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La Poste teste le journal individualisé

Près de 1200 candidats de la région zurichoise ont postulé pour prendre part à une expérience-pilote de La Poste : la fabrication de journaux personnalisés. Le succès a été tel que l’expérience lancée le 1er décembre 2008 a été prolongée jusqu’à fin juin 2009. Les premiers résultats ont été dévoilés jeudi à Berne*.

Le concept - chaque jour avant 19h, le lecteur compose lui-même son journal du lendemain à partir du contenu des titres qui participent à l’opération. Il peut ainsi panacher des rubriques émanant de journaux différents. Les articles sont assemblés sous forme de documents PDF (mais dans la typographie et la mise en page usuelle). Le résultat est livré au client soit sous forme électronique, soit livré dans la boîte aux lettres avant 7h30 du matin, sous forme de pages A3 agrafées. Le titre de la publication : PERSONALNEWS. 

Un test – Les représentants de La Poste entendent lever toute ambiguïté : l’entreprise n’est pas en train de lancer son propre journal ; elle ne veut pas concurrencer les éditeurs. Elle n’a pas de business plan, ni de produit nouveau à offrir. La Poste a seulement voulu tester une nouvelle formule sur l’ensemble de la chaîne de production. PERSONALNEWS a été livré gratuitement aux cobayes. 

Le profil des clients – Une population majoritairement masculine (85%), de 40 ans d’âge moyen,  de niveau d’éducation élevé, déjà abonnée à des titres de presse. Les lecteurs consacrent 30 minutes au maximum à la lecture des journaux. Ils réclament la forme papier à 61% et voient PERSONALNEWS comme un complément (ils ne renonceraient pas à leur abonnement habituel à un quotidien). 

Diversité – Les lecteurs intéressés par l’expérience ont montré leur attachement à la diversité : ils ont choisi en moyenne six rubriques de quotidiens différents. Un exemplaire-test présenté comprenait ainsi : 4 pages internationales de La Voz de Galicia, 3 pages de sport du Washington Post, 4 pages d’actualité régionale du Zofinger Tagblatt, une page économique du Washington Times, une page locale du Südkurier Konstanz, une page nationale de Die Welt, 10 pages sportives du Denver Post. 

Un modèle d’avenir ? – A Berlin (4 millions d’habitants), une expérience similaire mais commerciale vient de démarrer à l’intention d’un public étudiant, à l’enseigne de www.niuu.de. Les gens de La Poste reconnaissent qu’en la matière, tout le monde avance dans le brouillard. La réflexion se poursuit au sein de l’entreprise, même s’il n’est pas question pour l’instant de démarrer un test identique en Suisse romande. 

* Dans le cadre du Swiss Forum for Educational Media, organisé par la Fondation suisse pour la formation par l’audiovisuel (FSFA).  www.educationalmedia.ch


On peut snober Facebook

Facebook ne rend pas ses utilisateurs forcément heureux, montre une étude de l'Université de Zurich.

Le sondage réalisé auprès de 1000 personnes âgées de 13 à 89 ans révèle même que les personnes qui ne sont pas sur Facebook sont plus satisfaites de leur vie que celles qui y ont un profil. Selon l'Institut de psychologie, qui a réalisé l'étude, les non utilisateurs sont psychiquement plus sains et passent pour être plus consciencieux, a indiqué l'Université de Zurich.

Sur les 1000 personnes interrogées, 573 sont enregistrées sur Facebook et 335 ont déjà utilisé d'autres réseaux sociaux comme par exemple MySpace. L'étude zurichoise contredit un sondage de la Michigan State University (USA) qui avait montré en 2007 que les membres de Facebook sont plus satisfaits et heureux que ceux qui n'en font pas partie, car ils sont plus engagés socialement. (ats)


