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Les journalistes comme les filles de joie ?

Quelles pistes pour revaloriser l’acte journalistique ? Quels moyens pour garantir la qualité de l’information ? Le premier débat des Assises du journalisme, mardi à Lausanne, a beaucoup tourné autour de l’influence des quotidiens gratuits et des concessions faites aux annonceurs.

« Soyez des grands professionnels du tri de l’information ! », a lancé Patrick Nussbaum, directeur de l’information à la Radio Suisse Romande. « C’est exigeant, de faire la différence entre le bruit et l’information pertinente, entre ce qui est à la portée de tous et ce qui est un peu caché. Autrefois, le journaliste était au carrefour de la circulation des données. Maintenant, il doit aller rechercher de l’information dans une société de l’hyper transparence.»

 

« L’information est parfois tellement transparente qu’on  ne la voit plus ! », a ironisé Roger De Diesbach, ancien rédacteur en chef de « La Liberté ». Selon lui, presse éthique sérieuse ne signifie pas « chiante ». Le journaliste craint que le temps consacré à enquêter soit réduit à néant. Et il redoute que les pratiques contestables induites par les journaux gratuits fassent école : fausses « Unes », logos intempestifs, meilleurs emplacements réservés à la pub, publi-reportages déguisés, articles de consommation sans esprit critique…. Début 2007, le Conseil suisse de la presse a clairement arrêté qu’il faut maintenir une distinction claire entre publicité et information, a rappelé Christian Campiche, au nom du collectif « Info en danger ». Il faut maintenant que les rédacteurs en chef en tirent les conséquences en fixant des limites.

 

Eric Hoesli (Edipresse) ne partage pas l’alarmisme ambiant : « La presse s’est fortement améliorée au fil des ans. Elle va chercher dans un champ plus vaste », a-t-il assuré. « Il y a plus de jeunes qui lisent qu’il y a 30 ans. Et si 900.000 personnes lisent les journaux gratuits chaque matin, il faut éviter l’arrogance de croire que ce sont tous des imbéciles. Les mêmes personnes combinent plusieurs médias. Ils connaissent beaucoup plus finement les titres que nous le pensons. »

 

A entendre les confidences désabusées de certains confrères, Christoph Büchi (NZZ) doute qu'ils pratiquent encore le plus beau métier du monde : « Les journalistes me font penser à des filles de joie. Quand on couche avec des clients, on ne peut pas dire qu’on jouit…» Il est vrai que les journaux gratuits font lire davantage les jeunes et les étrangers. Mais en absorbant la pub nationale, ils font payer un prix énorme à tous les titres, aujourd’hui tous à la limite de la rentabilité. Alors qu’il y avait 15 correspondants de la presse alémanique en Suisse romande il y a 15 ans, ils ne sont plus que 3 ou 4…

 

Récompensé par le Prix Jean Dumur pour la qualité de ses articles économiques, le journaliste Jean-Claude Péclet a incriminé…« l’omniprésence de la pensée économique »! Un travers aussi dénoncé par Patrick Nussbaum : « De jeunes journalistes talentueux ont de la peine à se dégager de l’air du temps, de ce qu’ils croient bon de penser ». Christophe Gallaz a pointé le fait que la crédibilité est aussi « l’art d’être cru » quand on ment : « Pourquoi n’y a-t-il dans les médias aucune rubrique sur la recherche de la vérité et sur les moyens d’y parvenir ? » Des journalistes chevronnés comme Eric Hoesli ou Patrick Nussbaum estiment qu’il n’est plus tabou de parler de marques et de commenter des produits. Christophe Gallaz a voulu secouer l'invasion tranquille de ces rubriques "conso" : « Un article peut aussi avoir pour fonction de rendre sceptique par rapport à la sphère marchande ».

Christian Georges


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