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Mediablog

Chasse aux sorcières

"Zurich-New York. Les patrons d'UBS voyagent en première classe !"

L'affichette du "Matin" du jour tente de rallumer l'indignation publique.

On se pose la question : quelle sera la prochaine affichette ?

"Les patrons d'UBS n'achètent pas de produits M-budget !" ?


Les films de Cannes sur le web

Le Festival de Cannes proposera sur son site internet une nouvelle prestation : grâce à l'accroissement de la bande passante, les cinq premières minutes des films sélectionnés au festival pourront être visionnées, au moment de leur sortie en salles. Cette offre s'étendra à tous les films présentés en sélection officielle qui le souhaiteront. L'idée est de présenter au public (jeune surtout) les cinq premières minutes, "en lieu et place de la sempiternelle bande-annonce qui finit par éteindre le désir". Le festival considère qu'il apporte ainsi sa petite pierre au soutien des créateurs indépendants, estimant que les grands créateurs "sont à leur meilleur dans la première et dans la dernière bobine".

Pedro Almodovar dirige Penelope Cruz dans "Les Etreintes brisées". Bientôt en compétition à Cannes et bientôt en extrait exclusif sur le site du festival ?


Sri Lanka, notre défaite

Elle s'appelle Prema.

Dans sa ville, elle s'investit à fond pour que ses compatriotes tamouls s'intègrent à la société suisse. Mais elle aimerait aussi que les Suisses s'intéressent un peu aux Tamouls en lutte pour leur survie matérielle et culturelle. 

Depuis le début de l'année, Prema a averti tous ses amis : une tragédie se préparait au Sri Lanka. Elle a envoyé des mails. D'abord un par semaine, puis un par jour. Aujourd'hui, c'est six par jour.

Prema a interpellé des personnalités politiques, des médias, des journalistes en Suisse. Rien n'y a fait. Pas même la mort par immolation d'un étudiant tamoul sur la place des Nations à Genève. Pas même la grève de la faim de Krishna A. Ni les pétitions au président Obama ou à Micheline Calmy-Rey.

Aujourd'hui, l'armée sri lankaise lance l'assaut final au nord de l'île. Des populations civiles hagardes sont déplacées sans garantie de retour. Les victimes se comptent par milliers. C'est une défaite accablante pour les médias, qui n'ont pas su mobiliser la communauté internationale. C'est une défaite pour les démocraties occidentales, engluées dans leur indifférence, incapables de proposer un plan de paix qui tienne la route. Et pourtant, depuis le début de l'année, combien de sujets futiles n'ont-ils pas occupé nos journaux et l'espace médiatique en général ? Honte à nous, qui avons absorbé complaisamment ces fariboles !

Christian Georges

Il faut aussi citer l'article éloquent du "Temps" du 22 avril.


Stress fait son casse

Nos gares arborent ces jours des affiches géantes. Elles annoncent la sortie du nouvel album du rappeur suisse d'origine estonienne Stress : "Des rois, des pions et des fous".

Par ses motifs et l'exposition maximale qu'elle s'offre, cette image est très intéressante à analyser.

Dans le prolongement du rock, certains courants musicaux sont assimilés à une contre-culture, à une voix discordante ou contestataire face aux discours dominants. La créativité se nicherait plus volontiers sur la scène hip-hop, dans cette marge soustraite aux lois du commerce, aux concessions du "mainstream", à la langue de bois de la pensée dominante.

Le visuel de l'album de Stress fait voler en éclats cette vision romantique.

En s'achetant des espaces publicitaires aussi généreux, la maison de disques du rappeur bascule dans la communication institutionnelle, réservée aux acteurs majeurs de l'économie. Il s'agit de frapper fort et de vendre un maximum de disques en un minimum de temps, avant que circulent sur Internet les fichiers illégaux proposés aux pirates.

Le motif visuel choisi est celui du fric-frac : trois malfrats masqués quittent un temple de la finance en emportant des liasses de billets de cent francs. Cette image résonne parfaitement dans l'air du temps. Elle renvoie à Madoff et à Jérôme Kerviel, à Marcel Ospel et à tous les administrateurs éclipsés avec leurs juteux bonus, alors que s'enfoncent les ex-stars de la bourse. Les costumes et les cravates accentuent le contraste entre le sérieux des apparences et la vulgarité des intentions. Le noir et le blanc renvoie au jeu d'échecs, évoqué par le titre de l'album ("Des rois, des pions et des fous"). Chacun mettra des noms sur ces épithètes, suivant les aléas récents de l'économie. Le chanteur est représenté au centre, c'est le seul qui a tombé le masque. Il assume à visage découvert. Il est sorti de la marge, car cette image dit ce que tout le monde dit en ce moment ("les salauds s'en mettent plein les poches et nous on trinque!"). Aucun décalage avec le mainstream. Stress participe au casse comme les autres. Comme s'il n'y avait qu'une seule loi qui vaille : prends l'oseille et tire-toi !


