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Mediablog

Sevré d'Arrêt sur images, Daniel Scheidermann évoque ouvertement l'asile médiatique en Suisse

Après douze saisons, l’émission "Arrêt sur Images" de Daniel Schneidermann ne sera pas reconduite la saison prochaine sur France 5, tout comme le magazine "Madame, Monsieur, Bonsoir". C'est ce que nous apprend ce matin L'Espresso de Télérama.

Commentaire du directeur des programmes de France 5 Philippe Vilamitjana "Une émission qui n’a pas bougé de concept depuis douze ans, il faut savoir la remercier et passer à autre chose.»  (Libération du 19 juin). A en croire Vilamitjana, «une autre émission de décryptage»  arrivera à la rentrée sur France 5, qui, «dans un souci de libre parole et d’expression de toutes les sensibilités, élargira le spectre d’Arrêt sur images».  L’émission, dont Vilamitjana garde encore secrets l’animateur et le producteur, «accueillera en direct toutes les signatures de la presse».  Bref, un club de la presse, mais adios le décryptage des images, commente "Libération". Pourtant, le cahier des charges de France 5 prévoit que ses programmes «contribuent à l’éducation à l’audiovisuel et aux médias»...

Le propre des grilles de télévision est d'évoluer. Quelques exceptions font mentir cette logique : la résistance des magazines "A bon entendeur" (plus de 1000 éditions!) et "Temps présent" en Suisse romande, "Thalassa" en France.

Souvent passionnante, l'émission de Daniel Schneidermann nous faisait regarder la télévision autrement. Elle donnait à méditer les réflexes journalistiques et les naïvetés de spectateur. Est-elle condamnée par hasard, à l'heure où le nouveau président de la république met son ancien chef de campagne au conseil de direction de TF1, tout en bétonnant ses relais dans tous les principaux médias? "Arrêt sur images" serait plus indispensable que jamais! Daniel Schneidermann a le tort de signer dans un quotidien de gauche (Libé). Il a plusieurs fois (trop souvent?) pris à partie le traitement médiatique associé aux mesures sécuritaires voulues par l'ex-Ministre de l'Intérieur aujourd'hui locataire de l'Elysée.

Alors, qui prendra le relais de la vigilance à l'égard des médias audiovisuels ? La Télévision suisse romande serait-elle prête à occuper le créneau ? Rêvons!...

Sur son blog, Daniel Schneidermann évoque ouvertement l'asile médiatique en Suisse. Car le 25 juin, il rencontrera à Genève les membres du Conseil des programmes RTSR. Mais la question mérite d'être ouverte : si une émission du style d'"Arrêt sur images" devait voir le jour sur une des chaînes de la TSR, devrait-elle être animée par Daniel Schneidermann ou par un animateur suisse ?


Critiques en herbe

Ce sont des écoliers de 10 à 12 ans. Cet hiver, ils ont participé à un exercice inhabituel : rédiger la critique d'un film vu au cinéma ("Le Chemin de la liberté", de Philip Noyce", photo ci-dessous). Comment les enseignants ont-ils abordé ce film ? Comment ont-ils accompagné les élèves ? A quels besoins répond un tel exercice ? Comment les élèves neuchâtelois, jurassiens et valaisans ont-ils vécu cette expérience ? Vous le découvrirez du 18 au 24 juin sur les antennes de deux télévisions régionales. Elles diffusent cinq émissions spéciales (en co-production avec la CIIP) selon l'horaire suivant :

Canal Alpha (NE) : A voir chaque jour à 20h30, 21h30 et 22h30, puis dans la boucle du week-end des 23-24 juin.
Canal 9 (VS) : A voir chaque jour à 17h45, puis dans la boucle du week-end des 23-24 juin.


De retour d'Afrique, un message de Wim Wenders

Wim Wenders a tourné un court métrage en République démocratique du Congo. C'était sa contribution au film-anniversaire du Festival de Cannes (voir précédent article). Nous reproduisons ci-dessous une photo du film et le message que le réalisateur a délivré à cette occasion, un message totalement occulté par l'actualité festivalière.

"En automne 2006, j'ai passé plusieurs semaines dans une ville excentrée de la République démocratique du Congo, dans la province de Katanga. Situé sur le fleuve Congo, l'endroit s'appelle Kabalo et c'est là qu'est censé se dérouler l'action de "Au coeur des ténèbres" de Joseph Conrad. C'est là que Marlow rencontre le sinistre Mr. Kurtz. Je suis allé là pour tourner un documentaire pour "Médecins sans frontières", sur la violence excercée contre les femmes. Je n'avais jamais été en Afrique centrale.

