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Images orphelines

Il avait réalisé entre autres films le superbe "Ceddo" (1976, photo). Un film de résistance. Résistance à l'islamisation, à la colonisation, aux valeurs importées de l'extérieur et imposées aux Africains. Le cinéaste sénégalais Ousmane Sembène est décédé samedi à Dakar, à l'âge de 84 ans.

 

Ce "Ceddo", nous l'avions vu dans les années 80, dans un programme de ciné-club scolaire. J'ignore si l'on prend encore la peine de programmer des films africains dans des ciné-clubs scolaires... Je voudrais croire que oui.

Au dernier Festival de Cannes, beaucoup d'observateurs ont déploré l'absence récurrente de l'Afrique en sélection officielle. Membre du jury, le réalisateur mauritanien Abderrahmane Sissako refusait de mettre cet état de fait sur la myopie des sélectionneurs ou l'indifférence de l'Occident :

"Le vrai combat d'un cinéaste, c'est son existence en temps que cinéaste. Il faut réfléchir à si nous avons tout fait pour faire des films. Le jour où on aura une analyse sincère, en face à face, les yeux dans les yeux, on comprendra beaucoup plus de choses. (...) Il y a un travail de remise en question de soi et de beaucoup de choses. Je crois que ce travail n'est pas fait. On a tendance à toujours trouver les responsabilités ailleurs. La responsabilité tient toujours d'un « nous », quel que soit le conflit. C'est toujours partagé. Et je pense que cette part de responsabilité n'est pas totalement assumée. Et l'existence d'images, pour certains ou par certains, n'est pas analysée à sa juste valeur." (Interview complète sur Africultures)

En attendant, ce que l'Afrique perçoit par les images se révèle souvent absurde ou pathétique. Wim Wenders l'a bien montré dans sa contribution au film collectif "Chacun son cinéma" (présenté à Cannes et sur Arte le 26 mai). Dans un pauvre "ciné-vidéo" de la République démocratique du Congo (photo et article, plus haut), il a filmé des visages d'enfants agglutinés devant un moniteur de télévision qui diffuse "La Chute du faucon noir", un film de guerre de Ridley Scott.

Alors... Après Ousmane Sembène et d'autres pionniers, quelles images de l'Afrique pour demain ?

Christian Georges


"Pas douce" dans la presse nationale française

Encore à l'affiche en Suisse romande, "Pas douce" est sorti en France. Tourné à La Chaux-de-Fonds, avec une excellente Isild le Besco (photo) dans le rôle principal, le film de la réalisatrice suisse Jeanne Waltz fait l'objet d'une belle critique dans "Le Monde". Chic! Cliquez sur le lien pour en juger!

Et voici ce qu'écrit du film Gérard LEFORT dans "Libération" :

Le titre ne ment pas. Non, elle n'est pas douce cette jeune Frédérique, infirmière dans un hôpital du Jura suisse. Pas douce, pas gentille, pas aimable, surtout pour quiconque cherche à l'aimer, fiancé régulier ou amants de passage. Mais c'est surtout elle qu'elle ne peut pas supporter. Jusqu'à vouloir se suicider. Mais dans le sous-bois où elle veut se flinguer, un bruit va distraire son geste, une querelle bagarreuse entre deux jeunes garçons. Ce boucan la dérange au point qu'elle tire sur un des deux gamins. Grièvement blessé au genou, l'adolescent (Marco) est hospitalisé dans l'établissement où Frédérique travaille. Le planning des gardes va bientôt l'amener à son chevet. Frédérique veut d'abord avouer, mais tous, surtout les flics, repoussent la confidence d'une fille trop notoirement givrée pour être une coupable honorable.
Tout est dit ou presque de ce drame rugueux qui s'attache au récit d'une conjugalité étrange et dangereuse entre la presque meurtrière et sa victime. Cette concentration dans le huis clos d'une chambre d'hôpital est la meilleure idée du film qui, lorsqu'il s'en éloigne, chute dans une divagation dialectique moins habile sur le bien et le mal. Autant dire que Pas douce ne tient que par le choix des deux protagonistes principaux. Bon choix. Isild Le Besco (Frédérique) qui confirme son excellence dans le registre de la folle à tuer. Et, plus inédit, le jeune Steven Pinheiro de Almeida (Marco), parfait dans la peau grasse de l'ado pas du tout aimable lui non plus.
En arrière-monde de ce film réfrigérant, la ville de La Chaux-de-Fonds au moment du dégel et alentour, la campagne suisse où le brouillard est la couleur dominante. On doit à ce «décor», les plus belles images du film : Frédérique s'échappant sur son vélo, à fond, par monts et par vaux, une bouteille d'alcool à la main, comme une dératée. Libre en somme. Y compris de foncer dans les eaux d'un lac glacé.

