Cannes par Suzanne (6) : "Marie-Antoinette", de Sofia Coppola
Perruques poudrées et rock eighties s'affichent sans gêne dans "Marie-Antoinette" : le film très attendu de Sofia Coppola est l'événement du jour au Festival de CANNES. Il sort simultanément sur les écrans de Suisse romande. Notre enseignante cinéphile Suzanne Déglon Scholer a beaucoup apprécié ce film de femme(s).

Médiablog : - Tu avais vu "Marie-Antoinette" avant de partir à Cannes. Les enseignants peuvent du reste lire ta fiche pédagogique sur le site www.e-media.ch. Le film te plaît toujours, avec le recul ?
Suzanne Déglon Scholer : - Mon appréciation reste très positive. Ici, les journalistes font la fine bouche. Est-ce un manque de culture historique ? J'ai l'impression qu'ils ont souvent ce genre de réaction face à des films en costumes. Dans "Marie-Antoinette", Kirsten Dunst est touchante de juvénilité et de maladresse. C'est une petite fille qui est d'abord soucieuse de faire plaisir et de bien faire. Puis, en vingt ans, elle change. Elle découvre le pouvoir. Mais personne ne l'aide jamais à mûrir, sauf tout à la fin de sa vie. On en a fait abusivement une Messaline, alors qu'elle cherchait avant tout des gens qui la feraient rire. Le roi qu'on lui a mis dans son lit ne savait pas très bien quoi faire...Il est assez touchant lui aussi. Je trouve le film sensible, posant un joli regard sur cette histoire. Comme dans "Virgin Suicides" et dans "Lost in Translation", Sofia Coppola nous montre des femmes qui ne sont pas à l'aise là où on les a mises. Elles ne trouvent pas leur vraie place.
Médiablog : - D'autres découvertes ?
Suzanne : - Impossible d'entrer aux séances de "Zidane. Un portrait du XXIème siècle" : c'est la fureur ici! A la Quinzaine des réalisateurs, j'ai vu le premier film mis en scène par l'acteur italien Kim Rossi Stuart "Anche libero va bene" (photo ci-dessous).
Il interprète lui même le père d'une famille éclatée et il explose parce qu'il n'en peut plus. La mère est une nymphomane qui aime ses enfants mais s'en va toujours. C'est une réalisation sans chichis, bien enlevée pour un premier film. Dans la section "Un Certain Regard", j'ai apprécié "Suburban Mayhem" (Le Feu sous la peau) de l'Australien Paul Goldman (photo ci-dessous). C'est un film très bon sur de grands enfants qui jouent aux adultes. Derrière leur façade présentable, ils sont déjà pourris, menteurs, truqueurs. La bande est emmenée par une petite garce qui séduit et utilise les gens, qui fait du chantage permanent. Le film postule que si ce petit manège a lieu, c'est que notre système social encourage ce type de déviance.

Un autre film australien m'a plu au Marché du film : "Candy" de Neil Armfield. Organisé en trois tableaux - "Heaven", "Earth", "Hell" - il suit un couple de drogués qui s'aiment et se détruisent mutuellement. Ils découvrent que s'ils veulent survivre, ils ne doivent pas rester ensemble. J'ai aussi aimé "Look Both Ways" de Sarah Watts. Bien que destiné aux jeunes, c'est un film au style intéressant, qui témoigne que nous vivons avec l'omniprésence de la mort, parce qu'elle nous fait peur, parce qu'on est témoin de celle des autres. Enfin...heureusement qu'il y a les fêtes. Hier soir j'ai enchaîné celles du Festival de Locarno, de Hollywood Classics et de Swissfilms, où le champagne coulait à flots.
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24 Mai 2006 à 14:44 dans
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