Berlin sinistre

Qui a dit que les commémorations étaient les choses les plus emm... du monde ? On en a eu la preuve lundi soir, à l'occasion des 20 ans de la chute du Mur de Berlin. Difficile d'imaginer spectacle plus sinistre, vu depuis la petite lucarne de la télévision. La pluie et les pèlerines. Sur TSR 1, Darius Rochebin tenait le pari d'être sur place sans y être vraiment. Alors que la cérémonie battait son plein, le présentateur "lançait" son programme parallèle (des sujets pré-enregistrés). A ses côtés, Sébastien Faure commentait avec des formules du style : "Vous voyez sans doute ces images derrière moi...", alors que - justement ! - la TSR avait pris l'option de NE PAS montrer les images officielles de la cérémonie. Sur CNN, on pouvait suivre Hillary Clinton et Barack Obama en VO. Sur Euronews, une traductrice doublait Clinton et Angela Merkel. La suite du protocole lui a sensiblement compliqué la tâche : avant de voir Lech Walesa donner la chiquenaude nécessaire pour faire chuter les fameux dominos, il lui a fallu "meubler" pendant un quart d'heure qui nous a paru aussi long que les 28 ans d'existence du Mur... Et partout, partout, dans les médias audiovisuels, que de sujets réducteurs sur cet événement historique ! Que de poncifs (les méchants vopos; les coups de marteau sur le mur, paf, paf ;  les Allemands de l'Est ravis de trouver des supermarchés pleins à l'Ouest)! Pour qui a vécu les heures grisantes de 1989, après des années de Guerre froide, entendre partout les mêmes platitudes donnait une seule envie : éteindre le poste et écouter une sonate de Bach à la place.

Faites don de vos SMS à la science !

Les usagers de téléphones mobiles prennent des libertés avec l'orthographe ? C'est justement ce que souhaitent étudier des linguistes des Universités de Neuchâtel et Zurich. Les mots omis ou abrégés (rdv 5h dvt poste), les mots écrits de manière non normative (bizou, tro bô), les variantes régionales et les mélanges de langues. Les linguistes espèrent collecter 30.000 SMS pour étudier tout ça.
Ils encouragent tout un chacun à envoyer au moins 5 SMS et à remplir un questionnaire sur Internet de manière anonyme. La collecte se déroule du 1er novembre au 15 décembre et il y a un iPhone à gagner chaque semaine. Infos et inscriptions sur le site www.sms4science.ch


TSR, folle d'Esther

Un observateur à l'oeil aiguisé a récemment tenté une hypothèse audacieuse à propos du relookage de l'information locale sur la TSR : "Un coup de génie ! Ils ont choisi de baisser le niveau - technique notamment - pour singer les télévisions locales. Et cet amateurisme semble plaire. Ca marche !" De notre côté, c'est l'éventail des choix éditoriaux de la TSR qui nous interpelle. Ainsi, dans "Couleurs locales" du 12 octobre, nous avions droit au portrait du papa de la présentatrice Esther Mamarbachi.

Et le 30 octobre, qui était la grande invitée de l'émission "Le Passager" ? Esther Mamarbachi!

Du coup, on s'interroge sur cette fixette : à quand les enfants d'Esther dans "Les P'tits Animateurs", la grand-maman d'Esther aux "Coups de coeur" d'Alain Morisod ?...

La TSR, c'est parfois très couleur locale...


La fin des journaux ?

"Beaucoup de responsables de presse ne veulent pas croire ce qu'ils savent", affirme Bernard Poulet. L'auteur du livre "La fin des journaux" s'exprimait mardi devant les étudiants de l'Académie du journalisme et des médias de l'Université de Neuchâtel. Comme "aucune société ne peut vivre sans information", Bernard Poulet prédit un avenir à deux vitesses : d'un côté, une info pauvre pour ceux qui devront se contenter du "revenu minimum d'information" et de l'autre, une information exigeante, pour ceux qui pourront se la payer. Jacques Pilet a nuancé le tableau.

C'est la faute à la révolution digitale.

Le numérique a fait volet en éclats le modèle traditionnel de la presse, bâti sur un confortable coussin de publicité. Pas tellement la faute à l'info gratuite sur Internet. Mais à la fuite des annonceurs. "Sur Internet, la plupart des canaux n'a rien à voir avec l'information, mais la publicité trouve le moyen de toucher les gens de manière beaucoup plus efficace", observe Bernard Poulet, rédacteur en chef de "L'Expansion" et ancien responsable de "Courrier international".

