"Presse futile, presse inutile"
Roger de Diesbach avait pensé sous-titrer son livre « Mémoires d’un ringard ». Par ironie. En réalité, l’ancien rédacteur en chef de « La Liberté » publie un vibrant plaidoyer pour le journalisme. Il le fait en illustrant son propos des expériences vécues dans le cadre de l’agence d’investigation BRRI, qu’il avait fondée. Le journaliste était jeudi l’invité du Club 44 à La Chaux-de-Fonds.

Cette conviction, Roger de Diesbach l’a confortée par ses voyages. Il l’a vu au Sénégal, en Iran, au Togo : « Plus la population d’un pays est opprimée, meilleur est l’accueil. Face à des gens oubliés, « fatigués de souffrir », le journaliste est « porteur d’espoir de changement. » Paradoxe : l’information est parfois rare, voire inexistante. Ici, elle submerge jusqu’à la confusion.
Mais quelle information ?… « Dans certains médias, la hiérarchisation a disparu au profit d’une accumulation d’informations « vendables ». Avant de travailler, le journaliste devrait toujours se poser la question : « A quoi ça sert ? Est-ce d’intérêt public ? » Parfois, il faut se retenir de publier une information. Si on ne se pose plus la question, on ne peut plus hiérarchiser. »
En publiant son livre, Roger de Diesbach se défend d’aligner les attaques contre la presse « facile » : « Je ne suis pas opposé aux journaux populaires, à condition qu’ils traitent de sujets importants et d’intérêt public. En revanche, les gratuits me font peur pour deux raisons. Je doute qu’ils donnent aux jeunes l’envie de lire les journaux. Je doute qu’après quatre ou cinq ans de lecture de gratuits, on fasse le saut vers une presse de qualité. Et en s’accaparant les annonceurs nationaux, les gratuits risquent d’étranger la presse traditionnelle ».
De Diesbach peste contre le glissement vers l’amusement et la facilité, contre la dérive populiste imposée par certains éditeurs. Des éditeurs parfois enclins à d’incroyables concessions pour plaire aux annonceurs. « Ils débilitent leurs titres pour maximiser leurs bénéfices ». L’ancien rédacteur en chef de « La Liberté » rappelle que si « Le Temps » garde un taux de pénétration faible dans le canton de Fribourg, c’est parce que son quotidien régional a su maintenir une haute exigence au niveau de l’actualité internationale et nationale.
Des journalistes en place, de Diesbach attend « un solide esprit d’indépendance et de contestation, le courage de s’opposer à un rédacteur en chef » quand il le faut. Il salue les 600 journalistes qui ont signé la pétition « Information en danger » en 2006. « Aujourd’hui, les journalistes ne sont pas moins bien formés. Ils sont simplement dans des cadres où la recherche de la vérité n’est pas au programme. » A ceux qui prédisent la spirale de la médiocrité, la possible disparition du journaliste et le triomphe de l’info en ligne, Roger de Diesbach oppose un plaidoyer fort : « Internet ne triomphera que si la presse traditionnelle renonce à sa mission. On ne me fera pas croire que l’augmentation de la qualité ferait perdre des lecteurs. Ceux qui durent, parmi les titres, sont ceux qui offrent plus et mieux que les besoins exprimés ».
Au cours du débat qui a suivi, un journaliste a rappelé que la population a aussi la presse qu’elle mérite. Il a fustigé ces trop nombreux enseignants qui renoncent à s’abonner à un quotidien sous prétexte qu’ils peuvent le lire en salle des maîtres. Ce faisant, ils contribuent à priver le titre des moyens nécessaires à étoffer sa rédaction, donc à accroître sa qualité…
"Presse futile, presse inutile", Editions Slatkine, Genève. 39 francs
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02 Novembre 2007 à 10:56 dans
- Général

Bonjour,
ce petit commentaire pour vous parler d'un média que je viens de découvrir : il s'agit de la webradio francophone (romradio.ch).
Je crois que vous pouvez écouter des extraits d'une de leur nouvelle émission à l'adresse :
http://www.samedibien.c.la
Posté par Sophie — 04 Nov 2007, 00:19