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Mediablog

Semaine des médias (7) : du talent, à tous les degrés

Mercredi soir : nous avons déjà reçu 30 Unes pour le concours proposé aux classes. Etonnante moisson ! On trouve tout autant les productions d'élèves de 4ème année primaire que celles d'étudiants médiamaticiens ou en Ecole d'arts appliqués. Tous les travaux seront à voir en ligne dès la semaine prochaine sur www.e-media.ch. Echos en images de ces salles de rédaction improvisées.

A l'Ecole primaire de Cortaillod (NE), les élèves de 4ème année de Francine Gaberell et Gian-Carlo Invernizzi n'ont pas hésité à rester après la sonnerie de la cloche pour terminer leurs Unes. Ceux d'Elise Weber (ci-dessous) ont également débordé de fantaisie.

Dans la classe de Madeleine Formoso Lopez, les garçons mettent au point leur version d'un quotidien généraliste, le "Tout sur tout"...

...tandis que les filles ont choisi l'éditorial de leur édition du jour. Ce sera : "Mon prince charmant"...

Au Collège du Val-de-Travers à Fleurier, lundi 19 mars, les ACO Journal ont défendu leur réputation : leurs camarades avaient en effet remporté des prix lors des trois premières éditions de la Semaine des médias à l'école. Le travail s'est déroulé en plusieurs étapes. (Photos de David Hamel)

Préparation de la maquette...

Mise en page du titre

Affinage des textes à l'écran...

Mercredi 21 mars, toujours au Collège du Val-de-Travers à Fleurier, la classe 9Ma1 a reçu Giovanni Sammali (photo ci-dessous), journaliste au "Matin" et à la chaîne de TV régionale "Canal Alpha". "Nous avons vécu un moment intense de rencontre avec un professionnel des médias. Les élèves avaient préparé la rencontre en créant des questions ciblées", nous rapporte l'enseignant Romuald Babey.


Semaine des médias (6) : franc-parler à la rédaction du "Matin bleu"

Ils sont quatre étudiants en maturité professionnelle commerciale à Lausanne. De passage à la rédaction du « Matin Bleu », ils ont expliqué leur rapport à l’actualité et aux médias. C’est la journaliste Karin Kotsoglou qui les interrogeait. Un moment d’échange passionnant, révélateur, contradictoire à mesure que diminuait l’autocensure.

Sophie, Evelyne, Sébastien et Damien, en conversation avec Karin Kotsoglou (photo CIIP).

Sophie (29 ans) n’a pas la télévision. Elle écoute volontiers France Info ou la RSR. Résolument papivore, cette Lausannoise lit « 24Heures », « Le Matin » et « Le Temps », mais pas pour les mêmes articles. « Le Temps » comble son appétit d’infos internationales et culturelles. Quelles infos culturelles ? « Musique, cinéma, critiques théâtrales. Je lis aussi les articles cinéma de Buache le dimanche matin ». Elle achète « Le Monde diplomatique » chaque mois. En convaincue : « J’aime sentir la liberté de la presse. Là, je sens qu’ils sont vraiment libres. Je me souviens aussi de « Good Night and Good Luck », le film de George Clooney, où l’on voit des journalistes qui ont osé aller contre un pouvoir, malgré le maccarthysme». Dans les gratuits, Sophie lit tout de même les gros titres, les infos people et…l’horoscope ! Euh.. et les faits divers ? « Je lis le chapô, pas plus. Ca me fait marrer. » Les infos locales ? « Non. D’ailleurs je ne me rends même pas compte si je suis en rubrique locale… » Un regret à propos des médias en général ? « Les journalistes n’ont plus le temps d’aller chercher l’information sur place. Les agences le font à leur place. Quel contrôle a-t-on là-dessus ? ».