Les éditeurs qui ont cru qu'ils allaient compenser par la publicité sur Internet étaient naïfs. "Une pub sur Internet rapporte 10 ou 20 fois moins que sur le papier!" Dans la plupart des pays européens, la santé de la presse est chancelante. Tout est à réinventer. Bernard Poulet entrevoit un avenir à deux faces. D'un côté, des travailleurs mal payés et frustrés produiront, dans de mauvaises conditions, une info pauvre. De l'autre côté, des titres de prestige draîneront des lecteurs au revenu confortable, avec des prestations de haut vol, produite par des journalistes très bien formés et expérimentés.

Entre deux, le "journalisme moyen" est appelé à disparaître. Et par là, Bernard Poulet désigne les titres généralistes qui se bornent à répéter des formules d'il y a 10 ou 20 ans et qui ne satisfont plus vraiment leurs lecteurs.

Jacques Pilet ne conteste pas la plupart des constats de l'orateur, mais se méfie des généralités. Au niveau mondial, les ventes globales de journaux progressent (+ 9% ces cinq dernières années). Il y a encore dans le monde 532 millions d'acheteurs de presse! Il est intéressant de noter que dans des pays émergents (Chine, Inde), on crée des journaux au lieu de passer immédiatement à l'ère digitale. Au Brésil et en Argentine, la presse se porte bien. Elle a aussitôt sauté sur le marché lucratif des petites annonces en ligne. En Suisse, observe Jacques Pilet, "Publigroupe n'arrive pas à proposer aux gens un modèle simple pour passer une petite annonce en ligne".

Il n'y a pas une, mais DES crises, qui méritent d'être analysées pour elles-mêmes. Elles touchent davantage les quotidiens classiques que les magazines. Aux Etats-Unis par exemple, le déclin de la presse résulte en partie de la perte de crédibilité subie ces dix dernières années, faute de recul critique par rapport à la propagande de la Maison-Blanche. Même déroute en France, avec une proximité trop grande avec le pouvoir. La presse peut et doit se réinventer, jouer de ses atouts : l'effet de surprise via la mise en page, la sensualité du papier... "Un journalisme créatif, indépendant, pourra créer des voies nouvelles, à la fois imprimées et vagabondes sur le Net", conclut Jacques Pilet. Sans convaincre Bernard Poulet, qui lança : "Je crains que vous ne parliez comme les fabricants de diligences au moment de l'apparition des automobiles..."

Christian Georges


Le cochon, symbole identitaire

Le réalisateur Lionel Baier a annoncé son intention d'adapter au cinéma le roman de Jacques Chessex, "Un Juif pour l'exemple". L'auteur y décrit le martyre d'un marchand de bétail assassiné par des nazillons de Payerne en 1942. Des hommes persuadés de l'avènement tout proche du grand Reich élargi à la Broye vaudoise. Chessex dresse un portrait désagréable de la petite ville, "confite dans la vanité et le saindoux". Sa plume est superbe, mais il a la main lourde quand il souligne le culte du cochon à Payerne. On pense qu'il exagère, qu'il joue d'une facile opposition entre fachos bouffeurs de porc et négociant juif.

Et puis la réalité vient rejoindre la fiction. Dimanche soir, dans "Mise au point", la TSR diffuse un reportage édifiant sur l'escapade d'un parlementaire UDC jurassien à la "Convention identitaire" d'une mouvance d'extrême droite à Orange en France. Aux abords de la salle de conférence, le culte du cochon s'affiche avec la même balourdise satisfaite que dans le roman. Une mise en écho effarante, Voyez plutôt : 

Quant au site d'Europe 1, il relevait récemment un fait d'armes des membres du "Bloc identitaire" : "Jeunes et habitués aux actions coup-de-poing, les membres de ce mouvement d’extrême droite veulent jouer dans la cour des grands. La "soupe au cochon" qui excluait les SDF musulmans, c’était eux. (...)"


Internet, la culture et le filtrage, par Umberto Eco

« Je vous garantis qu'il y a autant de bêtises dans les livres qu'ailleurs. Ce qui forme une culture n'est pas la conservation mais le filtrage », déclarait Umberto Eco dans Télérama (no 3117). Et le filtrage à l’ère d’Internet, c’est passionnant quand c’est décrit par l’intellectuel italien. Extraits :

 

« Internet est le scandale d'une mémoire sans filtrage, où l'on ne distingue plus l'erreur de la vérité. Au final, cela produit aussi un effacement de la mémoire. La culture est une chose qui se partage, se discute. Ce qu'on peut appeler « la communauté » arrive jusqu'ici à débattre, à négocier et à se mettre d'accord pour laisser tomber certaines oeuvres, certaines idées scientifiques, au profit d'autres. 