Semaine des médias (11) : record de UNES

Plus de cent UNES réalisées dans les classes romandes ! Record battu ! Nous n’aurions pas imaginé recevoir autant de travaux dans le cadre du concours lancé pendant la Semaine des médias à l’école. Les propositions émanent autant de classes de 1ère année primaire que d’élèves d’une Ecole d’arts appliqués. Félicitations à tous ceux qui ont œuvré pour ce magnifique résultat! Les UNES seront en ligne ces prochains jours sur le site www.e-media.ch. Quelques commentaires d’enseignants qui ont pris part à l’aventure.

Serge Hager à Delémont, n'a pas cédé à la facilité avec ses élèves du secondaire I :
"Nous avons voulu émettre nos propres  exigences :
- Un édito obligatoire (sujet ATS ou personnel)
- Par groupe, dans la semaine, les élèves devaient préparer une interview (en 
vue également du concours), un compte-rendu sportif et une critique de 
film ou série. Ces travaux doivent figurer en accroche (modifiés), un 
seul est autorisé à figurer en entier en Une, mais sans obligation."
 

"L'aventure fut passionnante, merci !", nous écrit Ursula Varone, du CO de Savièse

"Nous avons eu un accès insuffisant à la salle d'informatique pour aboutir nos projets", regrette Pierre Graber, du Collège des Cerisiers à Gorgier. "Voici quand même celui qui promettait le plus d'originalité."

"J'ai le plaisir de vous transmettre les trois unes réalisées par mon groupe
de 10 élèves lors de la journée d'hier. Ces élèves de troisième année du CO
qui ont travaillé en 3 groupes (l'un de 4 élèves et les 2 autres regroupant
3 élèves) ont eu beaucoup de plaisir à participer à cette activité."
écrit Roland Métrailler, du CO d’Ayent
 
"Cette activité a suscité un grand intérêt de la plupart des 16 élèves concernés,
ils ont fait preuve de concentration (pas toujours le cas !), ont eu du
plaisir.
Merci pour les journaux qui arrivent à bon port;
étrange, les élèves ne se ruent pas dessus car ils ont en
main un de ces 2 quotidiens gratuits !
Je ferai de la pub pour cette semaine des médias à
l'école auprès de mes collègues lors de prochaines
concertations de français", promet
Jean-Jacques OLIVARY, à Yverdon, qui enseigne à des 7ème VSO.

4ème Semaine des médias à l'école (5) : Atelier de journalisme

Des messages comme on les aime... Le commentaire d'une classe ayant participé à l'atelier pratique de journalisme le 19 mars. Les élèves étaient encadrés par deux professionnels Alain Meyer et Bernard Vuillème. De beaux souvenirs en perspective...

Ce matin, dans le cadre de la semaine des médias, nous avons eu le
plaisir d'accueillir en classe deux journalistes: Alain Meyer et Jean-
Bernard Vuillème. Nous avons parcouru les journaux locaux avec eux.
Après la récréation, Raymond Burki nous a rejoint et nous a expliqué
comment il faisait ses dessins . On a bien rigolé avec ses
caricatures ! L'après-midi, nous avons écrit notre article de presse
et nous l'avons lu. Nous avons passé une magnifique journée et nous
remercions les organisateurs de la semaine des médias de nous avoir
permis de partager ces moments inoubliables.

Classe de Brigitte Roth, collège des Pépinières à Renens V

atelier_renens


Festival de films de Fribourg : deux blogs à suivre

Vos élèves ont vu en séance scolaire un des films projetés au Festival international de films de Fribourg ? Ils veulent exprimer leur avis ? Ils sont prêts à écrire une critique personnelle sur ce film ? A la manière des pros ? A eux jouer !

