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Cause toujours, ça intéresse les médias

« Nos salles de rédaction souffrent du même syndrome que les salles des maîtres : nous vivons beaucoup trop en circuit fermé ! » L’aveu a été lancé mardi par le journaliste de 24 Heures Jean-Marc Sandoz. Il s’exprimait à Genève lors des Assises du journalisme organisées par Impressum. Les mirages et les avantages du journalisme participatif ont donné lieu à un stimulant échange.

Un journaliste (Hubert Gay-Couttet) face à un expert : deux conceptions du temps qui ne se rencontrent pas ?

Le journalisme participatif ne marque-t-il pas une démission du journalisme ? Pour le directeur de l’information à la Radio Suisse Romande, ce n’est pas le cas : « Notre plateforme Wikiforum est destinée à réunir une expertise que l’équipe RSR n’a pas ». Problème : faire venir spontanément des experts pour qu’ils donnent des avis éclairants dans un espace dédié sur Intenet marche très moyennement pour l’instant. « Les experts ont horreur du vide. Ils préfèrent s’insérer dans un débat déjà existant », analyse Patrick Nussbaum.

 

Face aux manifestations actuelles du journalisme dit « participatif », la journaliste et écrivaine Silvia Ricci Lempen oppose un grand scepticisme : « La démocratie présuppose que chacun a un droit concret à influencer la marche de la société. L’espace participatif est trop souvent sous le signe du : « Cause toujours, tu m’intéresses ! » Il faudrait que les avis exprimés contribuent à construire la réalité. Pas seulement à remplir des cases vides. On donne aux gens l’illusion de participer aux débats en légitimant l’entrée dans l’espace public d’avis pas forcément intéressants. Combien de fois la contribution des lecteurs/auditeurs pénètre-t-elle assez loin pour obliger les journalistes à modifier la construction d’un sujet ? »

 

« En permanence ! » affirme Patrick Nussbaum, qui va même jusqu’à prétendre que 5 à 10% des sujets qui passent à l’antenne ont directement été inspirés par des apports d’auditeurs. Le représentant de la presse écrite est beaucoup plus circonspect : « Il faut une énergie incroyable pour aller chercher des blogueurs qui acceptent de rejoindre notre plateforme et maintenir la flamme, modérer ces blogs », observe Jean-Marc Sandoz de 24 Heures. Les inputs du lectorat qui débouchent sur des articles sont rarissimes. « Nos contributeurs n’arrivent pas à faire la différence entre ce qui est un sujet et ce qui n’en est pas un », déplore le journaliste.

 

Les gens du métier en sont conscients : c’est l’altération de la crédibilité des journalistes aux yeux du public qui crée le besoin de se tourner vers des citoyens experts. Aux Etats-Unis, le gourou du journalisme participatif Jay Rosen estime qu’un bon « gestionnaire de plateforme participative » est plus productif que s’il écrivait lui-même. Pour le consultant Stéphane Koch, il y a bel et bien dans la société une expertise à exploiter. Le métier de journaliste doit évoluer. Mais il faut que chaque intervenant soit bien identifiable (journaliste ou pas ?). Et le mélange des apports implique un plus grand effort pour garantir la transparence et la crédibilité des sources. Autre paramètre à prendre en considération : sur Internet, les sites d’information romands sont davantage consultés en fonction d’un bon référencement sur d’autres sites qu’en consultation directe !

 

Patrick Nussbaum reconnaît qu’il doit exister un contrôle sur les contenus générés par les citoyens. Il faut établir une différence entre les « self media » et les « mass media ». Mais à supposer que les experts en viennent à se déchaîner sur les plateformes mises sur pied, les gens de la RSR auraient-ils les compétences pour arbitrer leurs querelles ? Un intervenant a aussi risqué une remarque malicieuse : « Le temps de l’expert n’est pas le temps du journaliste ! Seule une minorité d’experts acceptera d’entrer dans la temporalité propre aux « gestionnaires de plateformes »… »