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Mediablog

Semaine des médias : vos échos

"Depuis votre action médiatique , j'utilise régulièrement le support journalistique écrit dans mes leçons. Si le langage adopté par les médias peut sembler compliqué, il a cependant l'avantage d'utiliser des expressions "modernes", plus faciles à utiliser couramment par les élèves non francophones. Je vous remercie de l'intéressante expérience que vous proposez chaque année", nous écrit la responsable d'une classe d'accueil dans le canton de Neuchâtel. Elle accueillera un journaliste de la TSR qui viendra présenter son métier aux élèves dans le cadre de la 6ème Semaine des médias à l'école.

Vous aussi, faites-nous part de ce qui se prépare dans vos classes à l'occasion de cet événement ! Ce blog a pour vocation dedonner des échos du terrain et de motiver vos collègues à nous rejoindre... Les inscriptions restent ouvertes sur ce lien jusqu'au 20 mars.

Depardieu sur un plateau

Quelle marge de manoeuvre laisse-t-on à un acteur sur le plateau du 20 heures ? Une marge infime, comme en témoigne le passage de Gérard Depardieu sur France 2 dimanche 22 février. La vidéo est à revoir ICI. Analyse des limites du genre.

Est-ce que Gérard Depardieu s'intéresse à l'actualité ? "Je la regarde, je ne la commente pas", lance d'emblée le comédien au présentateur Laurent Delahousse. Façon comme une autre de se centrer sur le cinéma et sur le film à défendre ce soir-là, "Bellamy" de Claude Chabrol.

Delahousse et Depardieu passeront près de neuf minutes ensemble. Neuf minutes! Une éternité pour le journal télévisé. Et pourtant le téléspectateur déchante au fil des secondes : les questions s'enchaînent sans que Depardieu puisse vraiment exprimer le fond de sa pensée. Il est allé voir "L'Etrange histoire de Benjamin Button". "Je préfère presque la nouvelle...", déclare l'acteur (en évoquant la nouvelle de Scott Fitzgerald dont est inspirée le film de David Fincher). Pourquoi ? On n'en saura rien. Depardieu vante les progrès du cinéma italien. En quoi se distinguerait-il ? Delahousse relance sur Mickey Rourke et Sean Penn. Echange typique dans lequel l'intervieweur ne se soucie pas le moins du monde des réponses. Tout en survol.

Soirée d'Oscars et nationalisme oblige, le présentateur du JT évoque Laurent Cantet, nommé dans la catégorie du meilleur film étranger pour "Entre les murs". Delahousse demande à Depardieu s'il a vu le film. Pour aussitôt lui couper la parole, en assénant une contre-vérité : "Un cinéma documentaire!" ("Entre les murs" est une fiction).

Toutes les relances paraissent précipitées ou convenues ("Gamblin, Cornillac, formidables...").Le film de Claude Chabrol, c'est forcément "du cinéma artisanal!" La conclusion est à l'avenant. Depardieu lance la piste la plus intéressante de l'entretien : "Aujourd'hui, on ne sait plus comment raconter une histoire", mais Delahousse n'est pas intéressé par ces questions de récit, de représentation et de mise en scène. Son fil rouge prévoit le lancement d'une photo des "Valseuses" et une question sur l'estime de soi.

Voilà comment une chaîne française défend un film français en 2009 : en donnant neuf minutes d'exposition au plus célèbre de ses acteurs, mais sans accorder la moindre considération aux idées qu'il exprime.


Semaine des médias : pas encore inscrits ?

Du 16 au 20 mars 2009, les classes de Suisse romande sont invitées à prendre part à la 6ème édition de la Semaine des médias à l'école. Thème de cette édition : "Un fait, des infos". Une trentaine d'activités calibrées pour les différentes tranches d'âge et deux concours sont mises sur pied. Le délai pour les inscriptions sur le site www.e-media.ch court jusqu'au 27 février 2009. Au 23 février, un pointage montre les résultats suivants :

NE : 99 classes inscrites

VD : 70 classes inscrites

VS : 35 classes inscrites

JU : 33 classes inscrites

FR : 30 classes inscrites

GE : 25 classes inscrites

BE francophone : 15 classes inscrites

...et 35 inscriptions diverses, qui portent le total à 342 classes annoncées.

Pensez à vous inscrire d'ici la fin de la semaine !


Une pub indécente

Pourquoi la malheureuse peau de mouton qui recouvre les coussinets de ce bijou technologique doit-elle provenir d'Ethiopie ?

