu n'as pas à choisir une chanson qui ne te va pas!"
La candidate (lucide et hagarde, oubliant sans doute les termes du contrat qu'elle a signé avec la production) : "Vous savez qu'on n'a pas le choix ? !…"
Après le silence éloquent du juré, on comprenait mieux pourquoi le pauvre Bruno avait galéré avec les paroles de "Billie Jean", lui qui s'était déjà farci "Quand on a que l'amour" de Brel la semaine précédente…

Avec un sadisme consommé, la jurée Marianne James avait alors observé qu'une telle chanson ne pouvait pas être chantée correctement par un garçon qui dort avec ses peluches. En fait, tous rament un jour où l'autre (quand on demande par exemple à Florian de chanter "Baby Jane" avec le timbre inimitable de Rod Stewart, on se dit qu'il ne faut pas pousser…). Et c'est aussi ce qui fait la force de l'émission : la dignité et le panache avec lesquels ces gamins doués remplissent des contrats impossibles à tenir. On les veut expérimentés et juvéniles, polyvalents et pas du tout rebelles : comme dans un entretien d'embauche!
Un soupçon de fronde, il y en a eu mercredi quand le jury s'est mis à parler du "single" enregistré par les candidats. A Marianne James qui souhaitait que les jeunes en vendent "des millions", Manu Katché a sèchement répondu que dans ce cas, on vendrait "des millions de merdes". Une émission commerciale dans laquelle on crache sur un produit dérivé n'est pas totalement dépourvue d'intérêt.
Un dernier mot du public : celui qui vote, à coup d'appels téléphoniques et de SMS surtaxés (50 ct d'euro pour la chaîne), que pense-t-il de la foule qui emplit le pavillon Baltard ? N'est-elle pas étonnante, cette masse de gentils supporters qui acclame tous les candidats et qui aime tout le monde ? N'est-elle pas étrangement unanime et docile (pas le moindre calicot contre le CPE!). Même les adultes paraissent en phase de régression avancée. Cela doit faire partie du concept, tellement dans l'air du temps décrit par le même Houellebecq : "Ce que nous essayons de créer, c'est une humanité factice, frivole, qui ne sera plus jamais accessible au sérieux ni à l'humour, qui vivra jusqu'à sa mort dans une quête désespérée du fun et du sexe ; une génération de kids définitifs" ("La possibilité d'une île").
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13 Avril 2006 à 14:36 dans
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j adore bruno g craque su rl u g pleure quand il est parti
Posté par sherfine — 05 Mai 2006, 21:06