Evelyne (21 ans) commence ses journées à l’écoute de la radio One FM. Elle poursuit sur le chemin de l’école avec « Le Matin bleu » et « 20 Minutes ». Difficile de distinguer entre les deux « Des fois ça se complète… » Quelles rubriques retiennent son attention ? « L’horoscope, la météo, l’actualité locale surtout, l’internationale un peu ». Evelyne lit encore « 24Heures », parce que sa mère est abonnée. Et des articles recommandés par sa prof, Michèle Péringer. Elle termine son tour de l’information avec le Journal de 19h30 sur la TSR. Et de poser une question à la rédactrice du « Matin bleu » : « Pourquoi autant de faits divers peu intéressants ? Parce que c’est lu, dites-vous ? Le type qui découpe sa femme en morceaux et la met au congélateur n’a pas d’intérêt à mes yeux. Pour moi, le journal est associé à quelque chose de fiable. Aujourd’hui tout se mélange. Par moments, ça devient le Loft…»

Sébastien, lui aussi dans la vingtaine, lit les quotidiens gratuits presque chaque jour à la pause du matin. Souvent son premier contact avec l’information. « On lit entre garçons et on se moque des gens dont on parle dans ces journaux. Le petit obèse et les autres… On aime bien afficher des coupures en classe. Parfois, on affiche aussi des trucs sérieux, comme la définition du salafisme ou du darwinisme (mais il arrive qu’on change quelques mots de ces définitions, pour rigoler). « Le Matin bleu », c’est fait pour s’amuser. On s’amuse avec l’info. En famille, ce n’est pas pareil, il y a une interaction différente entre les gens : le père se scandalise d’un truc qu’il vient d’entendre. On ne rigole plus ». Sébastien part du principe que personne n’échappe à l’information : « De l’actualité générale, on est forcément informé. C’est dur de ne pas l’être. Il faut déjà rester enfermé chez soi ! Même en marchant dans la rue, on tombe sur des bribes d’info ! Je ne crois pas trop à ce que dit la presse en général, surtout la télé. Je prends ça comme un jeu. Je ne suis pas un de ces pigeons qui tombent dans le panneau. Ces copains qui cherchent et qui sont surinformés, ils se la jouent. Moi je me méfie de toutes les informations. Après tout, ce sont des êtres humains qui les transmettent et je crois connaître les gens. Je reste avec un regard critique. Souvent, on nous fait avaler des couleuvres ».

Damien (26 ans) privilégie la télévision, « voie de la facilité, aisément intelligible ». Pour suivre la politique, « par curiosité », il apprécie Euronews mais se méfie de ses sources et des organismes qui financent la chaîne. Il redoute une hégémonie de quelques agences américaines. La confusion des pouvoirs est une autre source de préoccupation : Damien a par exemple été choqué par le renvoi du rédacteur en chef de « Paris Match », probablement sur pression de Nicolas Sarkozy (le journal avait publié en Une des photos de la femme du Ministre de l’Intérieur en compagnie d’un autre homme). Par rapport au briefing auquel il a assisté à 14h au « Matin bleu », l’étudiant cache à peine son malaise : « Ce sont des avis de journalistes entre eux. Cela frise le nombrilisme. On n’a pas le sentiment d’avoir affaire à Monsieur et Madame Tout-le-Monde ». Pas en phase avec la société, ces journalistes ? « Vos choix sont des choix purement journalistiques, mais les questions ne sont pas forcément celles que les gens se poseraient ». Impossible à ce stade de ne pas évoquer l’émission de TF1 liée à la Présidentielle (« J’ai une question à vous poser »). Une dernière salve à l’encontre des plumitifs? Damien y va tranquillement : «Le fait de ne pas vivre les choses vous donne une autre distance. J’ai fait un voyage en Inde. On aurait pu me raconter des millions de choses sur ce pays. C’est sur place que je me suis vraiment rendu compte de la précarité que vivent ces gens. Vous les journalistes, vous êtes un peu déconnectés de la réalité. Je ne vous jette pas la pierre, c’est une constatation. Vous aller rester dans un chablon, dans un certain schéma de présentation des choses. Ce serait bien de revenir à un journalisme de proximité. »

Qu’attendent ces étudiants des médias en général ?