Parce que dans les plans médias de la comm' (ici relayés sur le CHIC-CHOC-BLOG), on doit flatter le client. Lui montrer qu'il achète de l'exclusif, qu'il s'élève de la masse. Et le contraste exotique est d'autant plus grand si l'on compare avec un pays associé à des crève-la-faim.

Il se trouve que j'étais en Ethiopie le mois dernier. Les citadins vaquaient à leurs activités scotchés à des téléphones portables plus rutilants que le mien. C'était la fête. On a tué le mouton, puis un autre. Comme c'est de coutume, on est allés vendre les peaux dans la rue, à Addis Abeba. Les acheteurs locaux vous en donnent 2 francs pièce. Un prix qui vous donne un indice du foutage de gueule à l'oeuvre ci-devant.

Quant au petit berger qui crapahute derrière ses bêtes sur les étendues brûlantes ou dans les hauts plateaux verdoyants, il ne gagne pas en cinq ans le prix de ces écouteurs. Ce qui ne l'empêche pas d'avoir l'oreille fine. /CHG


Torture médiatique

Une jeune Brésilienne "torturée" par des skinheads dans une gare de la banlieue zurichoise. Des entailles partout (photo), avec même la signature "SVP"  (UDC, en allemand) sur ses cuisses. Une fausse couche... L'horreur! Mais si indignation il doit y avoir, c'est par rapport aux médias qui ont donné une telle publicité à cette affaire, avec une naïveté et une complaisance confondantes. Le précédent parisien de 2004 aurait dû les inciter à plus de prudence. Examen point par point des parallèles entre les deux affaires.

1) La victime : une jeune femme présente sa version des faits sans qu'il soit corroboré par le moindre témoin.

2) Le contexte géographique : l'"agression" parisienne s'était déroulée dans le RER, celle de la jeune Brésilienne dans une gare de la banlieue zurichoise. Hypothèse : si les médias et le public sont à ce point prêts à s'enflammer pour une telle histoire, c'est qu'elle accrédite l'idée que les transports publics sont devenus peu sûrs, laissés à la merci de voyous qui peuvent commettre les pires crimes en toute impunité. Une idée pas du tout partagée par les centaines de milliers de pendulaires qui empruntent chaque jour les rames. Mais il suffit de quelques faits divers sordides (et bien réels, eux) pour ancrer l'angoisse dans l'esprit du public. Et si de telles histoires paraissent, c'est qu'on veut donner de la chair au mythe.

3) Le contexte social : le fait divers parisien s'inscrivait dans un contexte très particulier de victimisation de la communauté juive. En Suisse, la campagne de l'UDC et de ses moutons noirs a durablement marqué les esprits à l'étranger, à voir l'empressement des médias brésiliens à ressortir les affiches et à monter l'affaire en épingle.

4) La maternité : Puissant carburant de l'indignation populaire : l'atteinte à la maternité. A Paris, la jeune femme aurait eu son landau "renversé". A Zurich, la jeune femme aurait fait une fausse couche et perdu ses jumelles.

5) Le curieux effet de signature : la jeune femme d'origine juive avait arboré une croix gammée peinte sur son ventre, la "victime" de Zurich le sigle de l'UDC (SVP). Imagine-t-on des nazillons suffisamment stupides pour donner à la police une piste aussi évidente ? Dans certaines salles de rédaction, oui.

6) L'oubli du conditionnel : "Une Brésilienne de 26 ans a été agressée au couteau dans une gare de la banlieue zurichoise lundi soir. La victime a fait une fausse-couche suite à l'agression." : ainsi commence la dépêche de Swissinfo jeudi 12 février. On ne peut pas dire qu'une telle formulation manifeste prudence et circonspection. Le lendemain Swissinfo faisait machine arrière.

7) L'indignation des politiciens : En France, Jacques Chirac et Dominique de Villepin s'étaient empressés de manifester leur indignation, bien avant de recevoir les conclusions des enquêteurs. Au Brésil, le ministre des affaires étrangères a réclamé des autorités suisses une enquête "complète et transparente". Les magistrats apprécieront cette entorse à la séparation des pouvoirs.

8) Le temps des victimes : Le besoin de se distinguer dans une société d'égaux pousse en avant des héros et des victimes. Les gens ont tellement peu d'occasions de se réjouir collectivement qu'ils tissent du lien en cas de malheur, au gré des victimes que leur présentent les médias. Telle est la thèse défendue dès 2007 dans le livre de l'avocat parisien Daniel Soulez Larivière.

