Locarno : souvenirs d'un freluquet
Le Festival de Locarno, 62ème édition, démarre ce soir. J’ai participé pour la première fois au festival il y a 25 ans, dans le cadre de « Cinema & Gioventù ». J’avais 18 ans. Je m’en souviens comme si c’était hier.
Je me souviens de la claque prise le premier soir sur la Piazza Grande. « Love Streams » de John Cassavetes (photo ci-dessus). L’intensité avec laquelle ce film capte les relations humaines dans toute leur complexité ! Personne n’a surpassé Cassavetes. Personne ! Un des attraits de « Cinema & Gioventù », c’est de rencontrer des professionnels du cinéma. Je me souviens de la chaleur de Daniel Schmid, parlant du « Baiser de Tosca » et défendant les vertus de l’opéra devant nous, jeunes freluquets : « Plus c’est artificiel, plus c’est réel ! ». Je me souviens de la pique de Renato Berta adressée à Godard : « Il faut s’agenouiller toutes les demi-heures devant lui en lui rappelant que c’est un génie… » Je me souviens du côté aristocratique et hautain d’Istvan Szabo. Je me souviens de Nanni Moretti, qui se relevait la nuit pour plonger dans un pot géant de Nutella (« Bianca », en photo).
Je me souviens de la passion de David Streiff, le directeur de l’époque, pour défendre ses choix de films. Je me souviens avoir approché Jim Jarmusch en tremblant, à la sortie de « Stranger than Paradise ». Je voulais le rencontrer pour rédiger l’article promis pour « Cinema & Gioventù ». Il avait accepté le rendez-vous mais ne s’était pas présenté le lendemain. On s’est revus plus tard à Cannes, à la sortie de « Ghost Dog ». Je me souviens d’une femme qui se rasait le sexe dans un film brésilien en compétition. Le soleil brillait sur la mousse à raser. La mer était verte. La salle muette. En ce mois d’août 1984, de retour par les Centovalli, j’en étais convaincu : le cinéma dit sur nous des choses que nous pressentons mais qui ne s’expriment que sur l’écran. Voilà pourquoi nous nous ruons avec des milliers de parfaits inconnus dans des salles obscures pour aller à la rencontre de notre moi le plus intime. Depuis ? Il y a eu d’autres Locarno, d’autres directeurs artistiques, le DVD, la mini DV, les « blockbusters », la disparition des « films du milieu » (films d’auteur capables de fédérer un large public), des rétrospectives mémorables (Kiarostami ; Newsfront - le journalisme au cinéma). Le cinéma subsiste, le cinéma résiste…Il y a beaucoup de films vains ou inconsistants, mais toujours du rituel et du mystère. A son meilleur, le cinéma promu à Locarno réveille notre capacité d’émerveillement. Il nous tient en éveil.
A-t-il perdu de son pouvoir de révélation ? Rendez-vous sur ce blog jusqu’au 15 août pour des échos…
Christian Georges
-
05 Août 2009 à 11:46 dans
- Général


