"L'éducateur, l'enfant et la télécommande"
Faire de l'éducation aux médias ? Une question de survie pour nos démocraties ! estime Philippe MEIRIEU (photo), professeur en sciences de l'éducation. Aider les enfants à dépasser le stade de la sidération devant les images : voilà l'ambition qu'il assigne aux adultes. En cette rentrée des classes, il valait la peine de publier quelques lignes de ce plaidoyer, extraites du passionnant livre d'entretiens avec Jacques Liesenborghs "L'éducateur, l'enfant et la télécommande" (Editions Labor)

A ceux qui prétendent qu'ils ne sont pas assez formés pour faire de l'éducation aux médias, Philippe Meirieu réplique :
"Le préalable de la formation est souvent un alibi de l'immobilisme : on n'est jamais assez formé pour innover ! Mais il faut bien se lancer un jour ou l'autre ! Donc militons pour une formation des éducateurs, mais demandons-leur de ne pas attendre de se sentir assez formés pour commencer. Il y a des livres, des centres de documentation, des personnes ressources vers qui se tourner et qui ne demandent qu'à communiquer leur expérience (...)
Mais cela n'exonère nullement les pouvoirs publics : il leur revient d'organiser des formations sur des questions de société dont on a vu qu'elles touchaient les médias, mais, plus largement, l'organisation de la vie familiale et de l'institution scolaire. Par là, ces questions permettent de repenser le statut de l'enfant et la question de l'autorité, la place des activités collectives et des projets culturels dans nos démocraties... Bref, l'enfant et sa télécommande nous obligent à nous repositionner en tant qu'adultes et éducateurs.
Pour ma part, je souhaiterais que des formations soient organisées de façon décloisonnée et proposées, à la fois à des enseignants, des travailleurs sociaux et des hommes et des femmes de culture ou de médias, des parents, des politiques, voire des grands élèves ou des étudiants. Cela suppose qu'on sorte des cloisonnements habituels et que l'on invente des regroupements transversaux qui subvertissent la division du travail éducatif si préjudiciable aujourd'hui à nos enfants. Il s'agit, d'ailleurs, de questions où l'on peut travailler en commun sans être en rivalité (...)
Aujourd'hui, j'attends des pouvoirs publics qu'ils considèrent que l'intelligence collective de ce qui se passe dans les médias est une priorité. Et qu'elle doit se traduire par des actions concrètes, en particulier dans le domaine éducatif. C'est d'ailleurs à mes yeux une condition de survie de nos démocraties, dont on sait qu'elles sont menacées symétriquement par l'autoritarisme des "hommes forts" et la démagogie des spécialistes de la com'... Si nous voulons éviter l'alliance des premiers et des seconds qui ruinerait pour longtemps nos espérances, il est temps d'agir !"
Ce jeudi 24 août, le journal "Le Temps" interroge la ministre socialiste de l'Education du canton du Jura :
- Quelle matière supplémentaire introduiriez-vous à l'école ?
Elisabeth Baume-Schneider : - Le bon usage d'Internet et des moyens de communication. Pas la technique, mais une capacité à lire et mieux décrypter les médias, l'image, le son et l'écrit.
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24 Août 2006 à 15:12 dans
- Général