Merci Radio Chablais !

Encore un écho de la 6ème Semaine des médias à l'école : 

"Nous avons eu l'occasion d'aller visiter les locaux de Radio Chablais grâce à la semaine des médias, et nous avons beaucoup appris. L'accueil fut très sympathique, et nos élèves en sortent enchantés. Merci encore pour votre travail!", nous écrit Ariane Mudry, enseignante dans une classe d'observation à Sion.


Le cadavre des droits de l'homme trainé dans les rues d'Addis Abeba

Le saviez-vous ? La secrétaire d'Etat française aux droits de l'homme Rama Yade était en Ethiopie vendredi et samedi dernier. Alors, si vous trouvez que la presse traditionnelle est un peu fade en général, lisez plutôt ce que cette visite a inspiré au site Bellaciao.


Mise au point fumeuse

C'est une "expérience inédite" de lecture des images que l'émission "Mise au point" nous a proposée dimanche soir. Il s'agissait de démontrer que certains candidats à des fonctions politiques ont le "physique de l'emploi", caution scientifique à l'appui. Treize minutes de suspense télévisuel pour...ne rien prouver du tout au final ! A revoir ICI.

On allait voir ce qu'on allait voir. La chose avait déjà été "prouvée scientifiquement en France et aux Etats-Unis", (ça fait plus sérieux qu'au Tadjikistan et en Bolivie). Prouver quoi ? Que le visage des candidats à une élection détermine le choix des votants. Quelle révélation, mes agneaux ! Le reportage commençait plutôt bien, dans l'auditoire de HEC Lausanne. Spécialiste en comportement organisationnel, le professeur John Antonakis (photo ci-dessus) présentait deux photos à ses étudiants. Lequel avait remporté la mise lors d'une élection en France ? L'écrasante majorité des étudiants trouvait la solution, sans rien connaître des deux hommes. Frisson chez le spectateur. On nous rapportait que le modèle, présenté par le professeur Antonakis dans la revue "Science", marchait "sept fois sur dix". Même les enfants savaient distinguer au premier regard un gestionnaire compétent d'un loser crasse.

L'équipe de "Mise au point" a donc proposé au professeur Antonakis de prédire les résultats au Conseil d'Etat neuchâtelois. Défi relevé, avec l'aide d'une école privée genevoise. Cent bambins de 7 à 9 ans ont examiné les photos des 30 candidats à l'élection de dimanche 5 avril. Au moyen de colle-notes, ils ont défini les cinq qui leur paraissaient les mieux à même de faire "un bon capitaine de bateau".

Ils ont donc choisi : le radical Roland Debély et le socialiste Jean Studer (deux hommes dont l'effigie était déjà surmontée de la casquette de capitaine au moment où les bambins passaient devant les portraits). Ils ont ensuite retenu l'indépendant Jacques Pochon, le libéral-radical Frédéric Hainard et l'UDC Pierre-Alain Storrer.On ne peut pas dire que ce choix innocent sur la base des trombines ait brillé par son extra-lucidité : Roland Debély a fini septième de la course et dernier de sa liste, il devra quitter sa casquette de capitaine de la Santé neuchâteloise ; Jacques Pochon se consolera avec le choix des enfants, car il a fini 29ème sur 30 ; Pierre-Alain Storrer était content de son look lors des débats télévisés mais il a fini à la 12ème place. Seuls Jean Studer et Frédéric Hainard ont, en effet, de bonnes chances de figurer parmi les cinq élus.

Deux bonnes réponses sur cinq et trois plantages magistraux sur cinq, est-ce suffisant pour établir une "relation significative" entre le physique d'un-e candidat-e et sa compétence ? A notre sens, pas du tout. Honnête, le reportage relevait par exemple que Gisèle Ory (photo) a terminé à un brillant 2ème rang, alors qu'elle avait été classée 21ème par les enfants... Tiens ? Il y aurait des gens qui lisent les journaux et qui s'intéressent à la substance des propositions politiques ?

Invité sur le plateau à commenter les résultats, John Antonakis a dû reconnaître que les femmes "n'étaient pas très bien notées" dans ce genre de jugement au faciès. Il a insisté sur le fait que le sourire et la beauté étaient moins importants qu' "avoir l'air compétent". Il a dit qu'en Suisse, la force des institutions modérait la fameuse relation significative entre "impression physique" et choix des électeurs. Entendez : ici, on est moins Berluscons que les autres.