Et la souffrance ? : Une affaire se dégonfle, soit. Les médias tourneront leurs regards ailleurs. Au suivant !? Il y a bien des chances que ce soit le cas dans le cycle infernal de l'info. Au point d'oublier que dans les deux affaires, s'il n'y a pas eu d'agresseurs, il y a bel et bien une souffrance immense qui s'exprime.

 

Passe de lutte

Les attachés de presse chargés de faire la promotion de certains films en Suisse romande nous appellent souvent à la CIIP en plein désarroi : "Comment organiser des séances scolaires ? Comment arriver à sensibiliser les enseignants ?" Nous leur répondons que l'affaire est complexe. Nombreux sont les films qui allient qualité artistique et intérêt pédagogique. En revanche, le temps et les budgets culturels des écoles sont limités. Nous ne pouvons faire que de l'incitation : par des recommandations ciblées, par des avant-premières, par la mise à disposition de fiches pédagogiques sur www.e-media.ch

Mais le corps enseignant reste-t-il à l'affût des titres à l'affiche les plus pointus ? On peut se le demander. Au vu des statistiques de notre site, on a plutôt l'impression que ce sont les titres mis en évidence par l'ensemble des médias qui retiennent son attention. Et encore... dans la perspective de la sortie DVD (en ce moment : "Mesrine" et "L'Echange") ! Combien ont pris la peine de s'intéresser à "La Vie moderne" de Depardon, ou à "La Vague" de Dennis Gansel (photo) ? Ce dernier film récolte une audience confidentielle. Il évoque pourtant une expérience d'endoctrinement totalitaire menée par un prof gauchiste dans son collège et s'avère passionnant à décortiquer et à commenter en classe.

A l'opposé, certains enseignants ont parfois un comportement surprenant. Illustration par cette confidence d'un attaché de presse : "Quand on cherche à organiser des scolaires pour "La Forteresse", les enseignants ne sont pas là. La plupart du temps, ils nous prennent de haut, comme si nous étions des marchands de soupe. Et puis un jour, je reçois un mail d'un prof qui m'annonce sa venue, avec sa classe au complet, pour la projection de presse de "The Wrestler" avec Mickey Rourke. Il m'a insulté quand je lui ai expliqué qu'il n'en était pas question..."


Semaine des médias à l'école

 

Du 16 au 20 mars 2009, les classes de Suisse romande sont invitées à prendre part à la 6ème édition de la Semaine des médias à l'école. Thème de cette édition : "Un fait, des infos". Une trentaine d'activités calibrées pour les différentes tranches d'âge et deux concours sont mis sur pied. Le délai pour les inscriptions sur le site www.e-media.ch court jusqu'au 27 février 2009. Au 10 février, un pointage montre que les classes vaudoises sont en tête :

VD : 39 classes inscrites

NE : 34 classes inscrites

FR : 24 classes inscrites

JU : 18 classes inscrites

VS : 18 classes inscrites

GE : 12 classes inscrites

BE francophone : 7 classes inscrites

Motivez-vous et motivez vos collègues !


Paresse intellectuelle

Ancien journaliste, Christophe Hans est aujourd'hui chargé de communication au Département fédéral de l'Economie publique (dirigé par Doris Leuthardt, photo). A l'occasion des Assises du journalisme, la semaine dernière à Genève, il a tiré un portrait peu flatteur de l'état de la profession. Extraits :

"D'accord, il y a une concurrence effrénée entre médias, qui n'aide pas, mais les journaux sont-ils encore une entreprise intellectuelle ? Les journalistes viennent parfois me demander si j'ai un scoop pour eux. Je réponds qu'un scoop, ça se mérite".

Autre travers repéré par Christophe Hans : le consensus autour d'une pensée unique : "Je n'aime pas quand un média répète ce que disent les autres, quand un journaliste se borne à écrire la suite de ce que les autres ont écrit".

Saisi de 7 à 10 demandes d'interview de Doris Leuthardt par semaine, le porte-parole doit décevoir beaucoup d'interlocuteurs. Mais il sa lamente du niveau de certaines questions transmises à la Conseillère fédérale. Exemple : "Que pense Mme Leuthardt des ongles noirs de Rachida Dati ?"

De son côté, Christophe Hans assure faire essentiellement de la communication sur les affaires du Département à l'intention du public. La gestion de l'image de sa cheffe ne lui prendrait que 3% de son temps de travail...