Je n'avais jamais posé le pied dans un endroit aussi coupé du monde : plus aucune route ne mène à Kabalo. Les bateaux sur le puissant fleuve avaient tous été détruits et l'on voyait ici ou là leurs carcasses rouillées émerger du courant. Il ne reste que deux trains pour desservir un territoire aussi vaste que l'Europe centrale et ils opèrent sur un réseau largement moribond, selon un horaire fantasque.Il y a bien une gare décrépite à Kabalo, un vestige d'un glorieux passé où les trains partaient chaque jour vers les quatre points cardinaux. Aujourd'hui, la ville est sans électricité. Le rue principale est certes bordée par des lampadaires élégants, mais ils ne fonctionnent plus depuis des décennies. Il n'y a plus d'eau courante non plus, sauf l'eau du fleuve, et les gens la boivent directement depuis les rives boueuses. La plupart des bâtiments en dur sont détruits ou effondrés. L'hôpital est pris en charge par Médecins sans frontières et leurs générateurs nous ont permis de recharger les batteries de nos caméras.

L'impression la plus saisissante à notre arrivée : même s'il y a tellement à faire ici, personne ne semble travailler à part les femmes. Et elles travaillent en effet très dur, de l'aube jusqu'en fin de soirée. Elles marchent des kilomètres pour aller chercher de l'eau. Elles ramassent le bois pour la cuisson. Elles travaillent dans les champs pour de maigres récoltes. Elles marchent longuement pour se rendre au marché. Elles prennent soin des enfants.

Où étaient les hommes ? Je les ai vus affalés dans des hamacs. Je les ai vus jouer au footballe ou au basket en fin d'après-midi. Je les ai vus traîner dans les rues, roulant à vélo ou frimant à moto pour les privilégiés. Aucun ne semblait préoccupé par le moindre travail.Un jour, j'ai trouvé le "ciné-vidéo". Il avait été aménagé dans les ruines d'un bâtiment colonial. Dans l'arrière-cour, un petit générateur produisait un bruit agressif. A l'avant, quelques hommes jouaient aux cartes ou aux dames. A l'intérieur, il y avait tous les hommes que j'avais cherchés en vain. Ils regardaient des films, présentés sur un moniteur TV minable, raccordé à un lecteur DVD lui aussi alimenté par le générateur. (En même temps, pendant que les hommes regardaient des films, ce générateur rechargeait en batterie 30 à 40 téléphones portables).

Quels films regardaient-ils ? Sur la façade, j'ai trouvé le programme griffonné à la main sur une ardoise. Les films de guerre formaient le gros du lot. Quelques films de karaté, quelques films d'action violents, mais la majorité de ces hommes regardaient des films de guerre ! La plupart n'avaient jamais connu autre chose, les enfants des premiers rangs étaient nés dans la guerre. Et maintenant que la paix était revenue, enfin, ils étaient assis là, captivés, absorbant l'action guerrière avec une sorte d'obsession stoïque.

Je n'avais jamais compris ou éprouvé aussi clairement à quel point les films ont cette capacité de répondre à nos besoins. Ou dit autrement : à quel point ils entretiennent une dépendance et procurent un substitut étrange à la vie. Dans ce cas précis, ce n'était pas la vie, cependant, dont le cinéma faisait la promotion, mais une propension dérangeante à la mort et à la destruction. Elle exerçait un ferme pouvoir sur ces hommes et les rendait incapables de voir les besoins réels de leur propre environnement.

Nous avons tourné pendant une projection de "La Chute du faucon noir" dans l'obscurité du "Ciné Vidéo" en recourant à l'infrarouge. Personne ne nous a remarqués avec nos caméras. Les adultes comme les enfants étaient sous l'emprise d'une guerre sans fin".

 WIM WENDERS (Photo : Festival de Cannes)


Images orphelines

Il avait réalisé entre autres films le superbe "Ceddo" (1976, photo). Un film de résistance. Résistance à l'islamisation, à la colonisation, aux valeurs importées de l'extérieur et imposées aux Africains. Le cinéaste sénégalais Ousmane Sembène est décédé samedi à Dakar, à l'âge de 84 ans.

