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Mediablog

Paris - Los Angeles en ascenseur

Comment l'animateur de la chaîne Direct 8 Jean-Marc Morandini a-t-il fait pour couvrir l'hommage à Michael Jackson en recourant à de faux envoyés spéciaux ? C'est le bidonnage que révélait dans un savoureux article le site Rue89. A déguster !


Une agence fragilisée

"Le Monde" nous l'apprend : le grand quotidien régional "La Provence", édité par le groupe Hersant, va résilier son abonnement à l'Agence France Presse (AFP) à partir du 1er juillet.

Les motifs ? D'après un journaliste du quotidien basé à Marseille, le PDG a expliqué que "La Provence" n'utilisait qu'une vingtaine de dépêches AFP par jour, pour un coût annuel de 550.000 euros.

Sortons notre calculette : 550.000 euros, au cours actuel, représentent 825.000 francs suisses. Par mois, l'abonnement revient à 68.750 francs. En juin, "La Provence" sort au moins 23 éditions. Dès lors, les 20 dépêches quotidiennes coûtent au journal environ 3000 francs. Cela ne paraît pas excessif, d'autant que le journal doit bien avoir aussi un site internet à garnir...

Combien de journalistes faudrait-il à "La Provence" pour produire autant d'articles ? Au moins dix. Le coût serait très comparable à la facture de l'AFP. Et ces malheureux ne pourraient couvrir l'ensemble du monde, comme le fait l'AFP grâce à son réseau étendu (donc coûteux) de correspondants !

"La Provence" dit chercher à négocier au cas par cas des reprises  d'articles de sites d'information. Ce quotidien fait certainement pression sur l'agence pour qu'elle revoie ses tarifs à la baisse. Mais si d'autres titres lui emboîtent le pas, c'est tout le système économique des agences traditionnelles qui serait bouleversé. Le désistement du quotidien basé à Marseille fait perdre à l'AFP de quoi financer huit postes !


Nul n'est prophète...

Bien accuelli par la critique au Festival de Locarno, sorti en janvier sur les écrans romands, "Un autre homme" du réalisateur lausannois Lionel Baier (photo) a fait une carrière (trop) discrète. Il est sorti le 6 mai sur les écrans français. Les premiers échos sont bons, comme nous le répercute sa société de production dans un communiqué. Extrait :

De Libération à Canal+, en passant par le Monde, France Culture ou Positif, la presse française est unanimement élogieuse : « Peinture sociale drôle et habile » (Amélie Dubois, Les Inrockuptibles) ; « Ce nouvel avatar du Bel-Ami de Maupassant se déguste (…) comme clin d’œil à la Nouvelle Vague » (Jean-Luc Douin , Le Monde) ; « Narcissisme blessé, connaissance d’une inconnaissance qui permet à Baier, pour son troisième film, de réinventer une nouvelle fois le cinéma et, sous prétexte d’imposture, de réellement en imposer. » (Eric Loret, Libération).


Les films de Cannes sur le web

Le Festival de Cannes proposera sur son site internet une nouvelle prestation : grâce à l'accroissement de la bande passante, les cinq premières minutes des films sélectionnés au festival pourront être visionnées, au moment de leur sortie en salles. Cette offre s'étendra à tous les films présentés en sélection officielle qui le souhaiteront. L'idée est de présenter au public (jeune surtout) les cinq premières minutes, "en lieu et place de la sempiternelle bande-annonce qui finit par éteindre le désir". Le festival considère qu'il apporte ainsi sa petite pierre au soutien des créateurs indépendants, estimant que les grands créateurs "sont à leur meilleur dans la première et dans la dernière bobine".

Pedro Almodovar dirige Penelope Cruz dans "Les Etreintes brisées". Bientôt en compétition à Cannes et bientôt en extrait exclusif sur le site du festival ?


Le cadavre des droits de l'homme trainé dans les rues d'Addis Abeba

Le saviez-vous ? La secrétaire d'Etat française aux droits de l'homme Rama Yade était en Ethiopie vendredi et samedi dernier. Alors, si vous trouvez que la presse traditionnelle est un peu fade en général, lisez plutôt ce que cette visite a inspiré au site Bellaciao.


Semaine des médias : vos échos

"Depuis votre action médiatique , j'utilise régulièrement le support journalistique écrit dans mes leçons. Si le langage adopté par les médias peut sembler compliqué, il a cependant l'avantage d'utiliser des expressions "modernes", plus faciles à utiliser couramment par les élèves non francophones. Je vous remercie de l'intéressante expérience que vous proposez chaque année", nous écrit la responsable d'une classe d'accueil dans le canton de Neuchâtel. Elle accueillera un journaliste de la TSR qui viendra présenter son métier aux élèves dans le cadre de la 6ème Semaine des médias à l'école.

Vous aussi, faites-nous part de ce qui se prépare dans vos classes à l'occasion de cet événement ! Ce blog a pour vocation dedonner des échos du terrain et de motiver vos collègues à nous rejoindre... Les inscriptions restent ouvertes sur ce lien jusqu'au 20 mars.

Depardieu sur un plateau

Quelle marge de manoeuvre laisse-t-on à un acteur sur le plateau du 20 heures ? Une marge infime, comme en témoigne le passage de Gérard Depardieu sur France 2 dimanche 22 février. La vidéo est à revoir ICI. Analyse des limites du genre.

Est-ce que Gérard Depardieu s'intéresse à l'actualité ? "Je la regarde, je ne la commente pas", lance d'emblée le comédien au présentateur Laurent Delahousse. Façon comme une autre de se centrer sur le cinéma et sur le film à défendre ce soir-là, "Bellamy" de Claude Chabrol.

Delahousse et Depardieu passeront près de neuf minutes ensemble. Neuf minutes! Une éternité pour le journal télévisé. Et pourtant le téléspectateur déchante au fil des secondes : les questions s'enchaînent sans que Depardieu puisse vraiment exprimer le fond de sa pensée. Il est allé voir "L'Etrange histoire de Benjamin Button". "Je préfère presque la nouvelle...", déclare l'acteur (en évoquant la nouvelle de Scott Fitzgerald dont est inspirée le film de David Fincher). Pourquoi ? On n'en saura rien. Depardieu vante les progrès du cinéma italien. En quoi se distinguerait-il ? Delahousse relance sur Mickey Rourke et Sean Penn. Echange typique dans lequel l'intervieweur ne se soucie pas le moins du monde des réponses. Tout en survol.

Soirée d'Oscars et nationalisme oblige, le présentateur du JT évoque Laurent Cantet, nommé dans la catégorie du meilleur film étranger pour "Entre les murs". Delahousse demande à Depardieu s'il a vu le film. Pour aussitôt lui couper la parole, en assénant une contre-vérité : "Un cinéma documentaire!" ("Entre les murs" est une fiction).

Toutes les relances paraissent précipitées ou convenues ("Gamblin, Cornillac, formidables...").Le film de Claude Chabrol, c'est forcément "du cinéma artisanal!" La conclusion est à l'avenant. Depardieu lance la piste la plus intéressante de l'entretien : "Aujourd'hui, on ne sait plus comment raconter une histoire", mais Delahousse n'est pas intéressé par ces questions de récit, de représentation et de mise en scène. Son fil rouge prévoit le lancement d'une photo des "Valseuses" et une question sur l'estime de soi.

Voilà comment une chaîne française défend un film français en 2009 : en donnant neuf minutes d'exposition au plus célèbre de ses acteurs, mais sans accorder la moindre considération aux idées qu'il exprime.


L'avenir du journalisme ?

Ils sont jeunes mais professionnels. Ils secouent les pouvoirs établis avec des révélations embarrassantes ou exclusives. Ils acceptent d'être payés moins que leurs confrères des titres établis. Aux Etats-Unis, les journalistes qui alimentent des sites d'information en ligne attirent de plus en plus l'attention.

Un article du Center for Investigative Reporting au sujet de Taser International

C'est le "New York Times" du 18 novembre qui s'en faisait l'écho : aux Etats-Unis, des sites d'information en ligne dotés d'équipes minuscules sont en train de se faire un nom, comme le VoiceofSanDiego.org. Leur atout : opérer à des coûts de moitié inférieurs à ceux d'un quotidien papier traditionnel. Leur limite : bénéficier de ressources publicitaires très insuffisantes pour payer un staff digne de ce nom. Ces sites songent à se constituer en association pour aller draguer les annonceurs nationaux et solliciter les dons de fondations qu'ils n'obtiendraient pas en partant seuls au combat.

VoiceofSanDiego est à l'image de PBS, la chaîne publique américaine : c'est une société sans but lucratif soutenue par des fondations, de riches donateurs, les contributions du public et un petit apport publicitaire. Il y en a d'autres, comme ProPublica, le Pulitzer Center on Crisis Reporting, ou le Center for Investigative Reporting.

