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Mediablog

Locarno (1) : 35% des salles de cinéma en Suisse menacées

Nous vivons dans un pays formidable. Démonstration vendredi à Locarno. L'Office fédéral de la culture et le conseiller fédéral Pascal Couchepin tenaient conférence de presse à 10h45. L'occasion pour le ministre de tirer un bilan du concept de "cinéma populaire de qualité" et de défendre la primauté de Locarno comme "LE festival suisse du cinéma". Immédiatement après, à 11h30, des associations de producteurs tenaient leur conférence de presse à moins de 100 mètres pour déplorer ce qu'ils considèrent comme des "dysfonctionnements" à la section cinéma de l'OFC. "Allez-y, pour vous faire une idée avec un esprit critique!", lança Pascal Couchepin aux journalistes. Parole des uns contre parole des autres. Vive la liberté d'expression!

Que retient Pascal Couchepin de ses années passées à superviser la politique d'encouragement du cinéma en Suisse ? L'occasion de vivre "une expérience zoologique" en montant les marches à Cannes (tant la propension à se comporter comme des paons y est poussée). Le concept de "cinéma populaire de qualité" a fait discuter et c'est très bien. Dans les faits, le grand écart entre ces deux notions est possible : "Le Génie helvétique", "Vitus", "Home" ou "Les Mamies ne font pas dans la dentelle" en attestent, selon le ministre.

Autant les festivals que les producteurs indépendants doivent se poser la question de la demande du public, souligne Pascal Couchepin. Sous sa tutelle, le budget fédéral consacré au cinéma a été augmenté de près d'un tiers. "Il ne faut pas se vanter de dépenser plus, mais de faire mieux". L'objectif est atteint si le cinéma suisse devient un enjeu dont les gens parlent. C'est le cas!

Nouveauté importante : l'OFC va dès cet automne créer une nouvelle aide consacrée exclusivement aux séries télévisées.

Pour Nicolas Bideau, la présence forte du cinéma suisse à Locarno et à Venise est un fait réjouissant qui ne doit pas occulter une sérieuse menace. Dans les années à venir, les projecteurs numériques vont peu à peu remplacer les systèmes de projection en 35 mm. Or les investissements à réaliser sont tels que près de 35% des salles en Suisse sont menacées de fermeture. Particulièrement compromises seraient les salles des villes de petite et moyenne importance. Il faudra donc trouver de façon urgente des solutions de financement impliquant un partenariat très large (associant les exploitants, la distribution, la Confédération, les cantons et les communes).

Enfin, l'OFC lance un concours multimédia de musique de film à l'enseigne de "The Score". Il s'adresse à des compositeurs de moins de 30 ans. Il s'agit de sonoriser un court film d'animation de 2 min. 25. Tous les renseignements sur www.thescore.ch et sur www.mx3.ch.


Locarno : souvenirs d'un freluquet

Le Festival de Locarno, 62ème édition, démarre ce soir. J’ai participé pour la première fois au festival il y a 25 ans, dans le cadre de « Cinema & Gioventù ». J’avais 18 ans. Je m’en souviens comme si c’était hier.

Je me souviens de la claque prise le premier soir sur la Piazza Grande. « Love Streams » de John Cassavetes (photo ci-dessus). L’intensité avec laquelle ce film capte les relations humaines dans toute leur complexité ! Personne n’a surpassé Cassavetes. Personne ! Un des attraits de « Cinema & Gioventù »,  c’est de rencontrer des professionnels du cinéma. Je me souviens de la chaleur de Daniel Schmid, parlant du « Baiser de Tosca » et défendant les vertus de l’opéra devant nous, jeunes freluquets : « Plus c’est artificiel, plus c’est réel ! ». Je me souviens de la pique de Renato Berta adressée à Godard : « Il faut s’agenouiller toutes les demi-heures devant lui en lui rappelant que c’est un génie… » Je me souviens du côté aristocratique et hautain d’Istvan Szabo. Je me souviens de Nanni Moretti, qui se relevait la nuit pour plonger dans un pot géant de Nutella (« Bianca », en photo).

