Le cirque médiatique décortiqué
"Moi, j'ai pas fait d'études, mais je connais les ingrédients d'une bonne histoire, parce qu'avant d'écrire des articles, j'en ai vendus au coin d'une rue. Et vous savez quelle est la première chose que j'ai découverte ? C'est les mauvaises nouvelles qui font le plus vendre. Parce qu'une bonne nouvelle, ce n'est pas une nouvelle du tout", déclarait le cinéaste Billy Wilder à propos de son film "Le Gouffre aux chimères". Tourné en 1951, ce chef-d'oeuvre est diffusé mardi 23 juin à 20h45, sur TCM, en version originale. A voir et à enregistrer absolument !

Comme charge contre le "cirque médiatique", on a rarement vu aussi fort. Pas étonnant que le titre original soit "The Big Carnival" (ou encore "Ace in the Hole"). Pour relancer sa carrière, le cynique journaliste Charles Tatum (Kirk Douglas) a besoin de réaliser un scoop sensationnel. Quand un ouvrier se retrouve coincé dans une mine du Nouveau-Mexique, Tatum pense l'avoir trouvé. Avec la complicité du shériff et de la femme de la victime, il retarde la libération du mineur et fait du pauvre homme une affaire journalistique.
"Le Gouffre aux chimères" était l'un des fleurons de la rétrospective "Newsfront - Cinéma et journalisme" au Festival de Locarno 2004. En le voyant, on est frappé par son actualité absolue et sa lucidité. Wilder montre à quel point il n'y a pas une actualité qui s'impose d'elle-même. Les faits rapportés par les médias sont plutôt le résultat d'une conjonction d'intérêts : ce que l'émetteur a envie de pousser en avant pour se mettre en valeur ; ce que le pouvoir a intérêt à favoriser pour assurer son maintien ; ce que le public a envie d'entendre...
"C'est l'un de mes films les plus sombres. Les gens ne croyaient pas que les journalistes étaient capables de se conduire de cette manière", relevait encore Wilder *. Si le film garde sa puissance dévastatrice, c'est que personne n'est épargné. Et que le public en prend aussi pour son grade. "Le sort d'un homme seul passionne davantage que celui de 80 individus ou de millions de personnes", entend-on ainsi dans ce film qui combine à merveille noirceur du propos et glamour.

* Source : "Print the Legend - Cinéma et journalisme", ouvrage collectif dirigé par Giorgio Gosetti avec Jean-Michel Frodon (Editions du Festival de Locarno avec les Cahiers du Cinéma)
-
23 Juin 2009 à 09:06 dans
- Général
