La fin des journaux ?
"Beaucoup de responsables de presse ne veulent pas croire ce qu'ils savent", affirme Bernard Poulet. L'auteur du livre "La fin des journaux" s'exprimait mardi devant les étudiants de l'Académie du journalisme et des médias de l'Université de Neuchâtel. Comme "aucune société ne peut vivre sans information", Bernard Poulet prédit un avenir à deux vitesses : d'un côté, une info pauvre pour ceux qui devront se contenter du "revenu minimum d'information" et de l'autre, une information exigeante, pour ceux qui pourront se la payer. Jacques Pilet a nuancé le tableau.
C'est la faute à la révolution digitale.
Le numérique a fait volet en éclats le modèle traditionnel de la presse, bâti sur un confortable coussin de publicité. Pas tellement la faute à l'info gratuite sur Internet. Mais à la fuite des annonceurs. "Sur Internet, la plupart des canaux n'a rien à voir avec l'information, mais la publicité trouve le moyen de toucher les gens de manière beaucoup plus efficace", observe Bernard Poulet, rédacteur en chef de "L'Expansion" et ancien responsable de "Courrier international".
Les éditeurs qui ont cru qu'ils allaient compenser par la publicité sur Internet étaient naïfs. "Une pub sur Internet rapporte 10 ou 20 fois moins que sur le papier!" Dans la plupart des pays européens, la santé de la presse est chancelante. Tout est à réinventer. Bernard Poulet entrevoit un avenir à deux faces. D'un côté, des travailleurs mal payés et frustrés produiront, dans de mauvaises conditions, une info pauvre. De l'autre côté, des titres de prestige draîneront des lecteurs au revenu confortable, avec des prestations de haut vol, produite par des journalistes très bien formés et expérimentés.
Entre deux, le "journalisme moyen" est appelé à disparaître. Et par là, Bernard Poulet désigne les titres généralistes qui se bornent à répéter des formules d'il y a 10 ou 20 ans et qui ne satisfont plus vraiment leurs lecteurs.
Jacques Pilet ne conteste pas la plupart des constats de l'orateur, mais se méfie des généralités. Au niveau mondial, les ventes globales de journaux progressent (+ 9% ces cinq dernières années). Il y a encore dans le monde 532 millions d'acheteurs de presse! Il est intéressant de noter que dans des pays émergents (Chine, Inde), on crée des journaux au lieu de passer immédiatement à l'ère digitale. Au Brésil et en Argentine, la presse se porte bien. Elle a aussitôt sauté sur le marché lucratif des petites annonces en ligne. En Suisse, observe Jacques Pilet, "Publigroupe n'arrive pas à proposer aux gens un modèle simple pour passer une petite annonce en ligne".
Il n'y a pas une, mais DES crises, qui méritent d'être analysées pour elles-mêmes. Elles touchent davantage les quotidiens classiques que les magazines. Aux Etats-Unis par exemple, le déclin de la presse résulte en partie de la perte de crédibilité subie ces dix dernières années, faute de recul critique par rapport à la propagande de la Maison-Blanche. Même déroute en France, avec une proximité trop grande avec le pouvoir. La presse peut et doit se réinventer, jouer de ses atouts : l'effet de surprise via la mise en page, la sensualité du papier... "Un journalisme créatif, indépendant, pourra créer des voies nouvelles, à la fois imprimées et vagabondes sur le Net", conclut Jacques Pilet. Sans convaincre Bernard Poulet, qui lança : "Je crains que vous ne parliez comme les fabricants de diligences au moment de l'apparition des automobiles..."
Christian Georges
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28 Octobre 2009 à 10:41 dans
- Général








