Ils sont jeunes mais professionnels. Ils secouent les pouvoirs établis avec des révélations embarrassantes ou exclusives. Ils acceptent d'être payés moins que leurs confrères des titres établis. Aux Etats-Unis, les journalistes qui alimentent des sites d'information en ligne attirent de plus en plus l'attention.
Un article du Center for Investigative Reporting au sujet de Taser International
C'est le "New York Times" du 18 novembre qui s'en faisait l'écho : aux Etats-Unis, des sites d'information en ligne dotés d'équipes minuscules sont en train de se faire un nom, comme le VoiceofSanDiego.org. Leur atout : opérer à des coûts de moitié inférieurs à ceux d'un quotidien papier traditionnel. Leur limite : bénéficier de ressources publicitaires très insuffisantes pour payer un staff digne de ce nom. Ces sites songent à se constituer en association pour aller draguer les annonceurs nationaux et solliciter les dons de fondations qu'ils n'obtiendraient pas en partant seuls au combat.
VoiceofSanDiego est à l'image de PBS, la chaîne publique américaine : c'est une société sans but lucratif soutenue par des fondations, de riches donateurs, les contributions du public et un petit apport publicitaire. Il y en a d'autres, comme ProPublica, le Pulitzer Center on Crisis Reporting, ou le Center for Investigative Reporting.
VoiceofSanDiego est structuré comme la plupart des sites des journaux traditionnels, avec des rubriques classiques, une actualisation régulière. Le site contient peu d'infographies, mais beaucoup de photos et même de la vidéo (grâce au partenariat avec une chaîne de TV locale). Par nécessité, il est très sélectif dans ce qu'il couvre et renonce aux dépêches d'agence qui encombrent la plupart des sites d'information.
L'audience reste à ce jour faible : 18.000 visiteurs uniques par mois. D'autres font mieux, comme le MinnPost (200.000) mais cela reste une fraction infime de ce que les gros titres écument en ligne. Au MinnPost, les cinq employés à plein temps gagnent entre 50.000 et 60.000 dollars par an, mais ils peuvent compter sur 40 pigistes occasionnels.
Ces sites sont souvent nés sous l'impulsion d'un opulent parrain, écoeuré par la complaisance des médias traditionnels à l'égard de l'establishment. L'un d'eux, Buzz Wolley, estime que le modèle sans but lucratif est celui qui a le plus de chances de fonctionner : "L'information est désormais un service public. Elle devrait être envisagée comme l'école ou la santé. C'est l'une des choses dont on a besoin pour faire fonctionner une société civile et le marché n'est pas très approprié pour s'en occuper."
(Traduction et adaptation : Ch. Georges)