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Mediablog

Dix mille élèves ont vu "La Forteresse". Et lui, et lui et lui.

Nous lisons ce jeudi 2 avril sur le site de la TSR : "Le requérant irakien Fahad a été expulsé jeudi matin vers la Suède par un avion spécial. Son renvoi avait été repoussé deux fois: le 2 mars lorsque Fahad avait refusé d'embarquer sur un vol de ligne et jeudi passé, sur ordre d'Eveline Widmer-Schlumpf.

La procédure d'asile de Fahad, dont le sort a été médiatisé en raison de son rôle dans le documentaire "La Forteresse", du réalisateur Fernand Melgar, se poursuivra en Suède.

Ce pays étant le premier dans lequel l'Irakien a déposé une demande d'asile, il est seul compétent pour statuer sur le dossier de Fahad, selon l'accord de Dublin, indique jeudi le Département fédéral de justice et police dans un communiqué".
ats/mej

Fahad (photo) n'avait pas cherché les feux de la célébrité. Il n'a pas voulu occuper le devant de la scène médiatique. Quand on tient à refaire sa vie dans un nouveau pays, on cherche plutôt la discrétion. Fahad a seulement eu le courage de dire "oui" quand Fernand Melgar et son équipe ont sollicité l'autorisation de le filmer, dans le centre d'enregistrement de Vallorbe. Il a incarné l'un des multiples visages de l'attente, faisant bonne mine à mauvais jeu.

Le visage de Fahad, plus de 10.000 élèves et étudiants de Suisse romande l'ont découvert à l'occasion de projections scolaires de "La Forteresse". De Grône (VS) à La Chaux-de-Fonds, de Bienne à Genolier en passant par Genève, Yverdon et Fribourg. Dix mille spectateurs, qui ont souvent pu dialoguer avec le réalisateur Fernand Melgar, le dramaturge Claude Muret, la chercheuse Alice Sala, partenaires précieux de ce documentaire. Il est rare de mobiliser autant le milieu scolaire autour d'un film. Qui sait ? Aujourd'hui, en entendant l'annonce du renvoi de Fahad, les dix mille jeunes spectateurs qui ont partagé une heure trente de leur vie avec lui se sentiront un peu plus concernés par la dureté des choix effectués en démocratie. Par la rigueur des lois et des accords. Pas tous révoltés, mais sans doute tous un peu plus citoyens.

*** 

Samedi 4 avril. Fernand Melgar nous fait parvenir un article de "24 Heures", qui relate l'arrivée de Fahad en Suède :

Fahad K. se sent «perdu dans un puzzle»
TÉMOIGNAGE | Expulsé de Suisse jeudi, l’Irakien raconte ses premières heures en Suède.

De la Suisse, Fahad K. garde le goût amer du vol spécial sous escorte policière: «Dans l’avion, mon corps était sanglé, j’étais attaché à mon siège comme un criminel. Mais je ne suis pas en colère, je ne veux pas me voir comme une victime.» Le 2 mars dernier, lors d’une première tentative de renvoi dans un vol de ligne, l’Irakien s’était débattu jusqu’à ce que le pilote ordonne sa sortie de l’avion.

A Stockholm, où il a été renvoyé jeudi, le héros de La forteresse est redevenu un requérant d’asile anonyme. Fatigué, amaigri par plusieurs jours passés dans une cellule d’isolement d’une prison zurichoise, le jeune homme ressent la sale impression «de n’être le bienvenu nulle part». «Prisonnier ou réfugié? Je ne sais plus. Je suis fatigué d’être un requérant d’asile, de passer de centres d’hébergement en prisons, de montrer mes papiers, de raconter mon histoire en espérant qu’un pays veuille bien croire que je suis menacé en Irak», pays qu’il a fui en 2007.

Ses premières nuits en Suède, Fahad K. les passe dans un centre de transit de la banlieue de Stockholm. Une amie suisse est venue l’aider à trouver un logement, une chambre ou un studio. Car, sans adresse officielle, Fahad K. sera hébergé à plus de 1000 kilomètres au nord, dans un centre où il a déjà passé plusieurs mois avant son arrivée en Suisse.

Ensuite, il cherchera un avocat. Le jeune homme a 21 jours pour recourir contre la décision négative de la Suède, assortie d’un renvoi vers l’Irak, où sa vie serait menacée par des islamistes en raison de ses activités de traducteur pour l’armée américaine. «Je ne peux pas retourner là-bas. Mais je me sens aujourd’hui perdu dans le puzzle européen.»

Pour financer le logement et le conseil juridique de l’Irakien, un comité de soutien est en train de se former en Suisse, relayant l’immense vague d’indignation de plus de 6000 personnes qui ont signé une pétition en sa faveur. «J’aimerais leur dire un immense merci. Ils aimeraient tellement que leur souhait devienne réalité.»  

©24Heures | Martine Clerc


Le Temps...de remettre les pendules à l'heure

"Savez-vous ce que rapporte une fausse Une en termes de rentrées publicitaires ?", demande ce rédacteur en chef d'un quotidien romand.

"Euh...25.000 francs ?"

"Dans ces eaux-là en effet. Et en UNE SEULE FOIS !"

Une journaliste de la TSR défend la mise en page du "Temps" : elle juge que la séparation souhaitée en publicité et contenu rédactionnel a été habilement maintenue dans cette édition du 1er avril (voir plus bas).

Nous avons peut-être de quoi tiquer devant ces "fausses Unes", mais la lecture du "Temps" de mercredi avait de quoi nous rassurer. La rubrique "cinéma", pour ne prendre qu'elle, ne trahissait pas le moindre signe de reddition aux diktats du marché : les critiques maison réservaient le meilleur espace à Agnès Varda et Eric Khoo pour défendre deux films fragiles ("Les plages d'Agnès" et "My Magic") au détriment de "Monsters vs Aliens" et même du "Liseur".