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Mediablog

Contre la "gifle joyeuse"

Dans le cadre du projet de loi sur la prévention de la délinquance, les députés français ont voté un nouvel amendement. Il concerne la pratique du « happy slapping » : l’enregistrement mais aussi la diffusion sur téléphone mobile d’images de violence arbitraire et d'agression. Peine encourue : cinq ans de prison et 75 000 euros d’amende, sauf pour les cas où ces images ont « pour objet d’informer le public » ou sont destinées à « servir de preuve en justice. » La diffusion d’images d'éventuelles violences policières ne sera donc pas concernée. La commission mixte paritaire (7 sénateurs, 7 députés) doit décider d’ici fin février si cette pratique débile mérite d’être inscrite dans la loi.
(in L'Espresso de Télérama, 20 février)

La presse écrite doit investir dans le numérique

La presse écrite ne doit pas se contenter de transposer ses contenus sur Internet. Elle doit massivement investir dans le numérique pour établir avec son public potentiel de nouveaux rapports, basés sur l'interactivité et l'attractivité de nouvelles prestations, incluant le son et l'image. Telle est la conviction de Marc Tessier, rapporteur pour le Ministère français de la culture. On peut lire son rapport ici.


"Le Monde" lance son quotidien gratuit

La nouvelle a fait peu de bruit : le premier quotidien gratuit conçu par les groupes Bolloré et Le Monde a été distribué mardi 6 février. Il s'appelle "Matin plus". Il offre en 28 pages l'essentiel de l'information du jour et trois articles de réflexion et de décryptage préparés par les journalistes du "Monde". Lisez l'article de Jean-Marie Colombani.

Le procès intenté à "Charlie hebdo" à propos des caricatures de Mahomet a enflammé les réactions des lecteurs sur le forum du site Liberation.fr. Les meilleures sont souvent les plus courtes. Un extrait :

"Citez-moi un exemple de procès intenté dans un pays musulman contre une manifestation de haine à l'endroit de ce qui n'est pas musulman".


Le cri d'un prof

Ca y est : les premières inscriptions à la 4ème Semaine des médias à l'école en Suisse romande arrivent. Les noms sont souvent ceux des habitués. Auprès de nos relais dans les cantons, on nous incite à la prudence : attention, à ne pas trop solliciter les profs avec des propositions pédagogiques! "Ils reçoivent trop de choses et ça commence de crier dans les chaumières...", confie un chargé de mission dans l'instruction publique.

Sur le Bondy Blog, un enseignant qui a manifesté récemment pour défendre sa corporation se livre :

"Nous, enseignants, on nous a jamais demandé de faire autant de choses comme de la prévention sur le SIDA, sur les drogues, au volant, on nous demande aussi de faire leur éducation civique et beaucoup d’autre chose et en même temps, on nous a jamais autant dénigré.

Nous avons besoin de reconnaissance dans notre travail. Certains profs n’osent pas le dire mais le déclassement social les affecte. On a aujourd’hui une mauvaise image, on banalise complètement notre rôle, et ceci encourage la violence des jeunes. "


Ségolène sur écoute ?

"Le Monde a eu accès au débat du conseil politique de la campagne de Ségolène Royal, mardi 16 janvier au siège du Parti socialiste", indique le grand quotidien dans son édition datée de jeudi 18 janvier.

Comment ?

"Le Monde a pu écouter l'intégralité de ces débats par l'intermédiaire d'un membre du bureau national qui a spontanément appelé et laissé son téléphone portable ouvert pendant toute la réunion", précise le journal en page 3.

L'ère du reportage téléphonique a commencé! Ce membre du bureau national a-t-il agi au vu et au su de ses camarades ? Si ce n'est pas le cas, l'ambiance va encore monter rue de Solférino... Déjà que Montebourg est suspendu pour avoir trouvé en "son compagnon" le principal défaut de la candidate.

Le porte-parole de la candidate socialiste s'est fourvoyé sur Canal +. Le piquant de l'affaire, c'est qu'il avait déclaré, sur le plateau d'"Arrêt sur images", puis en avril dernier dans Télérama, sa ferme intention de ne plus participer à des émissions de divertissement. « Tout le monde (...) nous explique que nous ne pouvons pas faire autrement que d’aller nous faire ridiculiser par des animateurs qui ne connaissent rien des problèmes de notre temps. (...) Je ne supporte plus cet avilissement. C’est décidé, je boycotte », s’insurgeait-il alors.