Une des grandes fonctions de la culture est d'imposer un savoir partagé par tous. Cela ne veut pas dire immuabilité de ces connaissances. Mais même leur nécessaire mise en question, même la révolution ne peuvent avoir lieu sans qu'existe cette base du savoir partagé : pour que Copernic puisse affirmer que la Terre n'est pas au centre de l'Univers, il faut qu'on ait accepté auparavant la théorie de Ptolémée qui disait le contraire. Il existe une sorte de Larousse encyclopédique admis par tout le monde, même si celui d'un homme de 70 ans est plus fourni que celui d'un jeune de 25 ans. Internet peut signifier à terme la mise en miettes de ce Larousse commun au profit de six milliards d'encyclopédies, chaque individu se construisant la sienne, chacun pouvant à loisir préférer Ptolémée à Copernic, le récit de la Genèse à l'évolution des espèces. Nous courons le risque d'une incommunicabilité complète, l'impossibilité d'un savoir universel...

Evidemment, les contrôles traditionnels continueront de s'exercer, notamment par l'école, mais ils entreront de plus en plus en conflit avec les revendications particulières. Revendiquer sa propre encyclopédie est typique de la bêtise ! La culture est là justement pour empêcher les Bouvard et Pécuchet de triompher. »


TABOU : le suicide de Thomas

Pour « briser le silence autour du suicide », la Télévision suisse romande diffusait mercredi soir le documentaire « Tabou ». Un film profondément dérangeant sur ce qu’il révèle de notre rapport aux images. Est-ce que les images ont le pouvoir de nous sauver ? Ou de nous perdre ? Jamais leur statut n’a paru aussi ambivalent.

Thomas a voulu mettre en scène son malaise existentiel. L’enregistrer. Garder une trace. A l’époque où les blogs et où Facebook n’existaient pas encore, il a enclenché sa petite caméra vidéo. Il s’est mis à parler de lui, de ses ambitions contrariées d’artiste, de sa frustration de ne rien comprendre à l’amour à 22 ans. Il a parlé de sa « passion » toute platonique pour une fille de cinq ans sa cadette, « moins douée » que lui et qui réalisait des vidéos. Thomas a aussi parlé de son projet de mettre fin à ses jours. Il est allé jusqu’au bout, planifiant rationnellement son geste.

 

Orane Burri a appris l’existence de ces vidéos après le suicide de Thomas. Il lui a fallu trois ans de réflexion pour se décider à les utiliser dans un film, qui allait devenir « Tabou ». On comprend son hésitation.

 

Il y aurait plusieurs manières d’aborder « Tabou ». Nous nous limiterons à examiner ce qui touche à l’acte de filmer, de monter, de montrer. Et aux redoutables illusions qui s’y attachent.


La caméra confidente :

« La caméra, c’est ma confidente. C’est la confidente que je n’ai pas dans la vie », déclare Thomas les yeux dans l’objectif. O cruelle illusion ! Les bandes de Thomas font apparaître la vidéo pour ce qu’elle est : un médium froid, implacable, sans empathie. Thomas n’est pas regardé par quelqu’un qui le filme (ce qui ferait toute la différence). Il est froidement scanné par une machine à empiler les pixels. Une machine avec laquelle on ne peut pas ruser. Une machine plus proche de la vidéosurveillance, qui ne fonctionne que sur trois modes : ON, OFF, PAUSE. Une machine incapable d’interagir comme le ferait un confident : en acquiesçant, en demandant une précision, en corrigeant une affirmation, en proposant la brillance d’un regard…

Le public absent :

Pour qui filme Thomas ? Pour lui-même ? Certainement pas. Regardait-il seulement ses cassettes après les avoir enregistrées ? Rien ne le laisse deviner. Dès le départ, Thomas s’adresse à un public (« Je vais vous faire découvrir ma chambre… »). Il monologue mais il reste le plus souvent hypercontrôlé, conscient de devoir « faire le spectacle ». Même exténué, il s’efforce de « laisser une trace », confiant dans le pouvoir des images, même imparfaites, même proches de l’insignifiance.

