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Baier unique

Mercredi soir. Première de "Comme des voleurs" en présence de Lionel Baier (photo) à Neuchâtel et à La Chaux-de-Fonds. Les salles sont peu revêtues, le public est devant sa télé pour Suisse-Brésil. Pour un soir, on préfère voir jouer le Baier unique! Et on ne le regrette pas.

C'est un film qui carbure à deux ingrédients pas très suisses : le culot et l'esprit. Un film constamment guetté par le narcissime mais qui évite élégamment cet écueil tant Lionel Baier assume - à l'énergie - le fait de se mettre en scène et d'être présent dans les trois-quarts des plans.

Un film dans le sillage lointain de Cendrars, celui de "L'or". Soif du grand large, larguons les amarres et hardi! Vas-y que je me projette dans les vertiges de l'autofiction! Lionel est Lionel, toujours vaudois, toujours celui au pasteur, toujours amoureux des garçons qui sentent la poire-vanille. Mais il a désormais une lubie : des origines polonaises qu'il souhaite explorer avec sa soeur Lucie (époustouflante Natacha Koutchoumov).

A bord d'une bagnole de la Radio Suisse Romande, Lionel effectue un voyage qui plairait à Donald Rumsfeld : il s'affranchit des pesanteurs de la vieille Europe - là où les garçons sentent l'encre moisie des vieux Larousse - pour gagner la nouvelle Europe, celle qui attend notre milliard. Dans cette quête identitaire, moitié sérieuse, moitié pour rire, Baier met à nu toutes nos peurs et nos mesquineries, se démène avec son héritage familial, jette un regard goguenard et désopilant sur la migration - celle des autres, celle qui nous pend au nez. Il passe au large d'Auschwitz sans commémoration appuyée, juste pour constater que l'organisation méthodique de la mort a été supplantée par l'organisation méthodique du consumérisme.

Le réalisateur-acteur s'expose, vibrionne, baragouine le polonais, moque son ego, se casse les dents, se relève, trouve toujours une porte de sortie à ses foucades. Parti avec un matériau romanesque qui aurait suffi à remplir trois films, Baier finit sur les rotules mais nous comble. Osons le dire, "Comme des voleurs" renoue avec la jubilation et l'impertinence des films de la Nouvelle Vague.


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