 

Ce "Ceddo", nous l'avions vu dans les années 80, dans un programme de ciné-club scolaire. J'ignore si l'on prend encore la peine de programmer des films africains dans des ciné-clubs scolaires... Je voudrais croire que oui.

Au dernier Festival de Cannes, beaucoup d'observateurs ont déploré l'absence récurrente de l'Afrique en sélection officielle. Membre du jury, le réalisateur mauritanien Abderrahmane Sissako refusait de mettre cet état de fait sur la myopie des sélectionneurs ou l'indifférence de l'Occident :

"Le vrai combat d'un cinéaste, c'est son existence en temps que cinéaste. Il faut réfléchir à si nous avons tout fait pour faire des films. Le jour où on aura une analyse sincère, en face à face, les yeux dans les yeux, on comprendra beaucoup plus de choses. (...) Il y a un travail de remise en question de soi et de beaucoup de choses. Je crois que ce travail n'est pas fait. On a tendance à toujours trouver les responsabilités ailleurs. La responsabilité tient toujours d'un « nous », quel que soit le conflit. C'est toujours partagé. Et je pense que cette part de responsabilité n'est pas totalement assumée. Et l'existence d'images, pour certains ou par certains, n'est pas analysée à sa juste valeur." (Interview complète sur Africultures)

En attendant, ce que l'Afrique perçoit par les images se révèle souvent absurde ou pathétique. Wim Wenders l'a bien montré dans sa contribution au film collectif "Chacun son cinéma" (présenté à Cannes et sur Arte le 26 mai). Dans un pauvre "ciné-vidéo" de la République démocratique du Congo (photo et article, plus haut), il a filmé des visages d'enfants agglutinés devant un moniteur de télévision qui diffuse "La Chute du faucon noir", un film de guerre de Ridley Scott.

Alors... Après Ousmane Sembène et d'autres pionniers, quelles images de l'Afrique pour demain ?

Christian Georges


J'ai une question à vous poser

L'émission de TF1 "J'ai une question à vous poser" avait ému la presse française : on observait, à juste titre, l'effacement des journalistes dans cette arène où de simples citoyens (très sélectionnés) interpellaient des candidats à la présidence de la république. Ca faisait tout drôle de voir Patrick Poivre d'Arvor réduit à donner la parole à X ou Y, sans possibilité de relancer les candidats ou de recadrer certains faits.

Eh bien cet exemple a fait école : aujourd'hui la Radio Suisse Romande recourt à un concept très similaire dans son module "Le train des élections" . Des voyageurs (mais qui sont-ils ? engagés en politique? réquisitionnés en douce?) interpellent un candidat ou une candidate aux élections fédérales d'octobre, à la faveur d'un trajet ferroviaire. Le module est diffusé chaque matin vers 7h40 sur La 1ère et sur Internet. Les modules durent environ 4 minutes.

L'effacement des journalistes est tout aussi patent, encore que... On peut raisonnablement se demander si les questions n'ont pas été au préalable filtrées par Pascal Jeannerat (photo RSR) ou Yann Gerdil-Margueron, les représentants de la rédaction, présents dans le train. Et les gens de la RSR se ménagent une marge de sécurité avec le montage des questions et des réponses. La tension entre les supposées attentes du public en matière de médias et les prestations servies est intéressante : d'un côté, le public réclamerait un droit de parole immédiat et un accès plus direct à de l'information brute, sans médiation journalistique. Et pour servir ces prestations, en presse gratuite comme dans les médias audiovisuels, il faut recourir à un dispositif ultra-cadrant, monté au cordeau, pour mettre en évidence des bribes de vérité brute. Mais des bribes qui posent toujours plus de questions sur le CONTEXTE de leur énonciation.

Les médias modernes ne se contentent plus de répercuter la parole officielle, de renvoyer la rumeur du monde. Ils savent qu'il leur appartient d'"animer" l'actualité. A ce jeu-là, La 1ère ne manque pas d'idées innovantes. Mais qui dit animation dit aussi mise en scène de l'actualité. Il pourrait être édifiant de disposer d'une version "sans coupures", sur le site Internet de la RSR, des échanges ferroviaires entre pendulaires et candidats...