VoiceofSanDiego est structuré comme la plupart des sites des journaux traditionnels, avec des rubriques classiques, une actualisation régulière. Le site contient peu d'infographies, mais beaucoup de photos et même de la vidéo (grâce au partenariat avec une chaîne de TV locale). Par nécessité, il est très sélectif dans ce qu'il couvre et renonce aux dépêches d'agence qui encombrent la plupart des sites d'information.

L'audience reste à ce jour faible : 18.000 visiteurs uniques par mois. D'autres font mieux, comme le MinnPost (200.000) mais cela reste une fraction infime de ce que les gros titres écument en ligne. Au MinnPost, les cinq employés à plein temps gagnent entre 50.000 et 60.000 dollars par an, mais ils peuvent compter sur 40 pigistes occasionnels.

Ces sites sont souvent nés sous l'impulsion d'un opulent parrain, écoeuré par la complaisance des médias traditionnels à l'égard de l'establishment. L'un d'eux, Buzz Wolley, estime que le modèle sans but lucratif est celui qui a le plus de chances de fonctionner : "L'information est désormais un service public. Elle devrait être envisagée comme l'école ou la santé. C'est l'une des choses dont on a besoin pour faire fonctionner une société civile et le marché n'est pas très approprié pour s'en occuper."

(Traduction et adaptation : Ch. Georges)


Apocalypse : les chrétiens comme les bolchéviks ?

Nous évoquions il y a peu dans ce blog l'importance d'un contre-feu (si possible argumenté) aux opinions dominantes dans les médias. Alors que la série d'Arte "Apocalypse" s'attire les éloges unanimes des chroniqueurs, nous avons trouvé sur le blog "La république des livres" l'avis discordant d'un certain Jérôme. Il nous laisse sans voix par son érudition et sa précision d'argumentation. Le voici in extenso (les passages en gras ont été mis en évidence par nous).

Jérôme Prieur et Gérard Mordillat, les auteurs de la série.

"J’ai eu l’occasion de voir les deux premiers épisodes : je les ai trouvés très séduisants sur la forme, j’ai été heureux de voir s’exprimer des chercheurs autrement que par leurs livres, mais j’ai trouvé les documentaires assez vides sur le fond dès lors qu’on prend un minimum de recul et que l’on réfléchit à ce que l’on en retire vraiment.

Ainsi, le livre de l’Apocalypse n’est abordé que par son premier et son dernier paragraphe, et par une expression qui a apparemment fasciné jusqu’à la sidération les auteurs (”la synagogue de satan”). Du reste du livre, il n’est à peu près rien dit de précis, alors même que le sujet de la confrontation avec Rome pouvait donner lieu à beaucoup de commentaires éclairant le livre lui-même et l’histoire des premiers chrétiens. Il y a certes des commentaires par ailleurs sur l’évolution du regard des premiers chrétiens à l’égard de Rome, mais pourquoi appeler une série « Apocalypse » alors même que le livre éponyme est laissé à ce point dans l’ombre, au profit de la focalisation sur une unique expression dont on ne sait pas très bien à l’arrivée si elle renvoie finalement aux Juifs ou aux communautés pauliniennes. On serait tenté de dire que cela fait beaucoup de bruit pour rien, alors qu’il y a tant d’éléments plus sûrs que l’on pourrait mettre en avant pour éclairer véritablement cette période.

Mais les auteurs ne cherchent pas à éclairer la période de façon générale, ils cherchent uniquement à répondre aux quelques interrogations qu’ils se sont posées au milieu de tous les textes et faits qui se présentent à eux. Dès que l’on prend du recul, la démarche apparaît étonnamment partielle, voire partiale.

Les auteurs ne partent pas d’un présupposé religieux, ce qui est normal, mais ils ne comprennent visiblement le phénomène dont ils parlent (la naissance d’une religion) que sur un mode politico-idéologique. Être chrétien, ce serait appartenir à un groupe fondamentalement hétérogène et profondément déchiré, dont la seule unité, la seule identité, à l’arrivée est l’opposition à Rome (surtout) et aux Juifs (beaucoup aussi). Que la religion génère des conflits, avec d’autres religions, avec le pouvoir politique, c’est un fait, mais cela fascine Mordillat et Prieur au-delà du raisonnable : la seule mention d’un conflit entre chrétiens et juifs dans le premier épisode renvoie à une question de gros sous. De la prétention des chrétiens à croire en Jésus non seulement Messie mais encore Fils de Dieu, il n’est pas dit un mot, alors même que les ouvrages sur l’éloignement progressif entre chrétiens et juifs au Ier siècle commencent à être nombreux, et que la question spécifiquement religieuse a provoqué des ruptures bien plus profondes que celle de savoir qui mettrait la main sur la bourse des néo-convertis.

