Stress fait son casse

Nos gares arborent ces jours des affiches géantes. Elles annoncent la sortie du nouvel album du rappeur suisse d'origine estonienne Stress : "Des rois, des pions et des fous".
Par ses motifs et l'exposition maximale qu'elle s'offre, cette image est très intéressante à analyser.
Dans le prolongement du rock, certains courants musicaux sont assimilés à une contre-culture, à une voix discordante ou contestataire face aux discours dominants. La créativité se nicherait plus volontiers sur la scène hip-hop, dans cette marge soustraite aux lois du commerce, aux concessions du "mainstream", à la langue de bois de la pensée dominante.
Le visuel de l'album de Stress fait voler en éclats cette vision romantique.
En s'achetant des espaces publicitaires aussi généreux, la maison de disques du rappeur bascule dans la communication institutionnelle, réservée aux acteurs majeurs de l'économie. Il s'agit de frapper fort et de vendre un maximum de disques en un minimum de temps, avant que circulent sur Internet les fichiers illégaux proposés aux pirates.
Le motif visuel choisi est celui du fric-frac : trois malfrats masqués quittent un temple de la finance en emportant des liasses de billets de cent francs. Cette image résonne parfaitement dans l'air du temps. Elle renvoie à Madoff et à Jérôme Kerviel, à Marcel Ospel et à tous les administrateurs éclipsés avec leurs juteux bonus, alors que s'enfoncent les ex-stars de la bourse. Les costumes et les cravates accentuent le contraste entre le sérieux des apparences et la vulgarité des intentions. Le noir et le blanc renvoie au jeu d'échecs, évoqué par le titre de l'album ("Des rois, des pions et des fous"). Chacun mettra des noms sur ces épithètes, suivant les aléas récents de l'économie. Le chanteur est représenté au centre, c'est le seul qui a tombé le masque. Il assume à visage découvert. Il est sorti de la marge, car cette image dit ce que tout le monde dit en ce moment ("les salauds s'en mettent plein les poches et nous on trinque!"). Aucun décalage avec le mainstream. Stress participe au casse comme les autres. Comme s'il n'y avait qu'une seule loi qui vaille : prends l'oseille et tire-toi !
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16 Avril 2009 à 12:08 dans
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