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Mediablog

Dieu est grand...et la liberté d'expression toute petite ?

Mahmoud Ahmadinejad est proclamé vainqueur de l'élection présidentielle en Iran. Que reste-t-il à faire pour les opposants et les artistes ?

Dans "Le Temps" du lundi 15 juin, le chercheur exilé Mehdi Khaladji signale le conseil donné par le candidat malheureux à l'élection :

"Moussavi demande à ses partisans de crier "Allah Akbar" (Dieu est grand) sur leur toit. C'était l'un des slogans de la révolution islamique de 1979. C'est une manière indirecte de s'en prendre au gouvernement".

Aïe !...

Si vraiment c'est tout ce qui reste comme expression de la colère et de la révolte, l'écart entre les zélateurs du régime et ses plus farouches opposants s'est réduit au niveau de l'infinitésimal. Liberté, j'écris ton nom sur un confetti!

Mais les opposants ont visiblement décidé d'aller au-delà, à en juger par les manifestations tenues à Téhéran lundi après-midi.

On comprend mieux que les plus grands cinéastes iraniens jettent l'éponge et prennent plus ou moins ouvertement le chemin de l'exil. En mai dernier à Cannes, Bahman Ghobadi annonçait son départ de l'Iran au moment de présenter son film "Les Chats persans" ("No One Knows About Persian Cats", photo ci-dessous).

Quant à Abbas Kiarostami, il a entamé le 8 juin le tournage de son premier long métrage hors d'Iran, en Toscane précisément. A nouveau produit par le Français Marin Karmitz, "Certified Copy" réunit Juliette Binoche et le baryton britannique William Shimell. Ce dernier joue le rôle d'un historien de l'art qui étudie les liens étroits entre les oeuvres et leurs copies. Il rencontre une galeriste française qui s'amuse à la présenter comme son mari. Ce qui commence comme un jeu devient périlleux : où tracer la limite entre réalité et fiction, entre l'original et la copie ?


Se réapproprier l'image

L'illustrateur John Howe (photo) plaide pour une meilleure prise en compte du dessin à l'école, afin de mieux identifier les intentions qui se trouvent derrière les images. Nous publions son plaidoyer *

"Tous les enfants dessinent. A l’âge adulte, seul un faible pourcentage est encore à l’aiseavec la mise en images d’idées ou l’interprétation du monde par le dessin.

L’apprentissage de la lecture, et plus encore de l’écriture, compromet chez la plupart des élèves la faculté de s’exprimer par le dessin. Les schémas développés au niveau de l’oeil (la vision « en tunnel » nécessaire à l’écriture), et au niveau du cerveau (sa partie« pensante ») se font au détriment de la vision globale et périphérique et de l’intuition.Une confusion s’installe dans la main même de l’élève, qui prend l’instrument de dessin pour un outil d’écriture, utilisant par défaut une posture manuelle adaptée à la formation de signes lisibles. Pas étonnant que tant d’adultes ne sachent plus dessiner !

Les élèves pourraient-ils désapprendre les mauvais reflexes consciencieusement acquis au fil des années ? Apprendre à dessiner, pour apprendre à regarder les choses (JohnRuskin, le grand défenseur des préraphaélites, voulait apprendre à dessiner aux ouvriers de la révolution industrielle, non pas pour que les parcs et promenades de Londres seremplissent d’un prolétariat muni de carnets de croquis et maniant le fusain, mais pour que les gens sachent voir ce qui les entoure). Dessiner une chose que l’on regarde ou une chose imaginaire, est un moment de rare communion ; peu importe le résultat. Au contraire de la musique ou d’autres formes de création plus fortement axées sur la performance, le dessin, même médiocre, n’écorche ni les oreilles ni les yeux !

L’enseignement de l’histoire de l’image, des ses us (et abus) et de sa compréhension est indispensable pour dénicher l’intention derrière une image, pour la placer dans son contexte, pour la traiter avec un esprit critique et averti. Dans un monde prétendument envahi par l’image, nous sommes de moins en moins bien outillés pour en profiter et éviter ses pièges.

Sortons les cours d’art du registre « pas sérieux » et conférons-leur un statut de discipline essentielle, cela contribuera largement à l’équilibre des adultes en devenir."

John Howe, illustrateur

* Ce texte a paru dans l'ouvrage "40 idées pour l'éducation de demain", publié à l'occasion des 40 ans de l'Institut de recherche et de documentation pédagogique (IRDP)


"HOME" : Rendez-vous avec la planète

Quelle posture adopter face au film de Yann Arthus-Bertrand, arme de persuasion massive diffusée sur tous les écrans depuis le 5 juin ? Il faut bien avouer qu’elles sont multiples.

Le contemplatif admiratif (ou vaguement dépassé) : Se laisser aller à la fascination des vues aériennes. Admirer les architectures minérales, végétales ou humaines. S’étonner de leurs méandres et de leurs couleurs. Prendre de la hauteur par rapport aux hommes et aux bêtes. Pour qui adopte ce réflexe, c’est prendre le risque de passer complètement à côté du commentaire d’accompagnement. Ou un choix délibéré : mettre à distance le propos, pour s’abandonner à la contemplation rêveuse de la planète.

