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Mediablog

L'adieu à Michael Jackson

Parce qu'il était possible de le suivre en direct, mardi soir, sur de nombreuses chaînes de télévision comme sur une foule de sites Internet, l'hommage au chanteur Michael Jackson a été hissé au rang d'événement planétaire. Un traitement médiatique prévisible, complètement dominé par la mise en scène voulue par le clan Jackson.

Des cortèges de limousines noires sur des autoroutes écrasées de soleil. Des forces de police filmées depuis les hélicoptères. Voilà ce qu'on a vu pendant près de 45 minutes sur les chaînes qui s'étaient branchées "live" sur Los Angeles mardi, à partir de 18h45. En studio ou sur place, les commentateurs ramaient, ramaient, pour meubler l'attente. Sur France 2, Alain de Chalvron signalait qu'il faisait partie des 3000 journalistes accrédités, sélectionnés parmi 13.000 demandes. Mais qu'allait-il faire, lui est ses confrères, dans cette galère ? Ils sont si démunis, les gens de presse, quand il leur est demandé d'apporter, sans recul, de la plus-value à un événement qui leur échappe ! Sans programme de la soirée ni vision privilégiée, ils parlottaient tous à l'aveuglette. Car il n'y avait mardi qu'un seul grand ordonnateur de l'événement, le clan Jackson, qui a maîtrisé à la perfection la gestion de l'image du défunt.

Que Los Angeles devienne le centre du monde le temps d'une soirée peut faire réagir. Beaucoup reprochent aux médias d'avoir perdu le sens des priorités. Au même moment, en effet, les soldats chinois réprimaient la révolte des Ouïgours. Le président destitué du Honduras redoublait d'efforts pour rentrer au pays. Barack Obama tendait la main aux Russes... A la Télévision suisse romande, un invité souligna la versatilité des médias (en particulier américains) : prompts à traquer les indices de la chute de Michael Jackson depuis quinze ans, ils faisaient tout à coup pénitence au pied du cercueil.

"La cérémonie a contribué à humaniser Michael Jackson", relevait sobrement un fan guatémaltèque à la sortie du Staples Center (avis recueilli par "Libération"). Sur la BBC, on assista à un moment de télévision unique : trois minutes au moins de silence avec 20.000 personnes au début de la cérémonie. Silence davantage dicté par l'incertitude sur la suite du programme que par la volonté d'inspirer le recueillement. Sur France 2David Pujadas n'hésita pas à interrompre plusieurs des hommages livrés au Staples Center entre 20h et 20h30 : gêne d'avoir laissé Jackson squatter l'essentiel du journal ? Ou habitude médiatique d'accompagner le flux du direct par un commentaire parasite ? Sur CNN, sans interruption ni commentaire, il était possible de s'imprégner de l'ambiance de l'hommage. De prendre la mesure de sa familiarité (l'ordonnancement était proche de funérailles ordinaires : accueil - musique - éloge funèbre - musique - éloges encore, prière, etc). Berry Gordy, le fondateur du label Motown, qualifia le défunt de "plus grand entertainer" qui ait jamais existé. Avait-il oublié Charlie Chaplin (pourtant compositeur de la chanson "Smile" que chanta un peu plus tard Jermaine Jackson) ?

Conclusion ? Mardi soir, les chaînes de télévision avaient à faire un choix entre l'information et le spectacle. Elles ont paru empruntées à devoir choisir ou à arbitrer le partage. On a surtout mesuré l'emprise que peuvent prendre des productions livrées clés en main à des médias, sans droits à débourser. Faut-il le souligner ? Les caméras qui ont filmé la cérémonie n'appartenaient pas à une chaîne de télévision mais à la société de production de Michael Jackson AEG. Elle a offert le show. C'est elle qui a soigneusement planifié le choix des images, de chaque cadrage, chaque transition. Maîtrise formelle et concentré de valeurs américaines répercutés aux quatre coins du monde par des diffuseurs hypnotisés.


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