Cannes par Suzanne : "Paris je t'aime" et "Le Vent se lève"
Enseignante, rédactrice des fiches Cinéma du site www.e-media.ch, Suzanne Déglon Scholer est à Cannes. Elle nous livre ses impressions au jour le jour. Aujourd'hui : sur le film à sketches "Paris je t'aime" (photo) et sur "Le Vent se lève" du routinier Ken Loach.

Médiablog : - Quelle était la consigne donnée aux réalisateurs de "Paris je t'aime" ?
Suzanne Déglon Scholer : - Se limiter à un arrondissement de la capitale et traiter de l'amour. A part cela, je ne sais pas. J'avais espéré voir tous les réalisateurs sur scène, à l'ouverture d' "Un Certain regard" ce matin. On nous a fait attendre un quart d'heure et finalement personne n'est venu. J'étais déçue et j'ai trouvé cela un peu cavalier.
Médiablog : - Comment se porte l'amour en 2006 ?
Suzanne Déglon Scholer : - Paris est une ville où les gens font connaissance, ils tombent amoureux, ils cessent d'être amoureux mais continuent de s'aimer. Il y a toujours un renouveau de l'amour. Il y a toujours l'étincelle, mais la mort les prend avant. Il y a des choses plus ou moins bien. Les frères Coen ont fait un sketch très drôle (photo) sur un touriste américain (Steve Buscemi, excellent) qui provoque la colère d'un couple français car il regarde sans le vouloir la fille (il n'est pas le seul). Lui même ne tombe pas amoureux, mais au moins il établit le contact...

Médiablog : - Raconte-nous un de tes sketches préférés du film...
Suzanne Déglon Scholer : - J'ai bien aimé le sketch avec deux protagonistes noirs, dont j'ai oublié le nom du réalisateur. Elle parque sa voiture dans un garage. Il la voit et flashe sur elle. Il chante pour la séduire, lui offre de prendre un café mais il est chassé par son patron parce qu'il perd du temps. Il sort avec ses affaires. Il est abordé par trois types qui veulent lui voler sa guitare. L'un d'eux le poignarde. Elle le revoit en train de se traîner et s'occupe de lui, cette fois avec les yeux de la secouriste qu'elle est. D'abord, elle ne le voyait que comme un balayeur, elle avait d'autres choses en tête. Elle commande des cafés. Ils vivent un moment très intense, mais il est en train d'agoniser. C'est un peu fleur bleue, mais j'ai été touchée...
Médiablog : - Et Ken Loach ? C'est une autre ambiance, avec ces troupes anglaises dépêchées en Irlande en 1920 pour mater les velléités d'indépendance...
Suzanne Déglon Scholer : - Je suis encore secouée par ce film. "Le Vent se lève" m'a beaucoup fait penser à l'Irak. Et pourtant, pendant trois-quarts d'heure en tout cas, le réalisateur a une façon de représenter la violence qui est presque caricaturale. Il filme d'assez près. Les Anglais ne cessent de hurler comme des gens qui ont peur. On les voit brutaliser, terroriser et torturer pour faire respecter leur loi. Le scénario s'attache à un jeune homme qui voulait devenir médecin et qui, après cinq années de pratique, devient maquisard. On suit son parcours avec celui de son frère, un garçon qui est davantage homme d'action que lui. Ils évoluent dans une vraie armée révolutionnaire. Le réalisateur suit ces deux personnages qui finissent par se combattre alors qu'ils veulent au fond la même chose. C'est tragique, l'un va perdre la vie par la faute de l'autre. On prend conscience du temps qu'il faut pour que la paix et l'indépendance s'acquièrent. Une paix toujours à construire, un processus jamais terminé. C'est un film que je vais proposer à mes étudiants de la Tribune des Jeunes Cinéphiles quand il sortira en Suisse.
Médiablog : - As-tu entendu Ken Loach parler de son film ?
Suzanne Déglon Scholer : - Non, j'ai seulement capté sur un moniteur quelques bribes de la conférence de presse de l'équipe du "Da Vinci Code". Le moins que l'on puisse dire, c'est que Tom Hanks n'est pas un orateur... Ils ne s'attendaient pas à une telle réaction de la critique et ils ont filé la queue entre les jambes...
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18 Mai 2006 à 13:21 dans
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