Le photographe jaloux : Quiconque a jamais tenu un appareil photo peut manger son chapeau à plusieurs reprises devant les moyens offerts à Yann Arthus Bertrand pour disposer d’une VUE IMPRENABLE. Le bougre en fait souvent bon usage. Il sait isoler des îlots de vie dans l’immensité désolée. Traquer les individus sur des sentiers insolites. Ou nous faire prendre la mesure du jardinage industriel de la planète. Saisissant ! 

Le cinéphile frustré : « Home » appartient davantage à l’univers de la photographie légendée qu’à celui du cinéma. Ce qui se déroule devant nos yeux ne se construit pas grâce au regard du spectateur. C’est davantage une exhibition de pièces à conviction et une exhortation à tenir un comportement précis, sur le mode : « La planète est sublime, les agressions multiples, prenez vos responsabilités ! » Beaucoup de cinéphiles ont très envie de (re)voir "Koyaanisqatsi" avec la musique de Philip Glass.

L’écologiste attendri dira : « Enfin un cri d’alarme grand public qui rappelle qu’il est moins cinq ! » 

L’écologiste outré grognera : « Ah ces nantis qui peuvent se permettre de compenser les émanations carbone de tous ces vols en hélicoptère ! »

Le sceptique : Face au matraquage des statistiques, le spectateur de bonne foi est en droit de s’interroger : qui a calculé ces proportions alarmantes ? D'où viennent les sources scientifiques ? Sont-elles contestées ? Pour y voir plus clair, ce spectateur-là ira peut-être piocher dans les données du site www.goodplanet.fr ou sur notre fiche pédagogique e-media.

L’allergique complet lancera : « C’est à quelle heure, le Grand prix sur TF1 ? »


Susan Boyle, Pedro Almodovar, le FC Barcelone : gagnants et perdants

C’est une tendance venue de la culture américaine. Une tendance désormais adoptée et amplifiée par la plupart de nos médias francophones : la division de l’humanité entre les gagnants et les perdants. Et ça s’accélère.

Susan Boyle sur le plateau de "Britain's Got Talent" : un monument de faux direct savamment préparé. Observez les plans de coupe sur le public et les jurés à chacune de ses réponses.

Ah, Susan Boyle ! Canonisons-la sur le champ : Notre-Dame du buzz ! Sainte patronne des nouveaux médias ! Pendant plusieurs semaines, les « tradis » ont tous dû s’agenouiller devant elle. Vaincus par ses zillions de « hits » sur le Net. Jour après jour, ils ont cédé : il leur a fallu parler de l’Ecossaise, révélée dans l’émission « Britain’s Got Talent ». En trouvant des angles originaux (un enfer : tout avait déjà été dit dès le lendemain de sa chanson). A quelques pas des marches du Palais des festivals, à Cannes, une affiche du « Nouvel Observateur » lançait cette amusante trouvaille : « Faut-il être beau pour réussir ? » Les stars locales de la chirurgie plastique en pouffent encore…

Susan Boyle n’a pas remporté la finale de « Britain’s Got Talent ». Elle a été hospitalisée pour épuisement psychique (on le serait à moins). Dur réveil pour les médias surpris par l’échec de leur créature catapultée au sommet de la notoriété. Les yeux rivés sur une calculette très virtuelle, ils lui prédisent un avenir radieux : Hollywood et les éditeurs lui ont promis des ponts d’or pour ses mémoires. Mouais… Combien de temps encore confondra-t-on notoriété et succès ? Compte en banque et épanouissement ? Qui se souciera de la petite Ecossaise dans 9 mois ? Autant brûler tout de suite un cierge à Sainte Rita, patronne des causes perdues…

Susan Boyle a accompli toutes les prédictions de Guy Debord (« La Société du spectacle ») et d’Andy Warhol (le quart d’heure de gloire). Elle est l’Icône médiatique ultime. Un jour au top, sa vie en pelote : le genre de trajectoire que les médias adoooorent ! Susan est la femme de l’année, un avatar pour tous les not-beautiful-people et tous les cocus de la vie. Une créature virtuelle : qui se soucie réellement de ce qu’elle ressent dans ce jeu qui la dépasse et la détruira peut-être ?

 

Pour son dernier film, « Etreintes brisées », Pedro Almodovar (photo) a imité le FC Barcelone en finale de la Ligue des champions: niveau technique impressionnant, sens de la construction au-dessus de la moyenne, une-deux innombrables avec les plus grands artistes convoqués (Sirk, Cukor, Hitchcock…), star au sommet de ses moyens (Cruz vaut bien Messi). Résultat contrasté : Barcelone a gagné, Almodovar n’a pas remporté la Palme. Sans moins bien jouer. Sans que Barcelone ait suscité davantage d’émotion. La différence avec Susan Boyle ? Pedro l'artiste s’en remettra.


