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Michael Jackson, l'image qui tue

Michael Jackson quitte la scène de la vie, à 50 ans. Combien de fois déjà était-il mort, victime de son besoin maladif de recourir à la chirurgie esthétique ? Ses multiples métamorphoses sont à découvrir sur ce site, qui s'arrête à 2004, après avoir fait le décompte minutieux des altérations subies. Un éprouvant mais nécessaire parcours, pour méditer sur ce temps qui juge que l'image conditionne tout.

          

Dans "Les Inrockuptibles", Francis Dordor avait analysé le phénomène, au moment où la photo méconnaissable du chanteur avait été tirée par la police, avant le procès intenté à MJ pour pédophilie: "La plus convenue des hypothèses psychiatriques étant que cette maltraitance faciale, que s’inflige Michael Jackson depuis maintenant une trentaine d’années, renvoie à celle que lui fit subir ce père tyrannique dans sa jeunesse.

En comparant la photo du prévenu à celles de ses débuts d’artiste, on mesure en effet le zèle employé à effacer toute ressemblance avec ce père, si dénué de tendresse envers lui-même, comme envers ses enfants, qu’il leur interdisait de l’appeler “papa”. Face à cette photo, on en viendrait presque à croire que Michael a retourné la lame du parricide contre lui-même."


Mieux signaler la violence des programmes sur la TSR

Le Conseil du public de la Radio-Télévision Suisse Romande demande à la Télévision Suisse Romande (TSR) de mettre en oeuvre, le plus rapidement possible, un nouveau système de signalisation des scènes de violence ou autres séquences susceptibles de heurter certaines sensibilités. Le logo rouge aujourd’hui utilisé par la TSR devrait être remplacé par une signalétique basée sur les classes d’âge des téléspectateurs, sous forme d’incrustation à l’écran. Cette nouvelle signalétique serait en mesure d’apporter des informations utiles au public, en particulier aux parents. Cette revendication a filtré dans un communiqué de presse diffusé mardi 23 juin. (*)

"Fuori dalle corde", de Fulvio Bernasconi. Pas pour tous les publics...

Selon le Conseil du public RTSR, le logo rouge actuellement utilisé par la TSR ne permet pas de bien identifier le degré de violence physique ou psychique que peuvent contenir certains programmes. Il laisse de côté de nombreux films et séries télévisées et ne constitue donc pas une solution adéquate pour informer les spectateurs. Le Conseil du public demande donc à la TSR de mettre en place une nouvelle signalétique, selon un système similaire à celui des chaînes françaises et basée sur les classes d’âge. Cette signalétique devrait faire référence à quatre niveaux d’âge, à savoir –10 ans, -12 ans, -16 ans et -18 ans et trouver sa concrétisation à l’écran sous forme d’incrustation.

Elle permettrait ainsi d’identifier plus clairement les émissions pouvant poser des problèmes à certains téléspectateurs, notamment les jeunes, et d’aider les parents ou autres adultes à mieux choisir les émissions adaptées à leurs voeux.

Le Conseil demande également que tous les programmes — en particulier les films, les téléfilms, les séries et les dessins animés — soient désormais intégralement visionnés par la TSR avant leur diffusion. Cette mesure devrait permettre une meilleure prise en compte par cette dernière de la nature des programmes diffusés et un classement adéquat des différents programmes par classe d’âge. Les moyens nécessaires en personnel et financiers devront être mis à disposition du média concerné pour l’accomplissement de cette tâche. Enfin, il est demandé à la TSR de diffuser régulièrement des messages d’information pour faire connaître lanouvelle signalétique et sensibiliser le public romand à cette question.

Pour rappel, le Conseil du public est l’organe consultatif institutionnel de la RTSR, chargé de représenter les auditeurs et téléspectateurs auprès de la RSR et de la TSR. Il a pour tâche l’analyse critique des émissions diffusées sur les ondes romandes et fait part de ses remarques et suggestions aux professionnels des deux médias.

