Payer pour s'informer
Il y aurait beaucoup à dire sur les sondages express lancés par les médias auprès de leurs clients : questions manichéennes ou prématurées, appels à se transformer en Madame Irma, renforcement des stéréotypes, futilité... Sans parler de l'absence totale de représentativité des sondés, surtout lorsqu'il s'agit de questions posées en ligne. Mais voilà, l'instantanéité est devenue la valeur-étalon et les professionnels des médias assument tant bien que mal ces coups de sonde qui révèlent des "tendances" et qui lancent le "buzz". Même un sondage biaisé permet de faire réagir une personnalité, puis une autre, puis une autre. Au bout du compte, le débat est engagé sans qu'on se souvienne qu'il reposait sur des bases fragiles, voire plutôt foireuses. Exemple du jour : la TSR profite des mauvais résultats du groupe Tamedia pour proposer le sondage suivant sur son site www.tsr.ch (captation d'écran faite vers 15h30) :

Que retient-on d'une telle présentation graphique ? Pas tellement le nombre de votants (plutôt faible en regard des 100.000 visiteurs quotidiens revendiqués par le site). Mais l'implacable barre rouge du haut : 85% des gens refuseraient catégoriquement l'idée de payer pour consulter des nouvelles sur internet ou leur téléphone portable. Il suffit que ce soit affiché ainsi, sèchement, pour que cela prenne une consistance. On en oublie la taille de l'échantillon (sans parler de sa composition, sans doute des habitués de l'info gratos sur www.tsr.ch).
Et pourtant...
Le mouvement de bascule vers un retour au payant fait son chemin dans le monde de l'édition. Il a suffi que le magnat Rupert Murdoch annonce ses intentions de réintroduire des prestations payantes sur les sites de ses navires amiraux pour que l'idée gagne en légitimité. Le Financial Times a déjà pris cette option dès 2002. Télérama nous apprend qu'en France, le Figaro et L'Express annoncent la fin de la gratuité sur leurs sites. Libération va paraître dans une nouvelle formule dès le 7 septembre et proposera deux formules d'abonnement en ligne (à 6 et 12 euros par mois). L'abonné aurait notamment accès aux pages du lendemain du journal en train de se faire.
C'est à l'aune des innovations et de la créativité de la presse qu'on jugera si le public est prêt à payer pour une information de qualité. Car pour le reste, il est vrai qu'un internaute qui paye déjà son forfait internet (à un câblo-opérateur) et sa redevance radio-TV (à la SSR), n'a pas de raison de revendiquer une troisième forme de dîme. Un des enjeux résidera notamment dans la simplicité des moyens de paiement proposés au public, pour acquérir un article ou une photo. Par carte de crédit ? Trop fastidieux ! Par envoi d'un code par SMS et facturation via l'opérateur de téléphonie mobile (moyennant une commission de 50%) ? Ce serait un scandale que d'engraisser encore des acteurs de la chaîne qui prospèrent déjà du web sans produire de contenu digne d'intérêt.
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03 Septembre 2009 à 15:20 dans
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