Sophie : « Des informations claires et approfondies. Je dois avoir le sentiment d’avoir compris quelque chose, que cela se passe au Pakistan ou en Suisse ».

Evelyne : « Une information sur le monde et l’actualité locale. Je préfère les reportages aux faits divers. Et puis, ce serait bien de minimiser la pub. »

Damien : « J’attends de la crédibilité, de la correction intellectuelle, du fiable, du plausible. Je n’aime pas l’information qui se vide comme une baudruche si on la creuse un peu ».

Qu’est-ce que les quotidiens gratuits ont changé, selon eux ?

Sophie : « J’ai l’impression d’être devenue une chose. Etant donné que je ne paye pas, ce sont les pubs qui m’achètent. Je sais que ces journaux sont bourrés de pub pour que j’achète quelque chose. Dans « Le Matin » orange, je me sens plus à égalité avec l’annonceur. Il achète une prestation, moi une autre. »

Evelyne : « Je me suis mise à lire le matin. Avant, je lisais le soir. Et pour des étudiants qui ont un petit revenu, c’est bien. Il y a davantage de jeunes qui lisent ».

Damien : « Les gratuits ont démocratisé la presse. Si on va se servir dans une caissette, on n’a pas la mauvaise surprise d’avoir un Securitas qui vous tombe dessus, comme cela m’est arrivé un dimanche matin. Enfin, cette presse gratuite, je la consomme peu car je roule en scooter. C’est plutôt pour les gens qui prennent le bus ou le train ».

Dans chaque rubrique, tout au long de l'après-midi les étudiants et leurs camarades ont été invités à pimenter les pages de leurs commentaires. Remarquable ouverture du titre. Echanges fructueux avec l'équipe garantis! Vous découvrirez ces commentaires dans l’édition du mercredi 21 mars. En prenant congé de ses visiteurs, le rédacteur en chef Tristan Cerf a ce mot étonnant: « Il y a autant de tabous chez les journalistes que dans l’Eglise catholique ou qu’à Ecône ».


4ème Semaine des médias à l'école (5) : Atelier de journalisme

Des messages comme on les aime... Le commentaire d'une classe ayant participé à l'atelier pratique de journalisme le 19 mars. Les élèves étaient encadrés par deux professionnels Alain Meyer et Bernard Vuillème. De beaux souvenirs en perspective...

Ce matin, dans le cadre de la semaine des médias, nous avons eu le
plaisir d'accueillir en classe deux journalistes: Alain Meyer et Jean-
Bernard Vuillème. Nous avons parcouru les journaux locaux avec eux.
Après la récréation, Raymond Burki nous a rejoint et nous a expliqué
comment il faisait ses dessins . On a bien rigolé avec ses
caricatures ! L'après-midi, nous avons écrit notre article de presse
et nous l'avons lu. Nous avons passé une magnifique journée et nous
remercions les organisateurs de la semaine des médias de nous avoir
permis de partager ces moments inoubliables.

Classe de Brigitte Roth, collège des Pépinières à Renens V

atelier_renens


Semaine des médias (4) : une giboulée de Unes

Envol réussi pour la 4ème Semaine des médias! A l'école secondaire de Payerne, les deux classes 8VSG1 et 8VSG2 se sont lancées avec succès dans le concours de Unes. Par équipes de 4, les élèves ont produit des travaux de qualité sous la conduite de leurs professeurs. Julien Hirt et Matthieu Zuccone, deux élèves d'une classe fribourgeoise (CO de Jolimont) sont allés plus loin : ils ont carrément rédigé un journal de 12 pages! A voir sur www.journalhublot.ifrance.com .

Emoi de Bernard Verly (photo ci-dessous) sur le coup de 8h du matin : "Mais ce sont les nouvelles du 14 mars!". Petite explication en 2 volets : 1) nous ne voulions pas concentrer le concours sur une seule journée. 2) pour mettre toutes les classes sur un pied d'égalité, il faut fournir une matière identique, celle que diffuse l'ATS sur une journée complète. Pour avoir le temps de préparer le dépêches, nous avons donc retenu la journée du 14 mars.

