Le podcast nous déshumanise
Le podcast est une invention qui nous déshumanise. Je le sais, je le pratique depuis peu.
Au départ, c'est une invention hyper pratique. On a manqué une émission de radio ou de télévision ? Pas de problème, on la télécharge sur un baladeur numérique et on se la repasse quand on a du temps libre. Le problème, avec le temps libre, c'est qu'il est aussi disponible que la glace en juillet. Il faut donc ruser, combiner, entrer dans l'engrenage du multi-tâches. Et ça ne marche pas ! Impossible de lire un éditorial en même temps qu'écouter un raisonnement d'Edwy Plenel dans "Médialogues". Autre servitude sournoise : l'abonnement à un podcast. Le truc idéal pour s'isoler dans sa bulle à heure fixe. Pour entrer dans le troupeau des esclaves de leurs prothèses auditives.
Les deux conversations les plus humaines que j'ai entendues dans le train depuis un an obéissaient au même schéma : un retraité assis par hasard à côté d'une étudiante ouvrait la conversation et devisait de tout et de rien. Elle se laissait aller à la confidence. Lui se sentait encouragé et valorisé. Il rivalisait d'imagination pour poursuivre la conversation. Ils en sortaient ragaillardis par la possibilité d'un échange et tout le wagon en était attendri. Du moins ceux qui n'avaient pas de plugs dans les oreilles.
Et cela ne va pas s'arranger avec les netbooks, promus compagnons de voyage parfaits, avec leur connexion internet permanente! Dans "Sciences et avenir", l'écrivain Olivier Dyens confirme mon intuition :
"Le tout-numérique a changé la donne au sein de nos sociétés : le rythme qu'il impose dépasse le rythme naturel de l'homme. Nous ne parvenons plus à digérer l'information au fur et à mesure qu'elle nous parvient... L'exemple le plus flagrant de cette accélération est le rapport que nous entretenons avec le courrier électronique : plus nous en échangeons, plus les messages deviennent courts et plus nous exigeons une réponse rapide. Sans compter qu'il nous est impossible d'arrêter le flux numérique : depuis que le wi-fi s'est généralisé, l'internet ne peut être débranché et, même lorsqu'il n'est pas consulté, l'information se propage indépendamment de notre volonté, et de manière incessante.Ce flot invasif d'informations est très différent de celui que véhicule l'écrit. (...) L'écrit agit comme une force centripète : nous plongeons dedans et nous nous isolons le temps de la lecture. Tandis que l'hyperlien, qui constitue la base du web, est par principe la promesse qu'à un autre endroit, une autre information plus alléchante nous attend. En quelque sorte, c'est la séduction de l'ailleurs. Ce clin d'oeil permanent pour aller voir ailleurs agit comme une force centrifuge. Elle nous propulse sans cesse vers d'autres sujets, ce qui ne nous permet pas d'assimiler l'information. (...)"Olivier Dyens a écrit "La Société inhumaine. Essai sur l'effroi technologique" (Flammarion, 2008).
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04 Décembre 2008 à 12:41 dans
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