 

Je me souviens de la passion de David Streiff, le directeur de l’époque, pour défendre ses choix de films. Je me souviens avoir approché Jim Jarmusch en tremblant, à la sortie de « Stranger than Paradise ». Je voulais le rencontrer pour rédiger l’article promis pour « Cinema & Gioventù ». Il avait accepté le rendez-vous mais ne s’était pas présenté le lendemain. On s’est revus plus tard à Cannes, à la sortie de « Ghost Dog ». Je me souviens d’une femme qui se rasait le sexe dans un film brésilien en compétition. Le soleil brillait sur la mousse à raser. La mer était verte. La salle muette. En ce mois d’août 1984, de retour par les Centovalli, j’en étais convaincu : le cinéma dit sur nous des choses que nous pressentons mais qui ne s’expriment que sur l’écran. Voilà pourquoi nous nous ruons avec des milliers de parfaits inconnus dans des salles obscures pour aller à la rencontre de notre moi le plus intime. Depuis ? Il y a eu d’autres Locarno, d’autres directeurs artistiques, le DVD, la mini DV, les « blockbusters », la disparition des « films du milieu » (films d’auteur capables de fédérer un large public), des rétrospectives mémorables (Kiarostami ; Newsfront - le journalisme au cinéma). Le cinéma subsiste, le cinéma résiste…Il y a beaucoup de films vains ou inconsistants, mais toujours du rituel et du mystère. A son meilleur, le cinéma promu à Locarno réveille notre capacité d’émerveillement. Il nous tient en éveil. 

A-t-il perdu de son pouvoir de révélation ? Rendez-vous sur ce blog jusqu’au 15 août pour des échos…

Christian Georges

"Persépolis" film de minuit sur la TSR

Sur son premier canal, la TSR programme ce mardi 4 août "Persépolis" de Marjane Satrapi. C'est un excellent film, dont la programmation tombe à point nommé, au lendemain de l'investiture du président iranien Mahmoud Ahmadinejad. "Un film d'animation plein de vivacité, truffé de contrastes sensibles, lumineusement parlant", annonce le communiqué de presse de la TSR. "Drôle, poignante, caustique, l'héroïne évoque son pays sous dictatures successives, la tristesse et la culpabilité de l'exilée, la recherche de l'identité en terre étrangère".

Ces qualificatifs ne sont pas usurpés, alors osons ici un coup de gueule : cette programmation nocturne est aussi frileuse que honteuse. "Persépolis" n'a pas encore passé sur une chaîne publique française (seul Canal + l'a diffusé). Au lieu de le faire connaître au grand public, la TSR le relègue dans le créneau douteux des films de minuit. Elle préfère passer en première partie de soirée "Haute voltige" (un film multi-rediffusé avec Sean Connery) et 2 épisodes de "Lost". C'est ce qui s'appelle choisir la routine au lieu du panache.


De l'urine dans les piscines au sang qui coule loin de chez nous

Petit kiosque dans un village de montagne. Les affichettes des journaux confirment que la température qui grimpe a tendance à engourdir le climat médiatique : "Même le Conseil fédéral est dérangé par l'urine dans les piscines" (Tages Anzeiger), "Une météo capricieuse contrarie les foins" (Bündner Zeitung). Au 20h sur France 2, ce n'est guère plus brillant : on suit une famille de Cambrai qui a passé 18h dans sa voiture (1ère info) pour investir l'exigu mobilhome loué en bord de mer (800 euros la semaine, 2e et dernière info du sujet). Papa se met à l'eau et la fillette jette un caillou dans l'eau. Autre sujet de cette édition : les clients qui volent dans les hôtels... Il faudra songer à ouvrir sur ce blog une rubrique spécifique : "Les nouvelles qui n'en sont pas".

Pourquoi faut-il que l'été, la plupart des médias s'ingénient à prouver qu'ils sont parfaitement dispensables ? Bien sûr, on ne veut pas gâcher l'ambiance estivale avec le malheur des autres, surtout les très éloignés. On ne dira rien des Tamouls toujours retenus dans des camps. On ne se soucie pas encore de l'Ethiopie où la pluie ne tombe pas depuis deux mois alors qu'elle devrait s'abattre à verse, remplir les barrages et garantir les futures récoltes. On verra à la rentrée, pour un éventuel "band aid", quand les rock stars auront fini de se remplir les poches sur les scènes des festivals...

Même quand le sang coule, il n'y a pas toujours la place ou le temps d'antenne pour en faire état. Prenez ce dernier week-end : un centre pour homosexuels est canardé à Tel-Aviv (2 morts, 15 blessés), les médias unanimes s'émeuvent. Au même moment au Pakistan, 7 chrétiens sont brûlés vifs dans leurs maisons par leurs voisins villageois qui les accusaient d'avoir profané le Coran. Rien dans la plupart des médias (sauf "Le Monde"). Pauvres gens : z'auraient mieux fait d'aller au bord de la mer lancer des cailloux. Dans l'eau donc, pas sur leurs voisins.