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Festiv al de Locarno (7) : un Léopard d'or mérité

Léopard d'or 2008, meilleur film de la compétition internationale, "Parque via" appartient à cette catégorie précieuse des films qui savent créer une proximité avec les déclassés. Un film qui épingle au passage la propension des médias à exacerber le climat d'anxiété.

Beto est-il encore un homme ? C'est presque une ombre, dans une maison vide de Mexico. Toute sa vie, il l'a passée au service de "Madame", une riche héritière qui aujourd'hui sent le poids des ans et veut vendre sa demeure. Mais les acheteurs ne se bousculent pas. Alors Beto continue comme si de rien n'était. Il astique vitres et lavabos, tond la pelouse. Il vit dans une bulle presque confortable : tous les jours en effet, les journaux et la télévision déversent un torrent de nouvelles alarmantes et de faits divers sordides. Tout à sa dévotion et son obéissance, Beto n'entretient quasiment plus de relations sociales. C'est à peine si une prostituée vient lui rendre visite chaque semaine. Quand il doit sortir en ville - pour aller au cimetière - Beto souffre : il n'est plus habitué à rencontrer la vie.

Premier long métrage du jeune Enrique Rivero, cette production mexicaine sait trouver le ton juste pour parler des déclassés. Après avoir été un temps employé de banque, le réalisateur a jeté son dévolu sur un acteur non professionnel qui exerce les mêmes fonctions que Beto dans la vraie vie. Il en résulte un effet de mimétisme fascinant, tant l'existence du personnage marque son physique et ses gestes. Le film adopte de bout en bout le point de vue de Beto. Il pointe l'ambiguïté d'un enfermement volontaire, peut-être rassurant à certains égards, mais asphyxiant à la longue. Cette existence étriquée prend une tournure dramatique à la vente de la maison. Car personne, même Madame, n'a prévu la reconversion de Beto. Tout en sobriété, le film offre à son personnage un geste de revanche d'une violence inouïe, dans lequel s'expriment des années de frustration refoulée. Un geste qui fera frissonner tous ceux que l'ordre des choses ne dérange pas particulièrement. 

"Parque via" possède des liens d'affinité avec les films de Carlos Reygadas. Ce n'est pas un hasard : sa productrice a en effet travaillé sur "Bataille dans le ciel" et "Lumière silencieuse". On y décèle le même souci d'emprunter à la réalité à la fois la beauté des anonymes et leur déchirant destin. Ce film participait à un renouveau évident de la production sud-américaine, particulièrement flagrant à Locarno. En compétition, on a aussi pu apprécier "Dioses" (Les Dieux) du Péruvien Josué Mendez. Ce dernier a pris l'option inverse de Rivero. Il a choisi de filmer l'élite richissime dans ses quartiers et ses divertissements. Les séductions du confort bourgeois, mis en avant de façon ostensible, ne masquent pas longtemps un univers d'une féroce hypocrisie, où la fuite en avant sert d'échappatoire au manque à être.


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