Il aurait été intéressant de mettre en évidence les traits physiques susceptibles d'attirer ou de rebuter les votants, les éléments qui faisaient qu'une photo laissait une impression favorable. Faute d'entrer vraiment dans la LECTURE des images ou de révéler d'inconscients critères de choix, l'amusant reportage de "Mise au point" avait seulement "l'air scientifique". Et pour conclure que "les gens sont très centrés sur l'apparence", pas besoin d'être vice-doyen de HEC !...

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John Antonakis nous a écrit suite à cet article pour défendre ses résultats (voir les "commentaires"). Il soutient qu'une relation significative existait entre les choix des enfants et les préférences exprimées par les électeurs neuchâtelois, si l'on prend la peine de considérer l'ensemble des 30 candidats, au lieu de se focaliser sur les cinq premiers. Par ailleurs, le professeur renvoie à un podcast de l'Université de Lausanne, dans lequel il expose les résultats de sa recherche.

John Antonakis défend l'idée que dès sa naissance, l'individu a une capacité innée à catégoriser les visages, jugés intuitivement attractifs ou pas. L'électeur modifierait très peu ses préférences en fonction des informations reçues sur les candidats. En témoigne l'élection à la présidence des Etats-Unis d'un George W. Bush, sans doute pas plébiscité pour son intelligence supérieure ou sa compétence... L'idée de choisir un "capitaine" vient de "La République" de Platon, qui s'insurgeait déjà à l'époque contre l'inclination des électeurs à choisir des visages engageants.

John Antonakis juge important de vacciner les électeurs dès leur plus jeune âge contre les impulsions intuitives : les enfants devraient être éduqués à mieux comprendre leur raisonnement et leur mécanisme décisionnel. Le professeur admet que le système suisse a du bon, avec l'élection indirecte du Conseil fédéral par le parlement. Cela permet aux électeurs de se focaliser davantage sur les enjeux défendus par les différents partis. Alors que le culte de l'image du "leader", à l'étranger, conduit parfois à de sévères déconvenues.


Semaine des médias : la chronologie des événements

Jessica Dorthe, du CO de la Glâne (FR) nous écrit :

"Grâce à cette semaine des medias, ma classe (1ère CO-Fribourg) a pu découvrir le monde fascinant du journalisme ! Nous avons condensé nos activités sur la  fin de la semaine: à partir de tous les journaux accumulés, par groupes de quatre élèves, ils ont parcouru les différents journaux (Matin, Liberté) reçus et proposé des thèmes que l’on pourrait “suivre” sur plusieurs jours.

Les thèmes retenus ont par exemple été: l’expo sur le Zizi sexuel, le procès de Fritzl, le meurtre de Lucie, les play-offs de Fribourg-Gottéron, ...
Les élèves ont ensuite épluchés tous les journaux à la recherche de tous les articles qui traitaient de leur thème. Ils les ont découpés, ont inscrit leur provenance et leur date, et les ont lus en détail. Je leur ai ensuite demandé de rétablir la chronologie des événements.

Certains groupes n’ont pas rencontré de difficultés à reconstituer l’ordre chronologique des faits (Zizi sexuel, meutre de Lucie), par contre, d’autres se sont rendus compte qu’il leur manquait des infos (Fritzl) et des ancrages temporels – mais ils pouvaient les déduire – et d’autres groupes ont été embêtés par le rythme soutenu des enchaînements des événements (play-offs), dont les ancrages sont souvent anaphoriques et tendent à embrouiller leurs jeunes esprits!

Tous ont apparemment pris beaucoup de plaisir à cette parenthèse dans le programme! Moi-même, j’ai trouvé très intéressant d’encadrer ces activités, de découvrir leur regard sur le journal et de les encourager à s’y intéresser davantage."


Dix mille élèves ont vu "La Forteresse". Et lui, et lui et lui.

Nous lisons ce jeudi 2 avril sur le site de la TSR : "Le requérant irakien Fahad a été expulsé jeudi matin vers la Suède par un avion spécial. Son renvoi avait été repoussé deux fois: le 2 mars lorsque Fahad avait refusé d'embarquer sur un vol de ligne et jeudi passé, sur ordre d'Eveline Widmer-Schlumpf.

La procédure d'asile de Fahad, dont le sort a été médiatisé en raison de son rôle dans le documentaire "La Forteresse", du réalisateur Fernand Melgar, se poursuivra en Suède.

Ce pays étant le premier dans lequel l'Irakien a déposé une demande d'asile, il est seul compétent pour statuer sur le dossier de Fahad, selon l'accord de Dublin, indique jeudi le Département fédéral de justice et police dans un communiqué".
ats/mej

Fahad (photo) n'avait pas cherché les feux de la célébrité. Il n'a pas voulu occuper le devant de la scène médiatique. Quand on tient à refaire sa vie dans un nouveau pays, on cherche plutôt la discrétion. Fahad a seulement eu le courage de dire "oui" quand Fernand Melgar et son équipe ont sollicité l'autorisation de le filmer, dans le centre d'enregistrement de Vallorbe. Il a incarné l'un des multiples visages de l'attente, faisant bonne mine à mauvais jeu.