(*) Le rapport du Conseil du public RTSR La signalétique de la violence à la TSR est disponible sur le lien internet suivant : http://www.rtsr.ch/rtsr/upload/File/CP_Rapportfinal_Signaletique_18fevrier08.pdf


Le cirque médiatique décortiqué

"Moi, j'ai pas fait d'études, mais je connais les ingrédients d'une bonne histoire, parce qu'avant d'écrire des articles, j'en ai vendus au coin d'une rue. Et vous savez quelle est la première chose que j'ai découverte ? C'est les mauvaises nouvelles qui font le plus vendre. Parce qu'une bonne nouvelle, ce n'est pas une nouvelle du tout", déclarait le cinéaste Billy Wilder à propos de son film "Le Gouffre aux chimères". Tourné en 1951, ce chef-d'oeuvre est diffusé mardi 23 juin à 20h45, sur TCM, en version originale. A voir et à enregistrer absolument !

Comme charge contre le "cirque médiatique", on a rarement vu aussi fort. Pas étonnant que le titre original soit "The Big Carnival" (ou encore "Ace in the Hole"). Pour relancer sa carrière, le cynique journaliste Charles Tatum (Kirk Douglas) a besoin de réaliser un scoop sensationnel. Quand un ouvrier se retrouve coincé dans une mine du Nouveau-Mexique, Tatum pense l'avoir trouvé. Avec la complicité du shériff et de la femme de la victime, il retarde la libération du mineur et fait du pauvre homme une affaire journalistique.

"Le Gouffre aux chimères" était l'un des fleurons de la rétrospective "Newsfront - Cinéma et journalisme" au Festival de Locarno 2004. En le voyant, on est frappé par son actualité absolue et sa lucidité. Wilder montre à quel point il n'y a pas une actualité qui s'impose d'elle-même. Les faits rapportés par les médias sont plutôt le résultat d'une conjonction d'intérêts : ce que l'émetteur a envie de pousser en avant pour se mettre en valeur ; ce que le pouvoir a intérêt à favoriser pour assurer son maintien ; ce que le public a envie d'entendre...

"C'est l'un de mes films les plus sombres. Les gens ne croyaient pas que les journalistes étaient capables de se conduire de cette manière", relevait encore Wilder *. Si le film garde sa puissance dévastatrice, c'est que personne n'est épargné. Et que le public en prend aussi pour son grade. "Le sort d'un homme seul passionne davantage que celui de 80 individus ou de millions de personnes", entend-on ainsi dans ce film qui combine à merveille noirceur du propos et glamour.

* Source : "Print the Legend - Cinéma et journalisme", ouvrage collectif dirigé par Giorgio Gosetti avec Jean-Michel Frodon (Editions du Festival de Locarno avec les Cahiers du Cinéma)


Une agence fragilisée

"Le Monde" nous l'apprend : le grand quotidien régional "La Provence", édité par le groupe Hersant, va résilier son abonnement à l'Agence France Presse (AFP) à partir du 1er juillet.

Les motifs ? D'après un journaliste du quotidien basé à Marseille, le PDG a expliqué que "La Provence" n'utilisait qu'une vingtaine de dépêches AFP par jour, pour un coût annuel de 550.000 euros.

Sortons notre calculette : 550.000 euros, au cours actuel, représentent 825.000 francs suisses. Par mois, l'abonnement revient à 68.750 francs. En juin, "La Provence" sort au moins 23 éditions. Dès lors, les 20 dépêches quotidiennes coûtent au journal environ 3000 francs. Cela ne paraît pas excessif, d'autant que le journal doit bien avoir aussi un site internet à garnir...

Combien de journalistes faudrait-il à "La Provence" pour produire autant d'articles ? Au moins dix. Le coût serait très comparable à la facture de l'AFP. Et ces malheureux ne pourraient couvrir l'ensemble du monde, comme le fait l'AFP grâce à son réseau étendu (donc coûteux) de correspondants !

"La Provence" dit chercher à négocier au cas par cas des reprises  d'articles de sites d'information. Ce quotidien fait certainement pression sur l'agence pour qu'elle revoie ses tarifs à la baisse. Mais si d'autres titres lui emboîtent le pas, c'est tout le système économique des agences traditionnelles qui serait bouleversé. Le désistement du quotidien basé à Marseille fait perdre à l'AFP de quoi financer huit postes !


"Ne pas juger", hypocrisie à la mode

"Il ne m'appartient pas de juger", déclare Nicolas Sarkozy en évoquant les élections iraniennes. "Je ne juge pas", soutient un artiste qui expose un portrait glaçant de Benoît XVI (ci-dessous). Les médias bruissent quotidiennement de cette rhétorique hypocrite.

C'est un discours que nous avons souvent entendu dans la bouche des cinéastes : "Je ne juge pas mes personnages". Comme si la représentation du monde et de la nature humaine pouvait être neutre! Quelle caméra est-elle incapable de juger ? La caméra de surveillance, peut-être... Toute autre position implique forcément un point de vue, une mise en valeur. Parmi les artistes, l'expression : "Je ne juge pas" signifie le plus souvent qu'on s'est arrogé le droit de montrer des personnages détestables faire des choses désagréables. C'est une précaution oratoire pour se distancer des paroles rapportées et des comportements représentés. Chacun a droit à l'existence, même les salauds. L'espace démocratique du champ audiovisuel serait bien fade s'il ne leur réservait pas une large place. Et comme l'a écrit le romancier Milan Kundera, la vocation de l'art est aussi de proposer, le temps de la découverte d'une oeuvre, une "suspension du jugement moral".

Ursula Priess n'a rien d'une artiste, mais elle est la fille du grand écrivain Max Frisch. Elle vient de rédiger un livre sur ce père qui a déserté le foyer familial alors qu'elle avait onze ans. Ursula Priess, rapporte "Le Temps", insiste : "Je n'ai pas voulu juger, surtout pas, ni exprimer une colère. Juste me souvenir, avec la part de flou que cela suppose".

Ursula Priess fait comme la plupart de ceux à qui l'on tend un micro dans l'espace médiatique. Tous ces grands magnanimes qui ponctuent leurs propos de : "Je ne juge pas". Curieuse formule, alors que c'est justement ce qui est sollicité de leur part : des avis, des opinions, des jugements de valeur !

Comment interpréter cette épidémie de non-jugement ?

Une convention forte de notre époque semble liée au relativisme. "Mes valeurs valent bien les tiennes" (je n'y crois pas forcément, mais c'est l'apparence que je veux donner), elles peuvent cohabiter (du moins dans un système démocratique et pluraliste). Il est autorisé d'avoir des convictions, mais rares sont ceux qui se risquent à les afficher (pour survivre, pour ne pas effaroucher leur entourage familial ou professionnel). Il est certain que chacun d'entre nous se construit un système de valeurs, tout en refoulant la plupart du temps la notion de morale (associée à des conventions d'un autre temps).

"Je ne juge pas", c'est une autre manière de dire : "Je ne veux pas donner l'impression de condamner".

Le plus drôle (ou le plus agaçant), c'est que la formule est si souvent invoquée qu'elle devient totalement inopérante. Le langage non-verbal, les contradictions, les déclarations antérieures et les sous-entendus hurlent souvent ce que l'orateur tient vertueusement à retenir pour conforter son image politiquement correcte : l'expression de son jugement personnel.


Dieu est grand...et la liberté d'expression toute petite ?

Mahmoud Ahmadinejad est proclamé vainqueur de l'élection présidentielle en Iran. Que reste-t-il à faire pour les opposants et les artistes ?

Dans "Le Temps" du lundi 15 juin, le chercheur exilé Mehdi Khaladji signale le conseil donné par le candidat malheureux à l'élection :

"Moussavi demande à ses partisans de crier "Allah Akbar" (Dieu est grand) sur leur toit. C'était l'un des slogans de la révolution islamique de 1979. C'est une manière indirecte de s'en prendre au gouvernement".

Aïe !...

Si vraiment c'est tout ce qui reste comme expression de la colère et de la révolte, l'écart entre les zélateurs du régime et ses plus farouches opposants s'est réduit au niveau de l'infinitésimal. Liberté, j'écris ton nom sur un confetti!

Mais les opposants ont visiblement décidé d'aller au-delà, à en juger par les manifestations tenues à Téhéran lundi après-midi.

On comprend mieux que les plus grands cinéastes iraniens jettent l'éponge et prennent plus ou moins ouvertement le chemin de l'exil. En mai dernier à Cannes, Bahman Ghobadi annonçait son départ de l'Iran au moment de présenter son film "Les Chats persans" ("No One Knows About Persian Cats", photo ci-dessous).

