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Castellinaria (5) : où sont les pères ?

Comment expliquer le faible nombre de réalisateurs de premier plan prêts à tourner un film accessible aux enfants ? Serait-ce une punition ? Dévalorisant ? Risqué pour sa carrière ? Caméra d’or à Cannes en 1999 ("Le Trône de la mort"), l’Indien Murali Nair a relevé le défi avec brio. « Unni » (photo) montre l’école et les écoliers avec une réelle attention pour ce qui pèse lourd dans le cartable.

Comme un vol de moineaux, des enfants détalent sur un chemin poudreux. Nous sommes dans la campagne du Kerala, au sud de l’Inde. Garçons et filles vont à l’école en uniforme. Cette école sous les arbres est rythmée par des rituels (la gym matinale donnée par Moustache, le marteau frappé sur du métal pour marquer la fin des leçons, les récitations). C’est aussi un lieu où l’on éprouve le besoin de susciter la magie (un prestidigitateur passe faire son numéro).

 

Unni et ses copains découvrent la vie (la manière de faire pipi des filles). A même pas 12 ans, ils savent déjà deviner les adultes. Derrière la fraîcheur et l’insouciance pointe un gros souci : les carences du lien paternel. Le père d’Unni travaille dans les Emirats (comme des milliers de Keralais). Il ne peut pas rentrer chaque année dans sa famille. Un autre père boit et bat sa femme. Un troisième paraît soucieux de marier sa fille. Un quatrième est mort bien trop tôt.

 

Le film de Murali Nair donne de l’enfance une représentation sans idéalisation et tout en nuances. Les gosses ne sont jamais dupes des comportements des adultes. Ils pressentent les réponses redoutées. Ils taisent les écarts embarrassants. Ils s’accommodent de leurs chagrins refoulés. Ils rient sous cape des petits travers de leurs maîtres, de bons bougres au demeurant.

Dans un plan magnifique, qui relie plusieurs générations de la même famille, le réalisateur montre à quel point le cinéma peut faire communier petits et grands devant le même spectacle : la famille s’amuse devant les extravagances d’un récit légendaire à l’indienne. Une fantaisie totalement déconnectée des embarras du quotidien. Le film des familles idéal ?

CGS


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