
Avec une vingtaine de collaborateurs (sur un millier), la Télévision Suisse Romande (TSR) consacre 1% de son budget au multimédia et aux développement sur Internet. Quelle stratégie poursuit la chaîne? Quels trains ne veut pas manquer notre télévision de service public ? Rédacteur en chef de TSR multimédia, Bernard RAPPAZ (photo) a exposé les grands axes de la politique suivie, lundi à Lausanne, dans un exposé donné à la HEP-VD. Morceaux choisis.
"Pour nous, l'ennemi n'est plus seulement TF1 ou M6. Tout se complique, car les modes de diffusion se multiplient pour la TV et le paysage est émietté", reconnaît Bernard Rappaz. Exemples récents : Bluewin TV a décroché les droits de retransmission du hockey sur glace, la Formule 1 disparaît des écrans de la TSR, même le ski est menacé.
Les câblo-opérateurs (Swisscom, Cablecom) n'ont aucune prétention à produire des contenus de qualité. En revanche, ils se lancent résolument dans la diffusion de programmes télévisés.
"Notre situation est encore confortable. Nous gardons nos parts de marché", rappelle Bernard Rappaz. Centrée sur ses rendez-vous forts et ses débuts de soirée, la Télévision suisse romande capte en effet un tiers de l'audience en moyenne. Mais tout indique que nous évoluons d'une télévision linéaire vers un mode de consommation non-linéaire, à la demande. Voilà pourquoi TSR multimédia propose des portails, des offres nouvelles, des outils qui permettent de visionner de la vidéo en direct (plus de 7000 heures déjà, dans une qualité comparable à la VHS).
"Nous ne devons pas seulement défendre l'existant, mais fédérer des publics spécifiques. Si nous arrivons à tisser des liens, nous pouvons réinventer cette télévision de service public", veut croire Bernard Rappaz, qui imagine que seuls les méga-événements scotcheront un public de masse devant le petit écran à l'avenir. Evolution vers des contenus personnalisés, donc. On peut même imaginer différents niveaux de développement, en fonction de l'exigence des visiteurs.
Peu modifié depuis 5 ans pour ne pas perturber, le portail TSR.CH accueille près de 70.000 internautes par jour en moyenne. Surprise : ils sont près de 10.000 par semaine à aller consulter les documents maison de TSR archives. Le démarrage de TSRdécouverte.ch est lui aussi encourageant et les perspectives de synergie avec France 5 prometteuses en terme de développement d'une offre liée au savoir et à la pédagogie.
"Si vous incitez vos téléspectateurs à basculer vers internet, n'y a-t-il pas le risque de se couper des annonceurs traditionnels?", questionna un intervenant. "Pour des raisons politiques et par volonté de calmer le jeu avec les éditeurs, la SSR a renoncé à mettre de la publicité sur son offre multimédia", dit Bernard Rappaz, qui admet que la situation pourrait devenir intenable à terme, pour une chaîne qui dépend à 40% des revenus publicitaires. En Grande-Bretagne, les dépenses publicitaires s'orientent déjà vers le web à raison de 15%. L'an dernier, affirme Bernard Rappaz, Google a engrangé en toute discrétion 5 millions de francs en recettes publicitaires sur le marché romand.