Le visage de Fahad, plus de 10.000 élèves et étudiants de Suisse romande l'ont découvert à l'occasion de projections scolaires de "La Forteresse". De Grône (VS) à La Chaux-de-Fonds, de Bienne à Genolier en passant par Genève, Yverdon et Fribourg. Dix mille spectateurs, qui ont souvent pu dialoguer avec le réalisateur Fernand Melgar, le dramaturge Claude Muret, la chercheuse Alice Sala, partenaires précieux de ce documentaire. Il est rare de mobiliser autant le milieu scolaire autour d'un film. Qui sait ? Aujourd'hui, en entendant l'annonce du renvoi de Fahad, les dix mille jeunes spectateurs qui ont partagé une heure trente de leur vie avec lui se sentiront un peu plus concernés par la dureté des choix effectués en démocratie. Par la rigueur des lois et des accords. Pas tous révoltés, mais sans doute tous un peu plus citoyens.

*** 

Samedi 4 avril. Fernand Melgar nous fait parvenir un article de "24 Heures", qui relate l'arrivée de Fahad en Suède :

Fahad K. se sent «perdu dans un puzzle»
TÉMOIGNAGE | Expulsé de Suisse jeudi, l’Irakien raconte ses premières heures en Suède.

De la Suisse, Fahad K. garde le goût amer du vol spécial sous escorte policière: «Dans l’avion, mon corps était sanglé, j’étais attaché à mon siège comme un criminel. Mais je ne suis pas en colère, je ne veux pas me voir comme une victime.» Le 2 mars dernier, lors d’une première tentative de renvoi dans un vol de ligne, l’Irakien s’était débattu jusqu’à ce que le pilote ordonne sa sortie de l’avion.

A Stockholm, où il a été renvoyé jeudi, le héros de La forteresse est redevenu un requérant d’asile anonyme. Fatigué, amaigri par plusieurs jours passés dans une cellule d’isolement d’une prison zurichoise, le jeune homme ressent la sale impression «de n’être le bienvenu nulle part». «Prisonnier ou réfugié? Je ne sais plus. Je suis fatigué d’être un requérant d’asile, de passer de centres d’hébergement en prisons, de montrer mes papiers, de raconter mon histoire en espérant qu’un pays veuille bien croire que je suis menacé en Irak», pays qu’il a fui en 2007.

Ses premières nuits en Suède, Fahad K. les passe dans un centre de transit de la banlieue de Stockholm. Une amie suisse est venue l’aider à trouver un logement, une chambre ou un studio. Car, sans adresse officielle, Fahad K. sera hébergé à plus de 1000 kilomètres au nord, dans un centre où il a déjà passé plusieurs mois avant son arrivée en Suisse.

Ensuite, il cherchera un avocat. Le jeune homme a 21 jours pour recourir contre la décision négative de la Suède, assortie d’un renvoi vers l’Irak, où sa vie serait menacée par des islamistes en raison de ses activités de traducteur pour l’armée américaine. «Je ne peux pas retourner là-bas. Mais je me sens aujourd’hui perdu dans le puzzle européen.»

Pour financer le logement et le conseil juridique de l’Irakien, un comité de soutien est en train de se former en Suisse, relayant l’immense vague d’indignation de plus de 6000 personnes qui ont signé une pétition en sa faveur. «J’aimerais leur dire un immense merci. Ils aimeraient tellement que leur souhait devienne réalité.»  

©24Heures | Martine Clerc


Le Temps...de remettre les pendules à l'heure

"Savez-vous ce que rapporte une fausse Une en termes de rentrées publicitaires ?", demande ce rédacteur en chef d'un quotidien romand.

"Euh...25.000 francs ?"

"Dans ces eaux-là en effet. Et en UNE SEULE FOIS !"

Une journaliste de la TSR défend la mise en page du "Temps" : elle juge que la séparation souhaitée en publicité et contenu rédactionnel a été habilement maintenue dans cette édition du 1er avril (voir plus bas).

Nous avons peut-être de quoi tiquer devant ces "fausses Unes", mais la lecture du "Temps" de mercredi avait de quoi nous rassurer. La rubrique "cinéma", pour ne prendre qu'elle, ne trahissait pas le moindre signe de reddition aux diktats du marché : les critiques maison réservaient le meilleur espace à Agnès Varda et Eric Khoo pour défendre deux films fragiles ("Les plages d'Agnès" et "My Magic") au détriment de "Monsters vs Aliens" et même du "Liseur".