Saddam pendu : les degrés de l'obscénité

La diffusion sur internet d'une vidéo pirate de l'exécution de Saddam Hussein ne constitue qu'une preuve supplémentaire de la calamiteuse gestion de la "guerre contre le terrorisme". Elle a toutefois mis en lumière notre tolérance très volatile face à l'obscénité.

II y a d'abord eu des images muettes. Celles d'un barbu hagard, plus proche du Michel Simon de "Boudu sauvé des eaux" que du fringant officier qui avait dirigé l'Irak et serré la main de Donald Rumsfeld. Ces images de Saddam Hussein remontent à plusieurs mois : elles ont été jetées en pâture après la capture du raïs. Pour ceux qui les diffusaient, ces images disaient surtout ceci : "Regardez-le avec sa barbe folle! L'arrogant dictateur s'était terré comme un rat ! Et nous savons retrouver tous les malfaisants qui, comme lui, se terrent comme des rats".

Il y a eu ensuite les images du procès : en costume civil, cheveux et barbe coupés, Saddam faisait face à ses juges. Ces images étaient rarement sous-titrées et peu maintenues dans leur intégrité sonore d'origine. En revanche, les commentaires off soulignaient volontiers la "morgue" et l'arrogance retrouvée de cet homme qui contestait la légitimité du tribunal appelé à le juger.

Et puis, le 31 décembre, il y a eu les photos de l'échafaud, barrant toute la Une des quotidiens dominicaux. Bourreaux cagoulés, monstrueux noeud coulant, victime étrangement emmitouflée dans une veste à col très montant, comme s'il fallait la protéger d'un rhume. Obscénité de la peine de mort, obscénité de la mise en scène de l'exécution, obscénité du choix d'un cliché qui n'apporte pas davantage d'information qu'une seule ligne de texte. Mais cette obscénité-là était muette.

On le sait, depuis "Dancing in the Dark" à tout le moins, qu'une mise à mort est chargée d'une intensité émotionnelle insupportable. Dans le film de Lars von Trier, l'obscénité de l'acte est avant tout rendue par le climat sonore qui entoure l'exécution de Selma (Björk) : pleurs de la victime, vociférations des gardiens, claquement des sangles qui lient la condamnée, bruit sourd du corps qui glisse de la trappe et s'arrête net au bout d'une corde.

De façon inattendue, c'est un climat sonore aussi dramatique qui émane de la fameuse vidéo pirate de l'exécution de Saddam : obscénité des insultes et des provocations qui couvrent les prières du condamné, ordres secs et glaçants, vacarme des témoins qui se ruent pour constater le décès...

Pour un spectateur pressé ou blasé, la représentation de Saddam à l'échafaud était sage comme une image. Pour qui a des oreilles, la vidéo captée par téléphone portable constitue une preuve embarrassante : elle nous renvoie à notre faculté d'accorder à des actes identiques une portée très différente, selon la représentation qui nous en est faite.


Un animateur "sans tabou" sur les plateaux télé

Comment le navrant Pascal Sevran (en photo, à gauche) a-t-il réussi à faire la promotion de son livre "Le privilège des jonquilles" sur les plateaux de Marc-Olivier Fogiel (à droite) et de Michel Drucker, alors que le bouquin comporte d'insupportables attaques racistes à l'encontre des Africains ? Arrêt sur images nous l'a décortiqué dimanche dernier. Démonstration accablante d'un copinage médiatique aveugle (ou complice...), en vidéo, sur le site de l'émission.

On lira aussi avec profit l'article du Monde illustré avec une photo de l'intéressé, arborant sa Légion d'honneur.

Surprise le 20 décembre : "Libération" nous apprend :

Pascal Sevran a accepté l'idée de se rendre en Afrique pour y réaliser un reportage afin d'éclairer «dans la sérénité et la pédagogie» les réalités actuelles de l'Afrique, après ses sorties racistes. C'est SOS Racisme qui le dit. Et qui lui a proposé cette solution, qu'il a finalement acceptée avec «dignité», selon Dominique Sopo, le président de l'association. Une rencontre aura lieu en janvier avec la presse panafricaine afin de discuter des modalités et des axes de ce voyage.

