Cannes par Suzanne : "J'aimerais bien qu'Almodovar gagne la Palme"
Enseignante à Lausanne, rédactrice des fiches Cinéma sur le site www.e-media.ch, Suzanne Déglon Scholer suit pour la deuxième fois le Festival de Cannes. Elle nous dit pourquoi elle a aimé "Volver" de Pedro Almodovar et "Fast Food Nation", de Richard Linklater, deux films en compétition pour la Palme d'or.
Mediablog : - Le nouveau film de Pedro Almodovar, "Volver", sort en même temps à Cannes et sur les écrans de Suisse romande. C'est à ton avis le film qu'il faut aller voir ce week-end ?
Suzanne Déglon Scholer : - Absolument! C'est frais, plein d'amour et d'humour. C'est un film de femmes, où les hommes sont quasiment inexistants. Les femmes font tout dans l'univers de ce film. Elles sont belles, elles peuvent revenir de l'au-delà. Si les femmes ne font rien, il ne se passe rien car les hommes ne bougent pas. Ils sont assistés ou malfaisants. Penelope Cruz (photo) est délicieuse. Elle manie le couteau pour faire la cuisine ou régler les affaires. J'aimerais bien que "Volver" gagne.

Mediablog : - Et "Fast Food Nation" ?
Suzanne : - C'est une fiction qui nous permet de remonter jusqu'au sources du fast food. Il montre la viande, les boeufs. Mais ce peuple de boeufs est aussi allégorique. Ce sont les consommateurs que nous sommes. Dans le système actuel, ce sont des jeunes qu'il faut attendre le changement. Ce sont eux qui peuvent écrire des lettres, militer, protester, tenter des actions. Dans le film, ces jeunes vont ouvrir les enclos et les bêtes ne bougent pas!... C'est une magnifique allégorie. Du reste, le scénario est bien construit, tous les personnages ont une densité.
Mediablog : - Le réalisateur Richard Linklater fait jouer un rôle important aux immigrés clandestins, n'est-ce pas ?
Suzanne : - On suit en particulier le parcours de deux soeurs venues du Mexique qui arrivent à Cody (Colorado). On verra à quelles conditions elles ont du travail dans l'usine qui fournit tous les "Mickey's Burgers" des Etats-Unis.On visite tous les secteurs de cette usine et c'est assez effrayant. Les hommes sont immédiatement affectés au découpage de la viande. En contrepoint des clandestins, on voit un directeur du marketing qui doit enquêter parce que les burgers ont tout à coup une odeur suspecte : ils sentent les excréments. Il s'avère que les cadences imposées sont telles que les employés n'ont pas le temps de bien vider les boyaux des carcasses. Dans le rôle d'un des intermédiaires, Bruce Willis fait un numéro savoureux : il ne voit pas où est le problème du moment que la viande est cuite. Pas question d'avoir peur des germes. Ce n'est pas une comédie, c'est plutôt construit comme un thriller, avec des passages grotesques ou assez terribles. Le film nous donne à voir ce qu'on nous fournit dans nos assiettes. Il me marque davantage que "Super Size Me". On réalise que les consommateurs participent du mensonge généralisé à un certain point, parce que c'est plus pratique pour tout le monde. C'est intelligent, bien fait, assez didactique, mais agréable.

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19 Mai 2006 à 15:13 dans
- Médias à l'étranger













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