Il y a chiens et chiens

"Les journalistes devraient être des chiens de garde, mais souvent ils ne sont que des chiens de compagnie"

Fabrizio Gatti, journaliste d'investigation au magazine italien "L'Espresso"


Une image, en souvenir de Jean-Claude Brialy

 

Cette image date de 1958. Jean-Claude Brialy (à gauche) a 25 ans. Il tourne "Le Beau Serge" sous la direction de Claude Chabrol. Le beau Serge, ce n'est pas lui, c'est Gérard Blain (à droite). La fille qui lui jette un regard gourmand, c'est Bernadette Lafont.

1958-1959 sont des années charnière. Ce sont celles où Godard tourne "A bout de souffle" avec Jean-Paul Belmondo et Jean Seberg. Il y aura ensuite "Les 400 coups" de Truffaut, toujours avec Jean-Claude Brialy.

Godard, Chabrol, Rivette, Truffaut : la Nouvelle Vague française est lancée.

Même ceux qui ont découvert ces films 20, 30 ou 40 ans plus tard auront été frappés par la décontraction sophistiquée de Brialy, son naturel anti-théâtral, sa diction inimitable... Si quelqu'un a incarné la Nouvelle Vague, c'est lui.

Jean-Claude Brialy vient de rejoindre Gérard Blain, ses films nous restent. Heureusement. Et bravo à la TSR qui a eu le courage de rediffuser "Le beau Serge" en prime-time sur son deuxième canal, alors que France 2 se contentait de rediffuser à 23h10 un "Vivement dimanche" avec Michel Drucker.

Il vaut la peine de lire les témoignages de ceux qui l'ont connu dans "Libération".


"Pas douce" dans la presse nationale française

Encore à l'affiche en Suisse romande, "Pas douce" est sorti en France. Tourné à La Chaux-de-Fonds, avec une excellente Isild le Besco (photo) dans le rôle principal, le film de la réalisatrice suisse Jeanne Waltz fait l'objet d'une belle critique dans "Le Monde". Chic! Cliquez sur le lien pour en juger!

Et voici ce qu'écrit du film Gérard LEFORT dans "Libération" :

Le titre ne ment pas. Non, elle n'est pas douce cette jeune Frédérique, infirmière dans un hôpital du Jura suisse. Pas douce, pas gentille, pas aimable, surtout pour quiconque cherche à l'aimer, fiancé régulier ou amants de passage. Mais c'est surtout elle qu'elle ne peut pas supporter. Jusqu'à vouloir se suicider. Mais dans le sous-bois où elle veut se flinguer, un bruit va distraire son geste, une querelle bagarreuse entre deux jeunes garçons. Ce boucan la dérange au point qu'elle tire sur un des deux gamins. Grièvement blessé au genou, l'adolescent (Marco) est hospitalisé dans l'établissement où Frédérique travaille. Le planning des gardes va bientôt l'amener à son chevet. Frédérique veut d'abord avouer, mais tous, surtout les flics, repoussent la confidence d'une fille trop notoirement givrée pour être une coupable honorable.
Tout est dit ou presque de ce drame rugueux qui s'attache au récit d'une conjugalité étrange et dangereuse entre la presque meurtrière et sa victime. Cette concentration dans le huis clos d'une chambre d'hôpital est la meilleure idée du film qui, lorsqu'il s'en éloigne, chute dans une divagation dialectique moins habile sur le bien et le mal. Autant dire que Pas douce ne tient que par le choix des deux protagonistes principaux. Bon choix. Isild Le Besco (Frédérique) qui confirme son excellence dans le registre de la folle à tuer. Et, plus inédit, le jeune Steven Pinheiro de Almeida (Marco), parfait dans la peau grasse de l'ado pas du tout aimable lui non plus.
En arrière-monde de ce film réfrigérant, la ville de La Chaux-de-Fonds au moment du dégel et alentour, la campagne suisse où le brouillard est la couleur dominante. On doit à ce «décor», les plus belles images du film : Frédérique s'échappant sur son vélo, à fond, par monts et par vaux, une bouteille d'alcool à la main, comme une dératée. Libre en somme. Y compris de foncer dans les eaux d'un lac glacé.

EN DIRECT DE CANNES

Du 16 au 27 mai, nous avons suivi le 60ème Festival du film Cannes. Retrouvez la conférence de presse de Michael Moore, l'interview de Julian Schnabel ("Le Scaphandre et le papillon"), des chroniques et des critiques de tous les films en compétition sur le lien suivant :

www.cannes07.wordpress.com


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