Susan Boyle, Pedro Almodovar, le FC Barcelone : gagnants et perdants
C’est une tendance venue de la culture américaine. Une tendance désormais adoptée et amplifiée par la plupart de nos médias francophones : la division de l’humanité entre les gagnants et les perdants. Et ça s’accélère.
Susan Boyle sur le plateau de "Britain's Got Talent" : un monument de faux direct savamment préparé. Observez les plans de coupe sur le public et les jurés à chacune de ses réponses.
Ah, Susan Boyle ! Canonisons-la sur le champ : Notre-Dame du buzz ! Sainte patronne des nouveaux médias ! Pendant plusieurs semaines, les « tradis » ont tous dû s’agenouiller devant elle. Vaincus par ses zillions de « hits » sur le Net. Jour après jour, ils ont cédé : il leur a fallu parler de l’Ecossaise, révélée dans l’émission « Britain’s Got Talent ». En trouvant des angles originaux (un enfer : tout avait déjà été dit dès le lendemain de sa chanson). A quelques pas des marches du Palais des festivals, à Cannes, une affiche du « Nouvel Observateur » lançait cette amusante trouvaille : « Faut-il être beau pour réussir ? » Les stars locales de la chirurgie plastique en pouffent encore…
Susan Boyle n’a pas remporté la finale de « Britain’s Got Talent ». Elle a été hospitalisée pour épuisement psychique (on le serait à moins). Dur réveil pour les médias surpris par l’échec de leur créature catapultée au sommet de la notoriété. Les yeux rivés sur une calculette très virtuelle, ils lui prédisent un avenir radieux : Hollywood et les éditeurs lui ont promis des ponts d’or pour ses mémoires. Mouais… Combien de temps encore confondra-t-on notoriété et succès ? Compte en banque et épanouissement ? Qui se souciera de la petite Ecossaise dans 9 mois ? Autant brûler tout de suite un cierge à Sainte Rita, patronne des causes perdues…Susan Boyle a accompli toutes les prédictions de Guy Debord (« La Société du spectacle ») et d’Andy Warhol (le quart d’heure de gloire). Elle est l’Icône médiatique ultime. Un jour au top, sa vie en pelote : le genre de trajectoire que les médias adoooorent ! Susan est la femme de l’année, un avatar pour tous les not-beautiful-people et tous les cocus de la vie. Une créature virtuelle : qui se soucie réellement de ce qu’elle ressent dans ce jeu qui la dépasse et la détruira peut-être ?
Pour son dernier film, « Etreintes brisées », Pedro Almodovar (photo) a imité le FC Barcelone en finale de la Ligue des champions: niveau technique impressionnant, sens de la construction au-dessus de la moyenne, une-deux innombrables avec les plus grands artistes convoqués (Sirk, Cukor, Hitchcock…), star au sommet de ses moyens (Cruz vaut bien Messi). Résultat contrasté : Barcelone a gagné, Almodovar n’a pas remporté la Palme. Sans moins bien jouer. Sans que Barcelone ait suscité davantage d’émotion. La différence avec Susan Boyle ? Pedro l'artiste s’en remettra.
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03 Juin 2009 à 14:03 dans
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