Dès le 19 mars, un blog sur Internet accueille les critiques des films vus à Fribourg. Il est modéré par l’unité « Médias » de la Conférence intercantonale de l’instruction publique de la Suisse romande et du Tessin (CIIP).

Qui peut participer ?

Tous les élèves inscrits aux projections organisées par Planète Cinéma peuvent proposer une ou plusieurs critiques.

Qu’est-ce qu’il faut faire ?

Rédiger une critique de cinéma, comme dans un journal ou un magazine. Longueur minimale : 1000 signes. Longueur maximale : 2000 signes. Les élèves dès 14 ans trouveront des recommandations sous : http://www.e-media.ch/dyn/bin/2444-3098-1-fiche12_rediger_critique_film.pdf

Le plagiat est interdit. Les textes doivent être envoyés jusqu’au 5 avril, à l’adresse e-mail : emedia@romandie.com.

C’est aussi un concours !

Un jury récompensera les meilleures productions écrites par un iPod Shuffle mini 1Mo et des billets de cinéma.

Les critères d’évaluation

Le jury se basera sur les critères suivants :

- qualité de la rédaction

- originalité

- expression

- point de vue

Vous serez publiés !

Vos critiques peuvent être enthousiastes, tièdes ou acides. Mais elles ne doivent pas contenir d’injures ou d’attaques personnelles. Après relecture, elles seront publiées sur le blog http://planetecinema.romandie.com. Vos camarades pourront les commenter à leur tour.

Par ailleurs, le jury des jeunes FIFF / E-Changer met aussi un blog en ligne à l'adresse http://fiff.kaywa.ch/. Affaire à suivre!


Plantu et le formatage

Le dessinateur du "Monde" anime un passionnant atelier ce matin à Lyon, dans le cadre des 4e Assises de la presse écrite et de la jeunesse. Plantu est généreux en diable, éclairant ses convictions face à un millier de lycéens. Il plaide pour la spontanéité et le choix assumé du ton adopté, qui varie selon les circonstances : "On peut déranger en restant poli". A un moment donné, il vitupère la "Druckérisation des esprits". Entendez : la propension des gens à donner aux médias exactement ce qu'ils attendent en termes de discours et d'idées...

On y reviendra.


Semaine des médias à l'école : édition record !

Réjouissant ! Au matin du 9 mars, 403 classes sont déjà inscrites à la 4ème Semaine des médias à l'école en Suisse romande (19-23 mars 2007). BE : 21, GE : 36, JU : 65, NE : 130, VD : 72, VS : 44. Etranger : 4. Nous enregistrons une augmentation de 35% par rapport à l'édition 2006. Il est encore possible de de s'inscrire jusqu'à la dernière minute sur www.e-media.ch. Et les retours sont parfois sympa, comme celui de Jean-Luc Pachoud, instituteur à Marly :

"Avec Monsieur Messeiller de Radio Fribourg, nous avons organisé une visite de la radio locale fribourgeoise le jeudi 22 mars prochain ainsi qu'un moment d'échange sur le métier de journaliste (questionnaire, ateliers).

Sur mon inscription, j'avais également souhaité recevoir la Liberté chaque jour; la personne qui viendra la livrer peut le faire chaque jour dès 07.30 heures à l'Ecole primaire de MARLY Grand-Pré. (...)

Merci encore pour la super organisation et meilleures salutations!"

C'est la classe de Michèle PERINGER à Lausanne qui aura le privilège d'assumer la rédaction en chef du MATIN BLEU le 20 mars, sous la houlette du responsable habituel Tristan CERF. Surveillez l'édition du 21 mars !


Des élèves interpellent les journalistes

Enseignants de Suisse romande, c'est l'heure ! Si vous entendez visiter des rédactions ou rencontrer des journalistes pendant la 4ème Semaine des médias à l'école (19-23 mars 2007), il vous reste jusqu'à mercredi soir, 28 février, pour vous inscrire sur le site www.e-media.ch.

Une fois inscrits par leur enseignante, les élèves de la classe 6.1 au Mont-sur-Lausanne ont été invités à écrire à la Radio Suisse Romande. Voici le message qu'ils ont adressé à Pierre Luyet :

"Cher Monsieur,

Nous sommes une classe de 6ème année, de 20 élèves, du Mont-sur-Lausanne.

Nous serions très intéressés par une visite de la Radio Suisse Romande, comme cela nous a été proposé par la CIIP.

