Une réussite ! Dans sa nouvelle formule et vécue de l’intérieur, la cérémonie de remise des prix du cinéma suisse a surpris en bien, samedi à Lucerne. Les Quartz 2009 ont consacré la vitalité des Latins, pas loin d’opérer une razzia complète sur les prix. Nous voyons au moins trois raisons pour un maintien de la formule :

Plus de classe – Dessiné par Jean Nouvel, le Palais de la culture et des congrès de Lucerne offre un écrin de choix à la cérémonie. La cité de Suisse centrale se profile aussi comme un lieu « neutre » dans la guéguerre éternelle que se livrent les différents clans du cinéma suisse (organiser la remise des prix à Zurich serait une véritable provocation ; la mettre sur pied à Berne soulignerait par trop le poids de la section cinéma de l’OFC ; la délocaliser en Suisse romande, comme le suggère « Le Temps », n’aurait rien d’impertinent). L’Orchestre symphonique de Lucerne au complet a apporté une touche de classe indéniable, en ponctuant la soirée d’extraits musicaux de films célèbres, notamment pour saluer chaque lauréat avant qu’il ne redescende du podium. En revanche, la première prestation de l’orchestre relevait du gag involontaire : tandis qu’il jouait le thème d’ « Il était une fois dans l’Ouest » (en allemand, le film s’appelle : « Spiel mir das Lied vom Tod »), un dia sur l’écran affichait : « Vive le cinéma suisse !»
Plus de respect pour les artistes – Offrir une vraie cérémonie aux lauréats, c’est leur témoigner un respect justifié après des années ingrates passées à porter et à réaliser des projets. Dérouler le tapis violet ne revient pas à gonfler la grenouille helvétique dans l’ambition naïve d’en faire un bœuf hollywoodien. C’est simplement reconnaître que certains films d’ici (on pense aux documentaires, mais aussi à « Home ») n’ont rien à envier en qualité à ceux qui viennent d’obtenir l’Oscar ou le César. Et comme chaque nomination vaut 15.000 francs à elle seule (dotation totale versée par la ville de Lucerne : 425.000 francs...), le respect se manifeste aussi en aide matérielle concrète pour lancer de nouveaux projets.
Plus de visibilité pour le cinéma suisse – Fortement médiatisé grâce à l’événement des Quartz, le triomphe de « Home » tombe à pic : le film vient de sortir dans les salles alémaniques. Il a bien démarré, « avec des scores comparables à ceux d’ « Entre les murs », assure le distributeur Félix Hächler (Filmcoopi). Nul doute que les prix motiveront un cercle plus large de spectateurs à le découvrir en salles. Sur les petits écrans, il faut saluer l’exposition que donnent les chaînes de la SSR au cinéma suisse à l’occasion de la remise des Quartz : proposer une « nuit du cinéma » sur plusieurs canaux permet de multiplier l’éventail des films proposés et de témoigner de la diversité des films produits ici. /chg
Le palmarès complet :
Meilleur film de fiction : « Home » d’Ursula Meier
Meilleur documentaire : « No More Smoke Signals » de Fanny Bräuning
Prix spécial du jury : « Giù le mani ! » de Danilo Catti
Meilleur interprète masculin : Dominique Jann, dans « Luftbusiness » de Dominique de Rivaz
Meilleure interprète féminine : Céline Bolomey, dans « Du bruit dans la tête », de Vincent Plüss
Meilleur scénario : « Home », d’Ursula Meier et Antoine Jaccoud
Meilleure musique de film : Marcel Vaid, pour « Zara »
Meilleur court-métrage : « Un dia y nada », de Lorenz Merz
Meilleur film d’animation : « Tôt ou tard » de Jadwiga Kowalska
Meilleur espoir d’interprétation : Kacey Mottet Klein, dans « Home »
Le jury a été présidé par le metteur en scène italo-suisse Silvio Soldini. Il était composé d’ Emmanuelle Antille (réalisatrice, Lausanne), Isabelle Favez (réalisatrice de films d’animation, Zurich), Pierre Favre (musicien, Zurich), Barbara Lorey de Lacharrière (journaliste et critique de cinéma, Paris), Anatole Taubman (acteur, Berlin) et Ruth Waldburger (productrice, Zurich).