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Le racisme de District 9

 

Sur les écrans depuis mercredi dernier, "District 9" est une curiosité. Cette série B sans aucune star a en effet fait exploser le box office américain cet été. Si ses bonnes idées de départ rendent le début plutôt excitant, on retombe ensuite de haut.

 

En apparence, le film de Neill Blomkamp se pose en allégorie de l'apartheid. Nous sommes à Johannesburg et les extra-terrestres sont parqués dans un township insalubre. Tout le monde les traite comme des non-humains, à commencer par les zoulous locaux. Comme, en anglais, le mot "alien" renvoie aussi bien aux extra-terrestres qu'aux "étrangers", la démonstration se veut édifiante. On pourrait aussi arguer que le film charge tout le monde et que les extra-terrestres font, au final, preuve de davantage d'humanité que les êtres humains. Ce serait passer trop rapidement sur les représentations pas du tout innocentes qui traversent ce film.

Les blancs sont montrés dans l'extrapolation de leurs pires travers : égoïsme, cupidité, absence de scrupules, ségrégation. C'est l'univers du business sans états d'âme qui est transposé à l'écran, sans que cela choque outre mesure le spectateur, habitué à cette fuite en avant dans l'appât du gain. 

Beaucoup plus insidieuse, et franchement détestable, se révèle la représentation des Nigérians. Capables de prospérer dans les conditions extrêmes du township, ils sont organisés en gang, en charge des trafics et de la prostitution. Et regardez bien : ils sont systématiquement dépeints comme des brutes primitives et superstitieuses. On les voit découper des vaches approximativement à la machette (comme tout Africain le fait au marché, c'est bien connu...), jouer avec des serpents, parier sur des combats d'animaux, rêver de manger des créatures immondes pour s'en approprier la force et les vertus.

Ainsi, sous couvert d'allégorie politiquement correcte, le film conforte des stéréotypes, à commencer par les pires dont peuvent souffrir les Africains exilés, en Afrique du sud ou ailleurs.

Post scriptum : Dans sa "Lettre d'Afrique" parue dans l'édition du "Monde" du 25 septembre, Jean-Philippe Rémy corrobore notre analyse. Extrait :

"L'Afrique du Sud a fait semblant de ne pas comprendre le message du film, qui la dépeint de manière si crue à travers des clichés et stéréotypes, genre à risque par définition. Nous signalions à quel point le portrait qui était fait des Nigérians invitait à s'interroger. Plusieurs centaines de milliers de Nigérians vivent en Afrique du Sud. Ils y souffrent de préjugés d'ampleur stratosphérique (en gros, tous des voleurs), que District 9 reprend avec allégresse.

Dans le film, le chef d'un gang nigérian, outre qu'il porte à peu de chose près le nom de l'ex-président, Olusegun Obasanjo, est une brute assoiffée de sang au sens propre, puisqu'il consacre toute son énergie à dévorer des morceaux d'extraterrestre dans l'idée qu'il héritera ainsi de leurs pouvoirs. Magie stupide, violence aveugle, absence de tout scrupule (des prostituées nigérianes sont les seules sur terre à s'engager dans le commerce qui est le leur avec les extraterrestres), voilà le portrait des Nigérians dans District 9.

En Afrique du Sud, cela a fait beaucoup rire. Au Nigeria, ce n'est pas passé comme une lettre à la poste. La colère s'est d'abord exprimée sur Facebook, jusqu'à ce que quelqu'un remarque que l'industrie du cinéma nigérian, Nollywood, fait largement pire à longueur d'année sans soulever d'autres réactions que celles des censeurs, généralement religieux. (http://forums.narutofan.com/showthread.php).

Dans la foulée, la ministre de la culture, Dora Akunyili, chargée justement d'améliorer la réputation du Nigeria, a demandé que District 9 soit retiré des écrans, et exigé des excuses de Studio Sony, qui a produit le film."


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