 

Le cinéma hors d’atteinte :

« Je suis hyper fan de cinéma », « Je rêve par dessus tout d’être réalisateur », déclare Thomas, qui compose alors des musiques de film et tourne des films amateurs. L’industrie des loisirs nous a mis tous les outils dans les mains. A aucune autre époque, il n’a été aussi facile de tourner son propre film. Privilège ambigu : chacun peut aussi mesurer l’écart qui le sépare d’une production professionnelle. Le vertige technologique, l’accès incroyable aux images, dissimule aussi une réalité implacable : c’est d’abord de VIVRE dont les metteurs en scène ont besoin avant de concrétiser leurs idées en films. Même les admirateurs de Tarantino lui concèdent volontiers cette lacune relative (Monte Hellman : "Sa connaissance encyclopédique du cinéma rend ses films extrêmement amusants à regarder. Parfois, je ressens que le temps passé à collecter cet inépuisable catalogue a limité son exposition au réel", in "Cahiers du cinéma no 648)

 

Du spectateur à l’acteur :

Se décrivant comme hypersensible, mais très sarcastique envers les autres comme envers lui-même, Thomas semblait se percevoir comme le spectateur impuissant de sa propre existence. Envisager le suicide – le mettre en scène - lui donnait une occasion de devenir acteur. De reprendre du pouvoir sur une vie qui lui échappait.

 

Le spectacle de la mort au travail :

« J’ai rien vu », reconnaît la sœur de Thomas. Nous aussi nous n’aurions rien vu, sans les mises en garde, sans les communiqués de presse, sans l’emballage marketing d’Infrarouge. On nous aurait balancées, brutes, les cassettes de Thomas, qu’on n’y aurait pas cru, à ce suicide programmé. On aurait peut-être trouvé ce garçon intelligent, agaçant d’égocentrisme, touchant de sensibilité, mauvais acteur, complaisant d’auto-analyse négative. Mais la mort, on n’aurait pas discerné son travail de sape, dans l’esprit et dans le corps de Thomas. Les images révèlent autant qu’elles dissimulent.

 

Un tabou préservé :

Orane Burri n’a pas utilisé la dernière cassette. Celle où Thomas prononce ses dernières phrases et accomplit l’irréparable. C’est sa mère qui nous l’apprend  par son témoignage : Thomas a commencé par rater son suicide avec les méthodes « douces » qu’il avait choisies. Il lui a fallu recourir in fine et par défaut au fusil militaire. L’autre soir, la TSR brisait un tabou (le silence autour du suicide) tout en maintenant un autre tabou : le moment où le témoignage exhibitionniste devient snuff movie (film montrant des souffrances ou une mise à mort réelle). Il y a des choses qui ne sont simplement pas montrables. Ou qui n’apportent rien de plus à la compréhension du drame.

 

Quel spectateur ?

Et nous ? Qui sommes-nous devant un film comme « Tabou » ? Des spectateurs neutres ? Impossible ! Impossible de n’avoir pas été traversés, un jour où l’autre, par l’un des complexes, doutes ou frustrations de Thomas. Des voyeurs camouflés en spectateurs « concernés », cherchant à « comprendre » ? Des imitateurs potentiels du geste de Thomas ? Des otages d’une manipulation machinée par un suicidaire ? Elle est là l’ambivalence vertigineuse du film : Thomas a réussi à transformer, comme il le souhaitait, son échec personnel en réussite médiatique. Faire de sa mort une œuvre d’art. Hanter ses proches par des images qui ramènent constamment à lui. Ses proches, et nous avec.

Christian Georges


Je ne sais (presque) rien sur Jacques Chessex, mais je dirai tout

Devant la chapelle Saint-Roch à Lausanne, la Télévision suisse romande guettait des Vaudois prêts à rendre hommage à l'écrivain Jacques Chessex. Dans "Couleurs locales", lundi soir, elle a même tendu son micro à quelqu'un qui ne connaissait pas du tout son oeuvre, mais qui semblait avoir beaucoup à dire... Ecoutez plutôt: