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Joe le plombier, ou l'incapacité des politiciens à parler des gens réels

Lors du dernier débat des candidats à la présidentielle américaine, le nom d'un certain "Joe le plombier" a été mentionné à 20 reprises. Cette insistance trahit surtout l'embarras des politiciens du monde entier à parler des citoyens ordinaires sans tomber dans des généralisations vides de sens.

En langue américaine, "The Average Joe", c'est le type ordinaire, le citoyen moyen. Sarah Palin avait ravi les satiristes en s'adressant à "Joe Sixpack" (l'amateur de bières) lors du débat des colistiers. Un autre type ordinaire a fait une apparition remarquée lors du troisième débat entre Barack Obama et John McCain : "Joe le plombier". Au départ, c'est un type réel. Un artisan, dans l'assistance, qui s'inquiète de pouvoir un jour créer sa propre entreprise. Les candidats ont aussitôt sauté sur ce Joe-là pour justifier leur programme et stigmatiser celui de leur adversaire. Payerait-il davantage ou moins d'impôts ? Pourrait-il envoyer ses enfants à l'Uni ?

20 fois dans le débat, on a parlé de ce Joe-là, alors qu'il y a 300 millions d'habitants aux Etats-Unis.

Cette fixette montre toute la différence qu'il y a entre l'univers de la communication (le langage politique) et l'univers réel (avec ses cas particuliers et ses infinies nuances). On commence par identifier un personnage. On lui trouve une étiquette commode ("Joe le plombier", "le sans-papier" ou que sais-je) et on en parle à l'infini, au point qu'on ne parle plus au final de quelqu'un de réel. C'est devenu une entité abstraite, commode pour l'argumentation politique, mais détachée de toute incarnation.

Au fait, vous vous souvenez du plombier polonais ? Il est toujours aux abonnés absents.