Et Bernard Verly de nous proposer une suggestion pour l'année prochaine, histoire de rendre l'exercice plus réel : diffuser les dépêches par blocs au fil de la journée, histoire de ne pas laisser figés les choix de la première heure ou de la première demi-heure.

Maestro de l'informatique, connaisseurs des secrets du Mac, Jean-Marie Crausaz (photo ci-dessus) a été sollicité intensivement jusqu'en fin d'après-midi, tout comme son collègue Olivier Noverraz (ci-dessous)

"Je me demande si tout sera terminé à cinq heures!...", soufflait le professeur de français Daniel Savoy en milieu d'après-midi. Finalement, tous les travaux ont été terminés dans les temps. Les rédacteurs d'"Info Sport" (ci-dessous) n'étaient pas peu fiers de remettre leur copie à 15h45 déjà...

Texte et photos : Christian Georges


Semaine des médias (3) : on attend vos échos !

Vous participez à la 4ème Semaine des médias à l'école du 19 au 23 mars 2007 ? Nous nous ferons un plaisir de publier sur ce blog des échos de vos visites de rédactions, rencontres avec des journalistes ou activités en classe. Envoyez vos textes et photos à : emedia@romandie.com. MERCI!


Semaine des médias (2) : Emissions TV à ne pas manquer !

Quels usages réels font les adolescents des nouveaux médias ?
Pour lever un coin du voile et marquer la 4ème Semaine des médias à l'école, la Télévision Suisse Romande (TSR) propose une série originale de portraits courts (5 x 7 min), du 19 au 23 mars. TV5Monde diffuse également deux émissions qui recouperont les thématiques de la Semaine de la presse et des médias dans l'école, qui se déroule au même moment en France.
Lundi 19 mars sur TSR2 (7h40 et 16h) : Damien : "je chatte"
Mardi 20 mars sur TSR2 (7h40 et 15h50) : Julie et Bruno : "je blogue"
Mercredi 21 mars sur TSR2 (7h40 et 16h10) : Equipe championne de Suisse de Counter Strike : "je joue en réseau"
Jeudi 22 mars sur TSR2 (7h40 et 16h) : Jonathan : "je télécharge"
Vendredi 23 mars sur TSR2 (7h40 et 16h) : Benjamin : "je n’ai pas accès à Internet"
semaine des médias
Ces portraits de la série "La Semaine des médias" ont été réalisés par Chocolat TV Productions (journaliste : Esther Freiburghaus; réalisateur : Mathieu Hofner).

Vous trouvez des présentations détaillées de chaque émission et des propos des jeunes abordés sur le "mini site" Semaine des Médias ICI
A ne pas manquer non plus : l'interview du dessinateur du Monde "Plantu" dans "Pardonnez-moi" (sur TSR1, dimanche 18 mars à 13h10)
TV5MONDE diffuse deux émissions spécialement calibrées pour accompagner la Semaine des médias à l'école en Suisse et en France :
7 Jours sur la planète, (samedi 17 à 8h30), 30 minutes.
Kiosque (dimanche 18 mars à 17h). 55 minutes.
Les enseignants trouvent du matériel pédagogique pour exploiter ces deux émissions ICI.
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Semaine des médias (1) : déjà une lauréate!

Les quelque 410 enseignants inscrits à la 4ème Semaine des médias à l'école entraient en lice pour le gain d'un iPod mini 1Go. Le tirage au sort a désigné Nicole VAUTHIER, enseignante au Collège des Cerisiers à Gorgier (NE), à gauche sur la photo. Elle a reçu son prix mardi 13 mars, des mains de Pascale Schreyer, collaboratrice administrative à la Conférence intercantonale de l'instruction publique de la Suisse romande et du Tessin (CIIP).

