Cannes par Suzanne (5) : "Babel", un grand film d'Alejandro González IÑ�RRITU
Bonne surprise au saut du lit pour Suzanne Déglon Scholer : on lui offrait deux places pour la séance de presse de "Babel" d' Alejandro González IÑ�RRITU, le réalisateur d'"Amours chiennes" et de "21 grammes". Notre enseignante cinéphile nous fait part de son enthousiasme pour ce film.
Médiablog : - Alors, ce "Babel", un grand film ?
Suzanne : - Oui, je pense que je ne verrai rien de mieux aujourd'hui. On suit quatre groupes bien distincts : un père et sa fille sourde-muette à Tokyo, un couple américain parti au Maroc pour se retrouver, leurs deux enfants restés à San Diego avec la nanny mexicaine et clandestine, une famille marocaine pauvre qui vient d'acquérir une arme à feu pour protéger son troupeau des chacals. Les Amércains partent en excursion en bus. Un coup de feu retentit, elle est blessée. Il s'agit d'un accident puisque le fils de la famille voulait seulement montrer ce qu'il savait faire avec cette arme. Mais le film montre le rôle négatif des médias, puisque les ambassades sont rapidement impliquées et que cet accident, transformé en attentat terroriste, génère des tensions diplomatiques.

Médiablog : - Quel est le point de vue du réalisateur sur cette histoire ?
Suzanne : - Ce que j'ai trouvé intéressant, c'est que les deux vedettes du film, Brad Pitt et Kate Blanchett, servent de faire-valoir aux anonymes. Le réalisateur montre un monde où, comme dans la légende biblique de Babel, chacun parle sa propre langue. Il y a toujours la peur de l'autre qu'on ne comprend pas. Le film est une variation sur l'"effet papillon" : un battement d'ailes de papillon à Tokyo peut déclencher une tornade à l'autre bout du globe. Même si "Amours chiennes" reste le plus fort des films d'Iñarritu, celui-là est très touchant, très bien filmé. Il montre que nous sommes prisonniers d'une toile d'araignée très solide. Le monde n'est pas en ordre, mais il y a quelques lueurs. A signaler qu'un incident a émaillé la projection de presse à 8h30 ce matin : au milieu du film, le projectionniste a projeté par erreur quelques minutes qu'on avait déjà vues au début.

Mediablog : - Et l'esthétique du film ?
Suzanne : - Tokyo est présentée dans une esthétique très léchée, très artificielle, de verre et de métal. Quand la fille sourde- muette sort en boîte, le réalisateur fait alterner constamment ce qu'elle perçoit et ce qu'on ressent, avec cette musique assourdissante. C'est très déstabilisant. Sinon, le désert est filmé en images très douces, San Diego comme un univers très aseptisé, vide et triste - il y a eu la mort d'un enfant.

Mediablog : - Quel est ton sentiment à mi-festival ?
Suzanne : - Je ne suis à Cannes que pour la deuxième fois. Mon sentiment est que nous vivons une bonne édition. Pour la Palme, "Volver" me paraît toujours favori. Je verrais bien aussi "Le Vent se lève", mais il est peut-être trop didactique. Et "Babel" est magistral...
Mediablog : - Et "Flandres" de Bruno Dumont ?
Suzanne : - Je ne l'ai pas vu et je n'irai pas le voir. Depuis que j'ai vu "Twenty-Nine Palms", je suis convaincue que ce type est un vieux cochon vide, même si l'on me dit qu'il filme admirablement. Hier soir, enfin, j'ai vu "Platoon" en présence d'Oliver Stone, Willem Dafoe et Tom Berenger. Le réalisateur nous a aussi montré vingt minutes de son nouveau film "World Trade Center". Un film fait "pour réfléchir et pour découvrir la vérité" d'après lui. On y suit les membres d'un corps de police - dont Nicholas Cage, parfait - qui ne comprend pas tout de suite ce qui se passe. A comparer les deux films, Stone a le don de créer des atmosphères claustrophobes qui nous enveloppent. C'est très angoissant et très réussi.
-
23 Mai 2006 à 13:05 dans
- Médias à l'étranger