Mordillat et Prieur ont certes beaucoup lu et travaillé, mais pour prendre un exemple leur précédent livre, Jésus après Jésus, est très faible, presque indigent. Ils alignent des hypothèses les unes à la suite des autres, en ne retenant que celles qui s’écartent d’une vision dite traditionnelle : pour être valable, une hypothèse doit dire le contraire de ce que l’Eglise affirme ou est censée avoir affirmé. Ils prétendent en introduction s’attacher à la dimension littéraire des textes, ce dont je me suis réjoui par avance, avant de constater que cela signifiait uniquement relever que selon eux les premiers textes chrétiens étaient bourrés de stratégies rhétoriques très faibles et contradictoires pour faire passer en douce des messages dont seuls Mordillat et Prieur peuvent croire qu’ils étaient censés être cachés et qu’ils ont pu grâce à leur science les dévoiler enfin, 2000 ans plus tard. En voyant la série, on peut relever des limites plus ou moins étonnantes, mais face à un tel livre, la mauvaise foi (ou l’aveuglement) devient patente.

S’il nous est permis de proposer à notre tour une hypothèse : les réalisations de Mordillat et Prieur sont loin d’être sans préjugés, contrairement à ce qu’ils clament partout haut et fort. Ils n’en sont peut-être pas conscients, mais ils traitent du christianisme primitif comme on traiterait aujourd’hui de l’histoire du parti bolchevik : comment un petit parti révolutionnaire, déchiré par les conflits (cf. la scission avec les mencheviks, puis ensuite les conflits violents entre les leaders, une fois le pouvoir conquis), guidé par des principes grandioses mais abstraits et déconnectés du réel, a-t-il pu s’imposer à l’Empire qu’il combattait, et se développer à grands renforts d’une idéologie et d’une propagande d’une absolue mauvaise foi, qui a pourtant su conquérir les esprits y compris de grands intellectuels dans la période d’après-guerre, même s’ils en sont revenus, pour certains, par la suite.

Mordillat et Prieur semblent nous rejouer “Le passé d’une illusion”, mais c’est ici un parti-pris qu’ils peinent encore à fonder et à porter jusqu’à la moindre forme de démonstration.

Il y a des choses à retenir, par moments, de la série, mais la démarche et le fond demeurent profondément insuffisants. Il est dommage du coup qu’une série avec un tel retentissement et une telle ambition culturelle passe aussi loin de l’objet qu’elle prétend éclairer.


Pierre Assouline, blogueur très commenté

"Internet offre la promesse qu'il y a toujours quelqu'un à qui parler, à toute heure, n'importe où dans le monde. Et mon public potentiel, ce sont 200 millions de personnes qui lisent le français". Depuis qu'il a lancé "La république des livres" en 2004, Pierre Assouline a vu affluer 160.000 commentaires sur son blog. Il vient d'en mettre 600 à l'honneur dans un ouvrage baptisé "Brèves de blog". Il observe surtout avec amusement les comportements de ceux qu'il appelle les "intervenautes".

"La paranoïa est le trait le plus répandu sur Internet, suivi par le procès d'intention. C'est permanent, y compris chez les gens les plus éclairés", note Pierre Assouline. "Il y a beaucoup de profs parmi les commentateurs de mon blog. Sans le faire exprès, ils se dévoilent, quand on aborde un sujet sur l'école... Il faut savoir rester lointain. Commenter sans se dévoiler. Les forums sur Internet, c'est la guerre ! Et il faut être armé pour la guerre. (...) L'anonymat n'en est pas vraiment un sur Internet. Un pseudo finit par devenir une identité propre.

Il y a des réactions curieuses dans cette communauté virtuelle. Exemple : un habitué de mon blog est absent. Les autres s'inquiètent. On apprend que l'intéressé a une tumeur. Et puis, des mois plus tard, quand il est de retour, les autres l'insultent comme avant!... Souvent, on vous engueule sur les blogs et quand on s'en offusque, les gens répondent qu'ils faisaient du troisième degré. C'est parce qu'il manque la dimension non-verbale... Il y a une addiction à l'ordinateur et aux commentaires. Les intervenautes qui désertent reviennent vite. J'ai par exemple sur mon blog un critique célèbre qui commente avec des textes qu'il n'oserait pas passer dans son journal. Ou alors il teste les "bonnes feuilles" de son prochain livre. C'est le laboratoire des idées de demain, ce que faisaient les revues au siècle passé..."

(A suivre...)