Quelles activités va mener Nicole Vauthier durant la semaine du 19 au 23 mars ? Réponse de cette enseignante de français et d'allemand :

"Avec mes élèves de 9ème année, je vais comparer le traitement de l'actualité nationale dans les quotidiens de Suisse romande et de Suisse alémanique. Je vais aussi visiter le quotidien "L'Express" à Neuchâtel avec ma classe".

BRAVO à tous ceux qui s'engagent dans les activités d'éducation aux médias prévues et qui ont pris la peine de s'inscrire en ligne! On leur souhaite une excellente semaine.


Festival de films de Fribourg : deux blogs à suivre

Vos élèves ont vu en séance scolaire un des films projetés au Festival international de films de Fribourg ? Ils veulent exprimer leur avis ? Ils sont prêts à écrire une critique personnelle sur ce film ? A la manière des pros ? A eux jouer !

Dès le 19 mars, un blog sur Internet accueille les critiques des films vus à Fribourg. Il est modéré par l’unité « Médias » de la Conférence intercantonale de l’instruction publique de la Suisse romande et du Tessin (CIIP).

Qui peut participer ?

Tous les élèves inscrits aux projections organisées par Planète Cinéma peuvent proposer une ou plusieurs critiques.

Qu’est-ce qu’il faut faire ?

Rédiger une critique de cinéma, comme dans un journal ou un magazine. Longueur minimale : 1000 signes. Longueur maximale : 2000 signes. Les élèves dès 14 ans trouveront des recommandations sous : http://www.e-media.ch/dyn/bin/2444-3098-1-fiche12_rediger_critique_film.pdf

Le plagiat est interdit. Les textes doivent être envoyés jusqu’au 5 avril, à l’adresse e-mail : emedia@romandie.com.

C’est aussi un concours !

Un jury récompensera les meilleures productions écrites par un iPod Shuffle mini 1Mo et des billets de cinéma.

Les critères d’évaluation

Le jury se basera sur les critères suivants :

- qualité de la rédaction

- originalité

- expression

- point de vue

Vous serez publiés !

Vos critiques peuvent être enthousiastes, tièdes ou acides. Mais elles ne doivent pas contenir d’injures ou d’attaques personnelles. Après relecture, elles seront publiées sur le blog http://planetecinema.romandie.com. Vos camarades pourront les commenter à leur tour.

Par ailleurs, le jury des jeunes FIFF / E-Changer met aussi un blog en ligne à l'adresse http://fiff.kaywa.ch/. Affaire à suivre!


A l'écoute de Plantu

Passionné et magistral, le dessinateur du "Monde" Plantu! Il dévoilait les ficelles de son métier mercredi à Lyon devant 1500 lycéens, lors des 4e Assises de la presse écrite et de la jeunesse. Extraits en avant-première de sa venue à Genève le samedi 17 mars.

Les journalistes sont associés à l'objectivité et la neutralité : le dessinateur Plantu se sent-il lié par ces notions ?

"Mes dessins ne sont surtout pas neutres, ni objectifs", réagit l'intéressé. C'est toujours une prise de position. On attend l'objectivité de l'écrit. Ce que je fais moi en première page du "Monde" doit être compris en deux secondes. Je ne fais pas dans la dentelle."

Le dessinateur croit fermement à la spontanéité du dessin, "qui permet d'exprimer plus facilement des choses qu'on n'arrive pas à dire". Quand à éclaté la polémique sur les caricatures danoises, il a répliqué par un dessin finaud. En noircissant sa page à l'infini de la phrase "Je ne dois pas dessiner le prophète Mahomet", il a composé un saisissant portrait de personnage barbu. A l'occasion, il s'est montré virulent contre Jean-Paul II, présenté comme un misogyne néanderthal, traînant une femme par les cheveux. Mais quand le vieux pape a commencé d'être gravement malade, Plantu s'est aussi abstenu de publier un dessin de lui alité, dont l'esquisse plaisait pourtant au journal. Le dessinateur avertit qu'il faut se garder des amalgames :

