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Se réapproprier l'image

L'illustrateur John Howe (photo) plaide pour une meilleure prise en compte du dessin à l'école, afin de mieux identifier les intentions qui se trouvent derrière les images. Nous publions son plaidoyer *

"Tous les enfants dessinent. A l’âge adulte, seul un faible pourcentage est encore à l’aiseavec la mise en images d’idées ou l’interprétation du monde par le dessin.

L’apprentissage de la lecture, et plus encore de l’écriture, compromet chez la plupart des élèves la faculté de s’exprimer par le dessin. Les schémas développés au niveau de l’oeil (la vision « en tunnel » nécessaire à l’écriture), et au niveau du cerveau (sa partie« pensante ») se font au détriment de la vision globale et périphérique et de l’intuition.Une confusion s’installe dans la main même de l’élève, qui prend l’instrument de dessin pour un outil d’écriture, utilisant par défaut une posture manuelle adaptée à la formation de signes lisibles. Pas étonnant que tant d’adultes ne sachent plus dessiner !

Les élèves pourraient-ils désapprendre les mauvais reflexes consciencieusement acquis au fil des années ? Apprendre à dessiner, pour apprendre à regarder les choses (JohnRuskin, le grand défenseur des préraphaélites, voulait apprendre à dessiner aux ouvriers de la révolution industrielle, non pas pour que les parcs et promenades de Londres seremplissent d’un prolétariat muni de carnets de croquis et maniant le fusain, mais pour que les gens sachent voir ce qui les entoure). Dessiner une chose que l’on regarde ou une chose imaginaire, est un moment de rare communion ; peu importe le résultat. Au contraire de la musique ou d’autres formes de création plus fortement axées sur la performance, le dessin, même médiocre, n’écorche ni les oreilles ni les yeux !

L’enseignement de l’histoire de l’image, des ses us (et abus) et de sa compréhension est indispensable pour dénicher l’intention derrière une image, pour la placer dans son contexte, pour la traiter avec un esprit critique et averti. Dans un monde prétendument envahi par l’image, nous sommes de moins en moins bien outillés pour en profiter et éviter ses pièges.

Sortons les cours d’art du registre « pas sérieux » et conférons-leur un statut de discipline essentielle, cela contribuera largement à l’équilibre des adultes en devenir."

John Howe, illustrateur

* Ce texte a paru dans l'ouvrage "40 idées pour l'éducation de demain", publié à l'occasion des 40 ans de l'Institut de recherche et de documentation pédagogique (IRDP)


"HOME" : Rendez-vous avec la planète

Quelle posture adopter face au film de Yann Arthus-Bertrand, arme de persuasion massive diffusée sur tous les écrans depuis le 5 juin ? Il faut bien avouer qu’elles sont multiples.

Le contemplatif admiratif (ou vaguement dépassé) : Se laisser aller à la fascination des vues aériennes. Admirer les architectures minérales, végétales ou humaines. S’étonner de leurs méandres et de leurs couleurs. Prendre de la hauteur par rapport aux hommes et aux bêtes. Pour qui adopte ce réflexe, c’est prendre le risque de passer complètement à côté du commentaire d’accompagnement. Ou un choix délibéré : mettre à distance le propos, pour s’abandonner à la contemplation rêveuse de la planète.

Le photographe jaloux : Quiconque a jamais tenu un appareil photo peut manger son chapeau à plusieurs reprises devant les moyens offerts à Yann Arthus Bertrand pour disposer d’une VUE IMPRENABLE. Le bougre en fait souvent bon usage. Il sait isoler des îlots de vie dans l’immensité désolée. Traquer les individus sur des sentiers insolites. Ou nous faire prendre la mesure du jardinage industriel de la planète. Saisissant ! 

Le cinéphile frustré : « Home » appartient davantage à l’univers de la photographie légendée qu’à celui du cinéma. Ce qui se déroule devant nos yeux ne se construit pas grâce au regard du spectateur. C’est davantage une exhibition de pièces à conviction et une exhortation à tenir un comportement précis, sur le mode : « La planète est sublime, les agressions multiples, prenez vos responsabilités ! » Beaucoup de cinéphiles ont très envie de (re)voir "Koyaanisqatsi" avec la musique de Philip Glass.

L’écologiste attendri dira : « Enfin un cri d’alarme grand public qui rappelle qu’il est moins cinq ! » 

L’écologiste outré grognera : « Ah ces nantis qui peuvent se permettre de compenser les émanations carbone de tous ces vols en hélicoptère ! »

Le sceptique : Face au matraquage des statistiques, le spectateur de bonne foi est en droit de s’interroger : qui a calculé ces proportions alarmantes ? D'où viennent les sources scientifiques ? Sont-elles contestées ? Pour y voir plus clair, ce spectateur-là ira peut-être piocher dans les données du site www.goodplanet.fr ou sur notre fiche pédagogique e-media.

L’allergique complet lancera : « C’est à quelle heure, le Grand prix sur TF1 ? »