Nous sommes très sympas, parfois peut- être bavards, mais nous savons nous taire quand c'est nécessaire. Nous aimerions apprendre plein de choses concernant la Radio, comme par exemple :

- comment travaillent les journalistes (par coeur, avec des fiches, etc.)

- Quelles genres d'émissions sont en direct ou non et pourquoi

- Comment se ratrappent les journalistes, s'ils se trompent

- Comment est-ce que l'on émet sur les ondes (techniques)

- Qui fait passer de la musique et comment est-elle choisie

- y-a-t-il des bruitages

Nous serions donc très fiers si vous nous accueilliez dans vos studios...

En attendant votre réponse impatiemment, nous vous envoyons nos meilleures salutations

Les élèves de la 6.1"

Et voici ce que leur a répondu Pierre Luyet :

"C'est bien volontiers que la RSR vous accueillera, surtout s'il s'agit des élèves de la 6.1 !

Bavards... pas de problème, nous sommes une maison de mots !

Curieux... on aime ça.

Bienvenue, donc. Madame Anne-lise Clerc, notre responsable des visites, prendra contact avec vous tout prochainement.

Meilleurs messages

Pierre Luyet

secrétaire général de l'information RSR"

Autre message reçu récemment de deux enseignantes de l'Etablissement secondaire de St-Prex:

"Nous avons pu contacter un journaliste du "20 minutes" qui viendra présenter son travail le mardi 20 mars à nos 2 classes. Nous nous réjouissons de pouvoir préparer cette rencontre avec nos élèves grâce à la fiche pédagogique.

Nous vous remercions d'avoir pu nous mettre en contact avec un professionnel."


Pascale et Thelma : divines surprises des Césars et des Oscars

Les récompenses décernées lors des cérémonies des Césars et des Oscars enthousiasment rarement le cinéphile. Trop de compromis en direction d'un improbable goût moyen gâchent la sauce. Heureuse exception cette année avec des prix qui nous font un immense plaisir. Tel l'Oscar du meilleur montage décerné à la complice de Martin Scorsese, Thelma Schoonmaker (photo).

C'est l'une des plus talentueuses réalisatrices du cinéma français. Et pourtant, le grand public ne la connaît pas. Pascale Ferran a réalisé en 1992 un premier film emballant : "Petits arrangements avec les morts" (à voir d'urgence pour ceux qui n'en ont jamais entendu parler). Avec une troupe d'étudiants en théâtre, elle a ensuite tourné un beau film pour la télévision, "L'Âge des possibles" (1995). Puis, elle a quasiment disparu de la circulation...

Pascale Ferran a eu toutes les peines du monde à terminer le bouclage financier de "Lady Chatterley". Adaptation du roman de D.H. Lawrence, ce film de trois heures a été refusé par le Festival de Cannes. Il est sorti à fin 2006 avec un excellent écho critique mais a été relativement peu vu (200.000 entrées en France, le score qui dénote que seuls les amateurs de films d'auteur se sont déplacés; en Suisse romande, avec deux copies, le film n'a même pas été vu dans toutes les villes). Et samedi soir, divine surprise : "Lady Chatterley" remporte non seulement les Césars de la meilleure photo, de la meilleure adaptation, des meilleurs costumes et de la meilleure actrice (Marina Hands), mais aussi celui du meilleur film. Impeccable jusqu'au bout, Pascale Ferran défend les intermittents du spectacle et le cinéma exigeant (toujours plus boudé par les télés), avant de mettre au défi les candidats à la présidentielle de parler de culture dans les 55 jours qui restent. On lui souhaite de moins galérer avant de nous livrer son prochain film...

A la cérémonie des Oscars, dimanche, Martin Scorsese a enfin obtenu le triomphe qu'il aurait mérité de remporter bien plus tôt. On se pince même pour y croire : quoi, "Raging Bull" et "Les Affranchis", ça n'était pas Oscar du meilleur film ou du meilleur réalisateur à l'époque ? Cette fois - Marty a demandé qu'on vérifie le nom dans l'enveloppe - c'est bon : "Les Infiltrés" remportent les deux statuettes les plus prestigieuses. Le film - virtuose, mais teinté d'un machisme un peu rance - ne restera sans doute pas dans l'histoire du cinéma. L'essentiel n'est pas là : Scorsese, amoureux de cinéma nourri de cinéphilie européenne, protecteur du patrimoine mondial des films - de Ray à Rossellini - obtient la reconnaissance qu'il mérite davantage que les faiseurs de recettes sans états d'âme.