Quant à Abbas Kiarostami, il a entamé le 8 juin le tournage de son premier long métrage hors d'Iran, en Toscane précisément. A nouveau produit par le Français Marin Karmitz, "Certified Copy" réunit Juliette Binoche et le baryton britannique William Shimell. Ce dernier joue le rôle d'un historien de l'art qui étudie les liens étroits entre les oeuvres et leurs copies. Il rencontre une galeriste française qui s'amuse à la présenter comme son mari. Ce qui commence comme un jeu devient périlleux : où tracer la limite entre réalité et fiction, entre l'original et la copie ?


Se réapproprier l'image

L'illustrateur John Howe (photo) plaide pour une meilleure prise en compte du dessin à l'école, afin de mieux identifier les intentions qui se trouvent derrière les images. Nous publions son plaidoyer *

"Tous les enfants dessinent. A l’âge adulte, seul un faible pourcentage est encore à l’aiseavec la mise en images d’idées ou l’interprétation du monde par le dessin.

L’apprentissage de la lecture, et plus encore de l’écriture, compromet chez la plupart des élèves la faculté de s’exprimer par le dessin. Les schémas développés au niveau de l’oeil (la vision « en tunnel » nécessaire à l’écriture), et au niveau du cerveau (sa partie« pensante ») se font au détriment de la vision globale et périphérique et de l’intuition.Une confusion s’installe dans la main même de l’élève, qui prend l’instrument de dessin pour un outil d’écriture, utilisant par défaut une posture manuelle adaptée à la formation de signes lisibles. Pas étonnant que tant d’adultes ne sachent plus dessiner !

Les élèves pourraient-ils désapprendre les mauvais reflexes consciencieusement acquis au fil des années ? Apprendre à dessiner, pour apprendre à regarder les choses (JohnRuskin, le grand défenseur des préraphaélites, voulait apprendre à dessiner aux ouvriers de la révolution industrielle, non pas pour que les parcs et promenades de Londres seremplissent d’un prolétariat muni de carnets de croquis et maniant le fusain, mais pour que les gens sachent voir ce qui les entoure). Dessiner une chose que l’on regarde ou une chose imaginaire, est un moment de rare communion ; peu importe le résultat. Au contraire de la musique ou d’autres formes de création plus fortement axées sur la performance, le dessin, même médiocre, n’écorche ni les oreilles ni les yeux !

L’enseignement de l’histoire de l’image, des ses us (et abus) et de sa compréhension est indispensable pour dénicher l’intention derrière une image, pour la placer dans son contexte, pour la traiter avec un esprit critique et averti. Dans un monde prétendument envahi par l’image, nous sommes de moins en moins bien outillés pour en profiter et éviter ses pièges.

Sortons les cours d’art du registre « pas sérieux » et conférons-leur un statut de discipline essentielle, cela contribuera largement à l’équilibre des adultes en devenir."

John Howe, illustrateur

* Ce texte a paru dans l'ouvrage "40 idées pour l'éducation de demain", publié à l'occasion des 40 ans de l'Institut de recherche et de documentation pédagogique (IRDP)


"HOME" : Rendez-vous avec la planète

Quelle posture adopter face au film de Yann Arthus-Bertrand, arme de persuasion massive diffusée sur tous les écrans depuis le 5 juin ? Il faut bien avouer qu’elles sont multiples.

Le contemplatif admiratif (ou vaguement dépassé) : Se laisser aller à la fascination des vues aériennes. Admirer les architectures minérales, végétales ou humaines. S’étonner de leurs méandres et de leurs couleurs. Prendre de la hauteur par rapport aux hommes et aux bêtes. Pour qui adopte ce réflexe, c’est prendre le risque de passer complètement à côté du commentaire d’accompagnement. Ou un choix délibéré : mettre à distance le propos, pour s’abandonner à la contemplation rêveuse de la planète.

Le photographe jaloux : Quiconque a jamais tenu un appareil photo peut manger son chapeau à plusieurs reprises devant les moyens offerts à Yann Arthus Bertrand pour disposer d’une VUE IMPRENABLE. Le bougre en fait souvent bon usage. Il sait isoler des îlots de vie dans l’immensité désolée. Traquer les individus sur des sentiers insolites. Ou nous faire prendre la mesure du jardinage industriel de la planète. Saisissant ! 

