Washington - Gaza : aller retour télévisuel
C'était la fin du lunch au Capitole, mardi soir. Après les toasts, Barack Obama s'est adressé aux invités d'une manière grave. Il s'est dit "en pensée avec Teddy" (le sénateur Kennedy, victime d'un malaise au début du repas). Cela faisait quatre heures au moins que l'Empire célébrait son nouveau maître en mondovision. Des analystes ont voulu continuer d'analyser. Nous, on a eu un petit coup de mou à l'heure de suivre la voiture blindée défiler sur Pennsylvania Avenue. Et on a zappé par hasard sur un hallucinant contrechamp : "Au coeur du Hamas", diffusé sur Arte.
Qu'est-ce que le Hamas ? Qui sont ses chefs ? D'où tire-t-il sa légitimité ? Quelles sont ses méthodes de gouvernement et de gestion du quotidien à Gaza ? Autant de questions qui restent sans réponse pour le grand public. La TV se borne à répéter depuis 3 semaines que c'est un "mouvement terroriste" qui tire des roquettes sur des villes israéliennes. Du coup, le document proposé par Arte (et réalisé par un Argentin) fait sensation. La manière dont le mouvement police les comportements, la liberté de presse et la pratique religieuse font froid dans le dos. Stupéfiantes, ces images de Gazaouis priant à l'extérieur des mosquées pour marquer leur résistance spirituelle ! Choquante, la riposte des policiers matraquant ces mauvais croyants ! Eberluante, cette apostrophe d'une femme voilée aux représentants du Hamas :
- Vous êtes pires que les Juifs !
Passé l'effet de surprise, on reprend sa lucidité. On se dit qu'un tel document ne peut être qu'une pièce de plus dans la "guerre des images". On suspecte un missile audiovisuel destiné à discréditer le mouvement palestinien sous couvert de suivi documentaire. Impression accréditée par la séquence finale, qui remontre quatre flashes à charge contre la gestion défaillante du Hamas. On surveille le générique de fin (toujours lire les génériques...). Et l'on découvre que les images d'archives ont été fournies par la télévision israélienne et par la Fondation de Steven Spielberg. Un Steven Spielberg qu'on venait d'apercevoir bien calfeutré, parmi les invités de Barack Obama. Aller-retour éclair entre le triomphe d'une certaine forme de démocratie et son contraire (le document d'Arte sidère par l'irrespect que se vouent Fatah et Hamas). D'un côté une injustice séculaire enfin réparée (l'affront fait aux Noirs), de l'autre une injustice persistante (la négation faite au palestinien moyen de vivre, de grandir et de travailler sur son lieu de naissance, dans un cadre décent).
Avec ses lumières et ses ombres, ce document sur le HAMAS est à voir pendant 7 jour sur www.arte.tv
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21 Janvier 2009 à 17:16 dans
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