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"Arrêt sur images" (2) : pourquoi tant de haine ?

Depuis l'annonce de la suppression d'"Arrêt sur images", l'émission de décryptage de France 5, les internautes réagissent par centaines et avec passion. Pas toujours pour défendre l'émission ou son présentateur de Daniel Schneidermann.

 

Les internautes qui réagissent expriment des critiques ou des indignations à ranger en plusieurs catégories distinctes :

LES DETRACTEURS

1) "Bon débarras!" : les allergiques au style Schneidermann ne se gênent pas pour le juger "prétentieux", "ayatollah", "donneur de leçons", "parisianiste", "bobo"... Il y a dans certains messages déposés sur le web des réactions d'anti-intellectualisme primaire bien dans l'air du temps. Et même une inquiétante haine envers ceux qui font métier de l'exercice critique. Schneidermann ? Pour ses détracteurs les plus marqués, c'est un cabot à l'ego surdimensionné, qui se croit nommé à vie et qui a pour habitude d'engueuler ses employeurs quand ils expriment des réserves sur son travail.

2 ) Usure et lassitude : bon nombre d'internautes regrettent avoir perdu le goût pour "Arrêt sur images" au fil des douze ans de l'émission hebdomadaire. Ils regrettent des choix thématiques jugés peu intéressants. Ils avalisent le verdict du directeur d'antenne Patrick Vilamitjana selon lequel la formule serait "usée" et que l'équipe n'aurait pas su se renouveler. D'autres font observer de manière narquoise que Patrick Vilamitjana a travaillé pour "Thalassa", une émission qui a 30 ans d'âge et qui serait bien plus poussiéreuse.

3) Dérive de l'émission : d'aucuns déplorent un gauchissement des principes d'"Arrêt sur images". Contaminée par les parlottes, l'émission proposerait moins d'arrêts et presque plus d'images, observe un fin spectateur. Avec ses chroniqueurs, Schneidermann aurait imposé le non-dit accusateur systématique, l'insinuation malveillante.

4) Dérive politique :  à la lumière des derniers mois, certains accusent "Arrêt sur images" d'avoir changé de vocation. D'émission de décryptage de l'audiovisuel, elle aurait été transformée en machine de propagande au service de Ségolène Royal et de dénigrement à l'encontre de Nicolas Sarkozy. Une fois encore, Daniel Schneidermann écope d'une bordée d'épithètes peu élogieux : de "socialiste à la Jospin" de la pire espèce à la quasi racaille soixante-huitarde.

5) L'audience fait la loi : aux yeux de certains, une émission qui récolte chaque dimanche à 12h30 moins de 6% de parts d'audience ne mérite plus sa place dans une chaîne financée par la redevance. A côté des poujadistes qui s'en prennent à la multiplication des chaînes de service public, un internaute s'avoue convaincu qu'il est possible, dans le genre, de faire "mieux et plus consensuel" (sic).

LES PARTISANS :

1) "On touche à une institution" : Pour beaucoup, la suppression d'"Arrêt sur images" est un choc incompréhensible. On s'attaque selon eux à une des seules, sinon la seule, raison(s) de regarder la télévision. Ils perdent un rendez-vous incontournable et ils se mobilisent en faisant signer une pétition de soutien.

2) Climat politique : l'annonce de la suppression de l'émission, au lendemain du deuxième tour des législatives, n'apparaît pas anodine. Peu se risquent à incriminer une intervention directe de l'Elysée. Mais comme Schneidermann lui-même, beaucoup s'inquiètent d'un "climat" peu propice à chatouiller la susceptilité du pouvoir. Les directeurs de chaînes prendraient des mesures préventives à l'égard de leurs électrons les plus libres. Ou alors des mesures de rétorsion. Cheffe de l'info sur France 2, Arlette Chabot avait à l'époque jugé "dégueulasse" qu'"Arrêt sur images" se penche sur le cas de Béatrice Schönberg, présentatrice du 20 heures et épouse de Jean-Louis Borloo (aujourd'hui numéro 2 du gouvernement Fillon).

3) Contre le décervelage : les plus amers regrettent que France 5 foule aux pieds son cahier des charges, qui prévoit d'éduquer à l'audiovisuel. L'émission appelée à remplacer "Arrêt sur images" sera beaucoup plus insipide, prédisent-ils. L'originale résultait d'un coup d'audace formidable, impensable aujourd'hui.

4 ) Contre-pouvoir nécessaire : une large frange des internautes s'inquiète de voir disparaître les îlots de résistance. Résistance au discours dominant, au prêt-à-penser médiatique, au flux sans contradiction des images. Sur un blog, un journaliste à TF1 considère qu'"Arrêt sur images" était un poil à gratter nécessaire : l'émission pouvait agacer, irriter, on pouvait même se trouver en totale contradiction avec les opinions émises, mais au moins il s'y passait quelque chose de vivant. Les plus attentifs relèvent que Schneidermann avait introduit la critique de sa propre émission, via un forum et les interventions pointues à l'antenne, d'une forumancière.

5) Education aux images orpheline : que reste-t-il dans le service public, pour rendre attentif aux manipulations, aux mensonges par omissions, aux singularités culturelles du paysage audiovisuel ? Là aussi, des centaines d'internautes ont du mal à faire leur deuil d'une émission jugée indispensable.

Lire les réactions des internautes :

Big Bang Blog : le blog de Daniel Schneidermann

LePoint.fr : le site du magazine français, avec des avis très critiques

Libération.fr : des réactions, un forum...


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