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Duel Bolt- Bekele : les chevaux de cirque médiatique

L'agence Associated Press et Le Monde en ligne répercutent l'information : il serait question d'opposer les deux phénomènes de l'athlétisme mondial, le sprinter Usain Bolt et le coureur de fond Kenenisa Bekele, sur la distance inédite de 700 mètres. Ce duel, précise Le Monde, "permettrait au demi-fondeur éthiopien, quintuple champion du monde, de sortir du relatif anonymat dans lequel il se trouve, compte tenu de ses remarquables performances, et qui lui pèse, notamment par rapport à la popularité de son illustre compatriote Haile Gebreselassie." Ces spéculations méritent qu'on s'attarde sur l'image que les médias projettent de chacun des deux champions.

Usain Bolt : le Mister Cool de la société du spectacle

Avec lui, les médias se régalent. Il incarne le Gagnant ultime, celui qui écrase les autres de sa taille et de son insolente facilité. Il suffit de le regarder jouer avec la caméra au départ d'un sprint. Usain Bolt ne se concentre pas sur sa course, il amuse la galerie. Il flatte les fantasmes d'une époque où la "coolitude" est érigée en valeur cardinale. Bolt est cool. Il "ne se prend pas la tête". Sa décontraction surjouée occulte le travail acharné pour surentraîner son corps d'exception. Les autres sprinters qui essaient de l'imiter en esquissant quelques gestes devant l'objectif ont déjà perdu (la bataille de l'image et l'autre, sur la piste). Parenté troublante avec Obama, autre Mister Cool du moment. En 2009, les Blacks sont cool, les blancs crispés.

Kenenisa Bekele : l'anonyme malgré l'or

L'Ethiopien est un athlète exceptionnel, d'une élégance de course sans pareille : cinq titres de champion du monde sur 5000 et 10.000 mètres, deux titres olympiques. La fierté de tout un pays. Mais les médias occidentaux font la fine bouche. Problème d'image : Bekele aurait le tort d'être trop discret (comme si ses performances ne parlaient pas pour elles-mêmes). Son signe de croix à la fin de chaque course ? Pas très vendeur à la bourse de la "coolitude". Sur la TSR lors du meeting de Zurich, l'impayable Jean-François Develey a insinué que Bekele aurait commis l'erreur de rester à Addis Abeba, au lieu d'émigrer et de monnayer son image à l'étranger. Traduction : le problème avec ces crève-la-faim, c'est que s'ils ne viennent pas faire les pitres chez nous, ils ne pourront jamais s'acheter un appart' à Monaco. Autre poncif récurrent dans les médias : Bekele souffrirait de rester dans l'ombre d'un autre champion de son pays, Hailé Gebreselassie. Illusion d'optique : Bekele le discret est beaucoup plus cher au coeur des Ethiopiens que Gebreselassie, fourvoyé dans des ambitions politiques.

Et ce duel annoncé entre Bolt et Bekele ?

Un coup médiatique bien dans la veine de notre société du spectacle.  Société qui ne date pas d'hier : après ses triomphes à Berlin et son retour dans l'anonymat (déjà...), Jesse Owens avait été invité à courir contre un cheval (voir ci-dessous un montage photo, puis un clip vidéo de la course, entamée avec une large avance). Un duel plutôt dégradant avec le recul. Il n'avait rien apporté à sa gloire, mais rapporté médiatiquement beaucoup.

 


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