Cause toujours, ça intéresse les médias

« Nos salles de rédaction souffrent du même syndrome que les salles des maîtres : nous vivons beaucoup trop en circuit fermé ! » L’aveu a été lancé mardi par le journaliste de 24 Heures Jean-Marc Sandoz. Il s’exprimait à Genève lors des Assises du journalisme organisées par Impressum. Les mirages et les avantages du journalisme participatif ont donné lieu à un stimulant échange.

Un journaliste (Hubert Gay-Couttet) face à un expert : deux conceptions du temps qui ne se rencontrent pas ?

Le journalisme participatif ne marque-t-il pas une démission du journalisme ? Pour le directeur de l’information à la Radio Suisse Romande, ce n’est pas le cas : « Notre plateforme Wikiforum est destinée à réunir une expertise que l’équipe RSR n’a pas ». Problème : faire venir spontanément des experts pour qu’ils donnent des avis éclairants dans un espace dédié sur Intenet marche très moyennement pour l’instant. « Les experts ont horreur du vide. Ils préfèrent s’insérer dans un débat déjà existant », analyse Patrick Nussbaum.

 

Face aux manifestations actuelles du journalisme dit « participatif », la journaliste et écrivaine Silvia Ricci Lempen oppose un grand scepticisme : « La démocratie présuppose que chacun a un droit concret à influencer la marche de la société. L’espace participatif est trop souvent sous le signe du : « Cause toujours, tu m’intéresses ! » Il faudrait que les avis exprimés contribuent à construire la réalité. Pas seulement à remplir des cases vides. On donne aux gens l’illusion de participer aux débats en légitimant l’entrée dans l’espace public d’avis pas forcément intéressants. Combien de fois la contribution des lecteurs/auditeurs pénètre-t-elle assez loin pour obliger les journalistes à modifier la construction d’un sujet ? »

 

« En permanence ! » affirme Patrick Nussbaum, qui va même jusqu’à prétendre que 5 à 10% des sujets qui passent à l’antenne ont directement été inspirés par des apports d’auditeurs. Le représentant de la presse écrite est beaucoup plus circonspect : « Il faut une énergie incroyable pour aller chercher des blogueurs qui acceptent de rejoindre notre plateforme et maintenir la flamme, modérer ces blogs », observe Jean-Marc Sandoz de 24 Heures. Les inputs du lectorat qui débouchent sur des articles sont rarissimes. « Nos contributeurs n’arrivent pas à faire la différence entre ce qui est un sujet et ce qui n’en est pas un », déplore le journaliste.

 

Les gens du métier en sont conscients : c’est l’altération de la crédibilité des journalistes aux yeux du public qui crée le besoin de se tourner vers des citoyens experts. Aux Etats-Unis, le gourou du journalisme participatif Jay Rosen estime qu’un bon « gestionnaire de plateforme participative » est plus productif que s’il écrivait lui-même. Pour le consultant Stéphane Koch, il y a bel et bien dans la société une expertise à exploiter. Le métier de journaliste doit évoluer. Mais il faut que chaque intervenant soit bien identifiable (journaliste ou pas ?). Et le mélange des apports implique un plus grand effort pour garantir la transparence et la crédibilité des sources. Autre paramètre à prendre en considération : sur Internet, les sites d’information romands sont davantage consultés en fonction d’un bon référencement sur d’autres sites qu’en consultation directe !

 

Patrick Nussbaum reconnaît qu’il doit exister un contrôle sur les contenus générés par les citoyens. Il faut établir une différence entre les « self media » et les « mass media ». Mais à supposer que les experts en viennent à se déchaîner sur les plateformes mises sur pied, les gens de la RSR auraient-ils les compétences pour arbitrer leurs querelles ? Un intervenant a aussi risqué une remarque malicieuse : « Le temps de l’expert n’est pas le temps du journaliste ! Seule une minorité d’experts acceptera d’entrer dans la temporalité propre aux « gestionnaires de plateformes »… »


Le choc du réel

"Lorsqu'on fait du cinéma ou qu'on écrit, il y a une sorte de devoir qu'il faut s'imposer qui est de parler du réel. Or le réel est par définition "ce qui ne va pas". Et ce qui ne va pas ne peut que susciter la révolte devant les innombrables injustices dont nous sommes quotidiennement témoins. Ce qui ne va pas doit interpeller le spectateur et faire agir son esprit critique. Il ne s'agit pas de faire des leçons. Il s'agit au contraire de rendre au spectateur ce dont par ailleurs on voudrait le priver, à savoir l'esprit critique."

Gérard Mordillat, réalisateur, dans "Médialogues" du 30 janvier.