Et l'on se réjouit tout autant de l'Oscar qu'obtient sa fidèle monteuse Thelma Schoonmaker (le deuxième après celui obtenu pour "The Aviator"). Scorsese travaille avec elle depuis 1980 ("Raging Bull"). Il a eu toutes les peines du monde à la faire intégrer le système hollywoodien. L'Amérique, protectionniste en diable, met en effet les bâtons dans les roues aux Britanniques et autres étrangers qui veulent rejoindre les syndicats de techniciens agréés. Mais depuis, l'étonnante Thelma a fait merveille : le style Scorsese, si dynamique, si rock'n roll, c'est elle qui a contribué à le créer et à le faire éclater. Etonnante en effet, cette vitalité débridée qui sort des doigts d'une discrète petite dame bien mise et à cheveux blancs!

PS : Nous rappelons amicalement aux journalistes que l'Oscar du meilleur documentaire, "Une vérité qui dérange", n'est PAS un film d'Al Gore, mais un film de Davis Guggenheim avec Al Gore...

Et nous signalons aux Départements de l'instruction publique romands, à toutes fins utiles, que le gouvernement allemand a choisi de financer l'envoi de 8000 DVD du film aux écoles du pays.


Régis Debray commente la présidentielle française

Dans une superbe tribune parue dans "Le Monde", l'écrivain décortique la manière dont les médias conditionnent la campagne et ce qui reste du rapport à la culture chez les candidats. Extrait:

Pour le pro du jour nourri dès la mamelle à l'image-son et à la revue de presse, la densité de sens se mesure au volume des échos. Réussie sera l'opération qui aura fait l'ouverture du journal. La com'a dominé François Mitterrand, surtout vers la fin, à son deuxième septennat. Ce n'était pas ripolin sur sable, il y avait une charpente par-dessous. Le passe-partout des politiques étrangères proposées semble bien être les "droits de l'homme", dont chacun sait qu'ils ne font pas une politique, sinon celle de Gribouille ou de Panurge. Comme c'est la pensée profonde du show-biz et des rédactions, elle paye. Echo maximal. Qui ne rêverait de s'être fait flasher aux côtés de Soeur Emmanuelle, de l'abbé Pierre ou de saint Hulot ?

Ces gâteries narcissiques rappellent que la com'est une bulle impitoyable qui contraint à jouer "perso". Contrainte technique, s'entend : le petit écran exclut le plan large et une photo de groupe ne fait pas la "une" de Paris Match. Les petits camarades, c'est pour le décor. Le gros plan est d'instinct bonapartiste ou prima donna. Dans l'ancien monde, en graphosphère, le moi investi veillait à s'inscrire, fût-ce par politesse, dans le nous d'une formation, d'une tradition de pensée ou d'un projet collectif. Dans le nouveau monde, en vidéosphère, le nous reste requis, mais en garniture, pour applaudir le moi sélectionné, moi Ségolène, moi Nicolas. Mon pacte, mon staff, mes handicapés. La loi du people, c'est l'anti-peuple. Un plus un plus un, cela ne fait pas trois citoyens ensemble, mais trois plans de coupe avec groupies en fond visuel. Exit l'universitaire, le chercheur, l'écrivain. Regardez les escortes : c'est Hollywood, pas Harvard. En plus popote, genre TF1. Gardons-nous d'opposer la culture au froufrou. Rien que de normal si un meneur de jeu, au meeting de Villepinte, voyant entrer un rappeur, deux excellents acteurs et un animateur de variétés, s'exclame : "La culture française enfin est là !" La culture a toujours été le nom noble donné à la technologie la plus performante. Nos challengers n'ont plus le loisir d'aller au théâtre ou de flâner dans une librairie. Ils feuillettent les magazines et surfent sur les écrans. Ce qui ne passe pas à la télé, à leurs yeux, n'existe pas. Aussi sont-ils sûrs d'avoir recruté la philosophie avec André Glucksmann ou Bernard-Henri Lévy et la littérature avec Christine Angot ou Jean d'Ormesson.