En direct de Cannes

 

Nous sommes au Festival du film de Cannes jusqu'au 24 mai. Retrouvez des échos de la manifestation, des photos et des bonus sonores sur le blog suivant :

http://blog.lexpress.ch/cannes09/

Jeunes Tamouls : deux regards sur la mobilisation

Hasard ou effet de la convergence annoncée ? La Radio Suisse Romande et la Télévision Suisse Romande ont consacré dimanche deux reportages à la mobilisation des jeunes Tamouls de Suisse francophone. Comme les intervenants sont quasiment les mêmes, il est très intéressant de comparer le traitement offert par la radio (en 52 minutes), dans "De quoi j'me mêle"  et la télévision (en 9 minutes) dans "Mise au point".


Nul n'est prophète...

Bien accuelli par la critique au Festival de Locarno, sorti en janvier sur les écrans romands, "Un autre homme" du réalisateur lausannois Lionel Baier (photo) a fait une carrière (trop) discrète. Il est sorti le 6 mai sur les écrans français. Les premiers échos sont bons, comme nous le répercute sa société de production dans un communiqué. Extrait :

De Libération à Canal+, en passant par le Monde, France Culture ou Positif, la presse française est unanimement élogieuse : « Peinture sociale drôle et habile » (Amélie Dubois, Les Inrockuptibles) ; « Ce nouvel avatar du Bel-Ami de Maupassant se déguste (…) comme clin d’œil à la Nouvelle Vague » (Jean-Luc Douin , Le Monde) ; « Narcissisme blessé, connaissance d’une inconnaissance qui permet à Baier, pour son troisième film, de réinventer une nouvelle fois le cinéma et, sous prétexte d’imposture, de réellement en imposer. » (Eric Loret, Libération).


Journaux gratuits : fin du délire ?

 

Le journal gratuit ".ch" va cesser sa parution avec effet immédiat. Ce titre faisait partie des cinq quotidiens gratuits
proposés aux lecteurs de Suisse alémanique, au plus fort du délire éditorial qui s'était manifesté en 2008. 
Ses promoteurs reconnaissent qu'il n'est plus raisonnable d'espérer atteindre les chiffres noirs d'ici 2011. 

Il est même d'autant moins raisonnable de penser que des journaux gratuits sont viables quand on se penche sur 
le cas du géant Métro, dont "Le Monde" nous donnait des nouvelles le 28 avril. Exrait :

"L'éditeur de journaux gratuits, qui n'a jamais gagné d'argent, peine à trouver son modèle. 
Le groupe Metro International, éditeur du journal gratuit Metro, est dans une phase critique :
alors qu'une augmentation de capital va être lancée, le groupe a échoué à trouver un repreneur et pourrait
être vendu en plusieurs parts. L'idée n'est pas nouvelle, mais elle a repris de la vigueur. Le 20 avril, Metro a
 annoncé une chute de ses revenus au premier trimestre de 55,6 millions d'euros par rapport à 2008
 (- 24 %) ainsi que des pertes de 15 millions d'euros".

Soyons honnêtes : le "New York Times" a lui aussi enregistré une baisse de la publicité de 26% au premier
 trimestre, avec des pertes colossales. Mais ce qui est intéressant avec Metro, c'est que ce groupe actif sur
 18 territoires n'arrive pas à atteindre les chiffres noirs malgré sa puissance de feu. Il n'est profitable que dans
 la moitié des pays où il est actif et les pertes énormes qu'il enregistre (notamment en Italie et aux Etats-Unis) tirent ses résultats à la baisse.

On prête à des observateurs scandinaves l'idée qu'un journal gratuit peut être viable s'il est adossé à un
 groupe solide (à un quotidien doté d'une forte marque). Mais "Le Monde" rapportait avec gourmandise la
 définition d'un tel quotidien : "La qualité rédactionnelle n'est pas déterminante. Il faut simplement que ce 
titre soit massivement disponible partout où les gens ont du temps à tuer". Tout est dit. 

 


Chasse aux sorcières

"Zurich-New York. Les patrons d'UBS voyagent en première classe !"

L'affichette du "Matin" du jour tente de rallumer l'indignation publique.

On se pose la question : quelle sera la prochaine affichette ?

"Les patrons d'UBS n'achètent pas de produits M-budget !" ?


Les films de Cannes sur le web

Le Festival de Cannes proposera sur son site internet une nouvelle prestation : grâce à l'accroissement de la bande passante, les cinq premières minutes des films sélectionnés au festival pourront être visionnées, au moment de leur sortie en salles. Cette offre s'étendra à tous les films présentés en sélection officielle qui le souhaiteront. L'idée est de présenter au public (jeune surtout) les cinq premières minutes, "en lieu et place de la sempiternelle bande-annonce qui finit par éteindre le désir". Le festival considère qu'il apporte ainsi sa petite pierre au soutien des créateurs indépendants, estimant que les grands créateurs "sont à leur meilleur dans la première et dans la dernière bobine".

Pedro Almodovar dirige Penelope Cruz dans "Les Etreintes brisées". Bientôt en compétition à Cannes et bientôt en extrait exclusif sur le site du festival ?