"J'assume mes dessins caustiques, mais en d'autres occasions je suis plutôt tendre. Par exemple, je milite pour que les femmes aient plus de pouvoir dans l'Eglise, mais je ne touche pas aux croyances. Je veux titiller les intolérants et je m'en prends volontiers aux fondamentalistes. Je ne m'attaque pas à ce qu'il y a au-dessus des nuages. Je suis déjà bien occupé avec ce qu'il y a sur la planète. Mais c'est vrai, depuis les caricatures de Mahomet, je dirais certaines choses d'une autre façon".

Dans l'assistance, une jeune fille réagit fortement à un dessin ancien où Plantu affublait le Premier ministre israélien Ariel Sharon d'un t-shirt "Allah pédé". Elle n'y voit aucune ironie face au politicien venu faire de la provocation sur l'Esplanade des Mosquées à Jérusalem, mais une provocation pour les fidèles de la religion islamique. Plantu réagit du tac au tac : il sort de ses classeurs un dessin qui joue des motifs visuels similaires entre les strings apparents des Européennes et les dentelles qui voilent les femmes arabes. Montrer un tel dessin à Alexandrie, dit-il en connaissance de cause, c'est l'occasion de déclencher un formidable débat. A chaque fois qu'il le peut, Plantu n'hésite pas à montrer ses dessins les plus controversés dans les endroits sensibles.

Le dessin de presse peut-il traiter de tout ? Oui, assure Plantu, à condition de se montrer délicat lors d'événements dramatiques : "Il y a un temps pour pleurer et un temps pour dire les choses". Chaque pays impose ses contraintes : en France, Plantu peut représenter Le Pen avec le bras tendu et un brassard, mais sans y ajouter la croix gammée. Au Maroc, il n'est pas possible de représenter le roi. Mais rien n'empêche un caricaturiste malin de dessiner une main avec une bague qui parle...

Devant les lycéens, Plantu sort de très nombreux dessins liés aux blocages et aux haines réciproques que se vouent Israéliens et Palestiniens. La plupart de ceux-ci témoignent pourtant d'un rapprochement possible. Le dessinateur ne s'en cache pas : il aime mettre des parties antagonistes en face de ces dessins pour s'expliquer et se justifier. Selon lui, la "trève du blasphème doit permettre le rapprochement".

Le 17 mars prochain à Genève, il va tenter une expérience de ce type en tant qu'invité du Festival sur les droit humains autour du thème : LA LIBERTE D’EXPRESSION : LES CARICATURES DE LA DISCORDE. Cette soirée sera co-présentée par Plantu et le Service de l’information des Nations Unies à Genève, en partenariat avec le Club suisse de la presse, le journal Le Temps et Reporters sans frontières
Dès 19h30, à la Maison des Arts du Grütli, 16 rue du Général Dufour, le débat verra la participation des intervenants suivants:
Plantu, Caricaturiste, France
Chappatte, Caricaturiste, Suisse
Ali Dilem, Caricaturiste, Algérie
Hassan Karimzadeh, Caricaturiste, Iran
Michel Kichka, Caricaturiste, Israël
Stavro, Caricaturiste, Liban
Mikhail Zlatkovsky, Caricaturiste, Russie

Le modérateur de cette soirée sera le journaliste Darius Rochebin.


Plantu et le formatage

Le dessinateur du "Monde" anime un passionnant atelier ce matin à Lyon, dans le cadre des 4e Assises de la presse écrite et de la jeunesse. Plantu est généreux en diable, éclairant ses convictions face à un millier de lycéens. Il plaide pour la spontanéité et le choix assumé du ton adopté, qui varie selon les circonstances : "On peut déranger en restant poli". A un moment donné, il vitupère la "Druckérisation des esprits". Entendez : la propension des gens à donner aux médias exactement ce qu'ils attendent en termes de discours et d'idées...

On y reviendra.