Entretien avec le président de SOS Racisme (in "Libération")

Suite à ses propos sur la «bite des nègres responsable de la famine en Afrique», Pascal Sevran a rencontré Dominique Sopo, président de SOS Racisme. Après cette entrevue l'animateur a accepté le principe d'aller réaliser en Afrique un reportage pour rendre compte des réalités du continent.
Que signifie "une sortie par le haut" dans l'affaire Sevran?
Pascal Sevran a accepté le principe d'aller en Afrique afin de se rendre compte des réalités et aussi d'y réaliser un reportage. L'objectif, c'était de faire en sorte que l'image de l'Afrique ne sorte pas écornée après ses propos. J'ai lu les déclarations de Jack Lang et Bertrand Delanoë, ils attestent que Sevran n'est pas raciste. Je les crois. Une fois que c'est dit, il faut sortir par le haut. En janvier, nous allons décider dans quel pays se fera le voyage et le reportage.

Comment avez vous trouvé Pascal Sevran quand vous l'avez rencontré?
Il était atterré par la polémique. Il comprend que ses propos soient blessants. Après il était ouvert sur ce qui pouvait être fait dans le sens d'une réparation pédagogique. Je l'ai trouvé plutôt digne d'accepter de bonne grâce cette solution. Il faut que les gens qui prononcent des formules à l'emporte pièce sur des sujets sensibles puissent en répondre. Sinon le risque, c'est que cette histoire traîne encore des années, sans qu'on l'ait condamnée.

Vous allez proposer des stages à Georges Frêche, le maire de Montpellier et Alain Finkielkraut pour leurs propos récents, sur l'équipe de France «black black black»?
On n'est pas dans les même cas. Frêche est un homme politique qui est multirécidiviste et Finkielkraut un philosophe censé peser ses mots. On n'est pas face au même type de responsablité vis à vis de la parole publique.

Miss France : quand une belle se tait

C'est le genre de soirée où tout est réglé comme du papier à musique. Pas de temps mort, ou alors beaucoup de blabla et de poudre aux yeux pour faire oublier qu'il ne s'agit que d'un long temps creux rempli de pas grand-chose. La soirée des Miss France (TF1, samedi 9 décembre) a tout de même connu un moment fort : à l'heure des questions du jury, une des belles se tait. Quelques secondes de battement ou d'incertitude à TF1, c'est comme si Kierkegaard entrait au conseil d'administration de la chaîne. Bref, une des belles se tait mais fait des gestes à une personne placée au bas des marches. "On va vous passer un micro", lance le présentateur Jean-Pierre Foucault.

Miss Limousin (à gauche sur la photo) s'en empare et articule d'une voix hésitante, propre aux personnes atteintes de surdité, qu'elle souhaite démontrer que les gens comme elle "ont des capacités".

Vrai moment de suspense : que va faire le jury ? C'est lui qui décide du verdict puisque le vote du public n'entre qu'à raison de 30% dans le choix de l'élue (autant dire qu'il ne sert que de vache à lait, à raison de 50 centimes d'euro par SMS et 56 par appel surtaxé). Mais le jury de la salle : va-t-il oser couronner une miss infirme ? Au risque d'être critiqué pour condescendance ?

Quelques instants plus tard, Miss Picardie l'emporte. A la question de savoir quelle femme la faisait rêver et pourquoi, la nouvelle Miss France a mentionné sa grand-mère, qui avait su se débrouiller pour faire vivre une famille nombreuse. Saines valeurs. Et soulagement sans doute au sein du clan Fontenay, qui a charge de faire tourner la machine à euros des Miss France: il aurait été ardu d'envoyer une sourde sur les plateaux de télé. Et trop compliqué de la proclamer ambassadrice d'une foule de produits pour lesquels les contrats sont déjà signés.

Miss Limousin, victime du plan médias ?


Les Fils de l'homme

Nos jeunes critiques de la "TRIBUne des Jeunes cinéphiles" sont allés voir "Les Fils de l'homme" (photo). Dans leurs textes, aucun ne met en avant la dimension messianique du film. Une jeune fille a tout de même remarqué que la femme noire du film révèle sa grossesse dans une étable. Mais notre jeune critique se dit soulagée que le réalisateur n'ait pas cherché à "vendre cet enfant comme un nouveau Jésus". Vraiment ?

