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Mediablog

Un fait, des infos

Surprenante, l'interprétation différenciée que donnent ce mercredi les quotidiens gratuits romands de leur avenir commun ! Extraits choisis :

"Bientôt plus qu'un seul journal gratuit", titre "20 Minutes", qui poursuit : ""20 Minutes" sera le seul quotidien gratuit romand. "Le Matin bleu" disparaîtra d'ici à fin 2009. Une vingtaine d'emplois sont menacés dans les deux titres, dont les rédactions doivent fusionner."

Beaucoup plus discret, "Le Matin bleu" préfère faire son titre principal sur une fusillade à la sortie d'une boîte genevoise. C'est en colonne de Une qu'il titre sobrement : "Les gratuits fusionnent". En page 2, le rédacteur en chef Tristan Cerf (photo) promet de répondre à toutes les questions que se posent les lecteurs. Il est bien placé pour le faire : c'est lui qui a été désigné pour piloter la formule du futur gratuit unique. Alors ? "Le Matin bleu" va-t-il disparaître ? (comme l'annonce "20 Minutes"). Cerf écrit : "Le Matin bleu" et "20 Minutes" vont fusionner. Aucun des deux ne va disparaître. Nous allons créer ensemble, avec le meilleur de chaque équipe et le meilleur de chaque formule, un nouveau produit de presse. Ce journal gratuit portera les deux noms sur sa couverture : "20 Minutes" et "Matin bleu".

 

 


Eros et Thanatos

C'est le coup de tonnerre dans la presse de Suisse romande. Tamedia prendra le contrôle total des activités suisses d'Edipresse d'ici 2013. "Le Matin bleu" et "20 Minutes" devraient fusionner dans les six mois, à condition que la Commission de la concurrence ne s'y oppose pas. Près de 20 emplois sur les 70 actuels vont disparaître. Tristan Cerf sera le rédacteur en chef du nouveau gratuit. Philippe Favre deviendra rédacteur en chef du web. Quel nom aura le nouveau gratuit ? "Les deux noms devraient subsister sous une forme à déterminer", lit-on sur le site du Matin. Finie la folle course aux tirages censés impressionner les annonceurs ! Le nouveau quotidien gratuit ambitionne de tirer à 210.000 exemplaires. Combien Edipresse a-t-il perdu dans l'aventure du "Matin bleu", qui n'a jamais atteint l'équilibre ?

Lundi dans l'émission "Médialogues", Vincent Soulier expliquait le succès de la presse féminine en opposition à la presse d'information. La première est plutôt Eros, c'est la presse du désir, et du plaisir. Elle séduit les annonceurs qui ont des choses à dire (et à vendre) à des lectrices qui sont "du côté de la vie". En face, la presse d'information est résolument Thanatos, avec son cortège de catastrophes et de deuils.

Quelle tonalité aura le nouveau quotidien gratuit proposé aux Romands par un groupe zurichois qui a cannibalisé le fleuron lémanique des éditeurs ? Plutôt Eros ou plutôt Thanatos ? Voilà deux titres appelés à vivre ensemble alors qu'ils ne se désiraient pas...


La télécratie

Enseignante à l'Ecole professionnelle commerciale de Lausanne, Michèle Péringer recommande un livre qui l'a interpellée. Nous en publions le résumé qu'elle nous a fait parvenir, avec son aimable autorisation :

 Bedroom TV, exemple de délocalisation de la télé sur le Net.

"Dans le cadre d’une semaine de sensibilisation aux médias à l’école, "La télécratie" retient l’attention. Le philosophe Bernard Stiegler préside l’association « Ars Industrialis » crée à Paris en 2005.(www.arsindustrialis.org). Son motif de constitution est le fait qu’à notre époque, la vie de l’esprit, selon les mots d’Hanna Arendt, a été entièrement soumise aux impératifs économiques, aux impératifs des industries culturelles.

Le ton est donné. Notre époque est menacée. L’école doit se reposer la question philosophique des anciens grecs du rôle de l’enseignement. L’institution de programme doit s’opposer à l’industrie de programme et  "apprendre à penser avec les ombres". Une autre association a vu le jour pour réenchanter l’école : www.skhole.fr.

Dans son livre, Bernard Stiegler entend livrer "la bataille de l’intelligence". Il invite à mettre un terme à l’entreprise de destruction de l’intelligence que constitue la tyrannie de l’audience. Il s'en prend à la chaîne Baby First, dont la dangerosité vient d’être reconnue. Les enfants exposés aux programmes de TV entre  un et trois ans risquent de souffrir d’un déficit attentionnel lorsqu’ils atteignent l’âge de sept ans. Les nouveaux médias sont pointés du doigt. S’ils offrent d’immenses possibilités, ils engendrent d’innombrables dangers.

La circulation des images, règne de la TV devient autre chose. TF1 l’a bien compris en créant sur Internet sa nouvelle chaîne WATCAST, sans mentionner qu’il s’agit d’une filiale. Un appel citoyen est lancé dans ce livre : «  Faire attention, pour une nouvelle politique éducative ». Ce que les parents et les éducateurs forment patiemment, les industries audiovisuelles le défont systématiquement. L'auteur met l’accent sur le fait que le degré zéro de la pensée conduit à un accablement collectif, à réagir de manière pulsionnelle au détriment de la compétence de sociation. Les industries de programme prennent le contrôle du social en monopolisant  la technologie relationnelle (information, communication).

Le désir est canalisé vers les marchandises au prix d’une diminution de la conscience dans le temps de cerveau qu’elle rend ainsi disponible sur le marché de l’audience.

La force des industries de programme est immense. Elle engendre une misère symbolique qui détruit « la philia ».

Prônant un nouveau modèle de civilisation, cet ouvrage affirme qu’un sursaut démocratique contre les abus de la télécratie est possible. Nous formons une opinion publique et ne sommes pas des « niches » dans des audiences !"