Locarno (5) : Eugène Green porte la compétition vers les sommets
"La branchitude peut être parfois assez déprimante", entend-on dans "A Religiosa Portuguesa" ("La religieuse portugaise"). Son réalisateur, Eugène Green, nous entraîne dans des contrées très éloignées du cinéma contemporain et de ses formes convenues. De quoi retrouver une foi radieuse dans les puissances du cinéma.
Eugène Green et son actrice Leonor Baldaque.
Julie, une actrice française, débarque à Lisbonne pour tourner un film sur un roman épistolaire du XVIIème siècle. Elle doit incarner une religieuse qui brise ses voeux en tombant amoureuse d'un officier. Julie déambule dans la ville et rencontre des personnages intrigants : un médecin suicidaire qui n'a jamais pratiqué la médecine, une religieuse qui passe toutes les nuits en adoration dans une chapelle, un jeune orphelin, un garçon qui pourrait être la réincarnation du roi Sébastien...
Le film est une déclaration d'amour vibrante à la ville, à sa lumière, au charme de ses rues pavées, au Tage dont les eaux s'écoulent aussi sereinement que le temps qui passe, au fado qui se chante avec passion. Eugène Green travaille en décalage avec ce que propose le cinéma courant. Il ne met pas en scène cette histoire de manière ordinaire, en soignant le réalisme des scènes ou en forçant l'empathie du spectateur pour les personnages. Comme Bresson, il impose aux acteurs une diction "blanche", où chaque mot se distingue très nettement (toutes les liaisons sont faites scrupuleusement). Cette apparente inexpressivité déroute (ou fait ricaner) une partie du public. Mais elle exerce progressivement une attraction hypnotique sur ce qui se joue à l'écran. Car s'ils ne "jouent" pas comme dans les films courants, les personnages sont chargés d'aspirations secrètes et de sentiments éminemment humains. Cette complexité se dévoile par strates.
Souvent saisis frontalement, les visages et les regards brûlent d'intensité. Le film culmine dans un long échange entre Julie et la petite religieuse jusque là mutique. A la lumière des bougies, Julie pose les questions qui l'habitent et entrevoit sa manière à elle de revenir à la vie après un chargrin d'amour. Traitée de manière ordinaire, cette histoire ne resterait pas en mémoire très longtemps. A la manière d'Eugène Green, elle témoigne des puissances intactes du cinéma. Un enchantement.
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13 Août 2009 à 12:52 dans
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