Le cinéphile frustré : « Home » appartient davantage à l’univers de la photographie légendée qu’à celui du cinéma. Ce qui se déroule devant nos yeux ne se construit pas grâce au regard du spectateur. C’est davantage une exhibition de pièces à conviction et une exhortation à tenir un comportement précis, sur le mode : « La planète est sublime, les agressions multiples, prenez vos responsabilités ! » Beaucoup de cinéphiles ont très envie de (re)voir "Koyaanisqatsi" avec la musique de Philip Glass.

L’écologiste attendri dira : « Enfin un cri d’alarme grand public qui rappelle qu’il est moins cinq ! » 

L’écologiste outré grognera : « Ah ces nantis qui peuvent se permettre de compenser les émanations carbone de tous ces vols en hélicoptère ! »

Le sceptique : Face au matraquage des statistiques, le spectateur de bonne foi est en droit de s’interroger : qui a calculé ces proportions alarmantes ? D'où viennent les sources scientifiques ? Sont-elles contestées ? Pour y voir plus clair, ce spectateur-là ira peut-être piocher dans les données du site www.goodplanet.fr ou sur notre fiche pédagogique e-media.

L’allergique complet lancera : « C’est à quelle heure, le Grand prix sur TF1 ? »


Susan Boyle, Pedro Almodovar, le FC Barcelone : gagnants et perdants

C’est une tendance venue de la culture américaine. Une tendance désormais adoptée et amplifiée par la plupart de nos médias francophones : la division de l’humanité entre les gagnants et les perdants. Et ça s’accélère.

Susan Boyle sur le plateau de "Britain's Got Talent" : un monument de faux direct savamment préparé. Observez les plans de coupe sur le public et les jurés à chacune de ses réponses.

Ah, Susan Boyle ! Canonisons-la sur le champ : Notre-Dame du buzz ! Sainte patronne des nouveaux médias ! Pendant plusieurs semaines, les « tradis » ont tous dû s’agenouiller devant elle. Vaincus par ses zillions de « hits » sur le Net. Jour après jour, ils ont cédé : il leur a fallu parler de l’Ecossaise, révélée dans l’émission « Britain’s Got Talent ». En trouvant des angles originaux (un enfer : tout avait déjà été dit dès le lendemain de sa chanson). A quelques pas des marches du Palais des festivals, à Cannes, une affiche du « Nouvel Observateur » lançait cette amusante trouvaille : « Faut-il être beau pour réussir ? » Les stars locales de la chirurgie plastique en pouffent encore…

Susan Boyle n’a pas remporté la finale de « Britain’s Got Talent ». Elle a été hospitalisée pour épuisement psychique (on le serait à moins). Dur réveil pour les médias surpris par l’échec de leur créature catapultée au sommet de la notoriété. Les yeux rivés sur une calculette très virtuelle, ils lui prédisent un avenir radieux : Hollywood et les éditeurs lui ont promis des ponts d’or pour ses mémoires. Mouais… Combien de temps encore confondra-t-on notoriété et succès ? Compte en banque et épanouissement ? Qui se souciera de la petite Ecossaise dans 9 mois ? Autant brûler tout de suite un cierge à Sainte Rita, patronne des causes perdues…

Susan Boyle a accompli toutes les prédictions de Guy Debord (« La Société du spectacle ») et d’Andy Warhol (le quart d’heure de gloire). Elle est l’Icône médiatique ultime. Un jour au top, sa vie en pelote : le genre de trajectoire que les médias adoooorent ! Susan est la femme de l’année, un avatar pour tous les not-beautiful-people et tous les cocus de la vie. Une créature virtuelle : qui se soucie réellement de ce qu’elle ressent dans ce jeu qui la dépasse et la détruira peut-être ?

 

Pour son dernier film, « Etreintes brisées », Pedro Almodovar (photo) a imité le FC Barcelone en finale de la Ligue des champions: niveau technique impressionnant, sens de la construction au-dessus de la moyenne, une-deux innombrables avec les plus grands artistes convoqués (Sirk, Cukor, Hitchcock…), star au sommet de ses moyens (Cruz vaut bien Messi). Résultat contrasté : Barcelone a gagné, Almodovar n’a pas remporté la Palme. Sans moins bien jouer. Sans que Barcelone ait suscité davantage d’émotion. La différence avec Susan Boyle ? Pedro l'artiste s’en remettra.