De quoi parle "Les Fils de l'homme" ? De notre monde actuel, assurément, même si l'action se passe en 2027. D'un monde désenchanté, guetté par la dérive totalitaire, plombé par le désespoir et menacé par l'infertilité. Qu'est-ce que ça peut bien signifier, cette infertilité ? De quelle infertilité nous parlent P.D James (auteure du roman) et Alfonson Cuaron (réalisateur du film) ? De notre incapacité à donner du sens à la société de consommation ? De notre incapacité à renouveler nos modèles politiques ? De notre impuissance à réenchanter le monde, malgré les mirages de la technologie ? De notre désorientation spirituelle ? De notre difficulté à CROIRE à quelque chose qui ait de la valeur ? Un peu de tout ça assurément.

Le film n'est pas toujours très assuré dans son propos, mais truffé d'enjeux passionnants, notamment sur la résistance aux modèles dominants et sur la place et le rôle de la culture (dans "Les Fils de l'homme", les oeuvres d'art ne sont plus que des vestiges collectés et gardés dans une chambre forte, pour le privilège de quelques parvenus, incapables d'en saisir autre chose que la valeur symbolique et surtout décorative). Voilà le genre de film qui mériterait qu'on s'y arrête, que tout s'arrête - la fameuse tyrannie des nouvelles sorties en salles! - pour qu'on en discute les enjeux et la portée. Pour qu'on lie ce qu'il met en scène à nos choix de société.

Et puis... Et puis rien!...

Dans la sarabande des sorties, "Babel" éclipse déjà "Les Fils de l'homme". Le distributeur comptabilise des entrées qui seront sans doute en deça des attentes : le grand public n'a guère envie de se laisser déprimer par la vision apocalyptique d'un monde qui ressemble tellement à Gaza, Grozny ou Falloudja, reconstitués dans une décharge publique. Pourtant, il y a là dedans des visions dignes du Tarkovski de "Solaris" (le daim dans l'école en ruines).

Et nos jeunes critiques font comme la plupart des critiques établis : ils évacuent rapidement la dimension du sens de l'oeuvre et des intentions du réalisateur. Pour donner le change, ils mettent l'accent sur ce qui fait la force du film : l'impression de réalisme donnée par la qualité des décors et la mobilité de la caméra. Et les voilà tous rassurés de s'accorder sur un point : "Les Fils de l'homme" est un film impressionnant. Bigre! Nous voilà menacés une fois de plus par ce que Meirieu voit venir gros comme une maison : la société de la sidération permanente. "La sidération est un phénomène qui a toujours existé. Les psychanalystes la définissent comme un moment où le sujet est happé par un trou noir et "disparaît dans sa propre jouissance narcissique". On est, comme disent les gamins, "scotché" : aucune mise à distance n'est possible. L'individu ne jouit même plus de l'objet qu'il regarde, il jouit du regard qu'il porte sur l'objet et de l'identification absolue entre son regard et cet objet. Dans la sidération, l'intentionnalité de la conscience est complètement anesthésiée", écrit-il dans "L'éducateur, l'enfant et la télécommande", Editions Labor.


Quoi, vous n'avez pas encore de blog ?!

Histoire de booster un peu son site monelection.ch, (sur lequel les échanges injurieux entre anonymes se multiplient), la Radio Suisse Romande se demande si les politicien-ne-s suisses ne ratent pas le virage du blog. Jacques Neirynck avoue qu'il n'ouvrirait pas nécessairement de blog s'il était candidat aux élections fédérales de 2007. Son argument : il ne nous reste déjà pas assez de temps pour lire les journaux, écouter la radio et regarder la télévision. D'un autre côté, nous avons le sentiment d'être noyés sous l'information. "Vaut-il la peine de mettre encore de l'eau dans une baignoire qui déborde?"

Martine Brunschwig-Graf s'est lancée dans l'aventure du blog, avant de s'octroyer une pause de réflexion : elle pose opportunément la question de l'adéquation de la forme et du fond. Par respect pour les gens à qui on s'adresse, il faut prendre le temps de bien écrire, dit-elle. Elle a cette formule : "Je n'ai pas envie que ce blog serve à étaler mon ego et mes humeurs du matin".