La tyrannie du regard extérieur
"Ma fille fait des effort conséquents pour s'habiller de manière personnelle et recherchée. Mais dans la rue, j'ai fréquemment l'impression de la croiser". Samedi au Musée de l'Elysée, le sociologue Yves Pedrazzini a partagé ce constat lors de la table ronde consacrée à "L'image de l'adolescence" : "La recherche de la personnalisation est anéantie par le conformisme de la consommation." Il y a tension contradictoire entre l'envie d'être quelqu'un (d'original) et l'envie d'être comme tout le monde.

"Personne ne se construit seul. On se construit à travers le regard des autres. On dit qu'il faut tout un village pour élever un enfant", a souligné le psychiatre Gérard Salem. "Le drame ici, c'est que beaucoup sont amenés à se construire seuls ou presque. Les parents, par leur regard approbateur ou désapprobateur, contribuent pour beaucoup à la construction de l'identité d'un adolescent". Mais le psychiatre déplore une "faillite de la hiérarchie" : on observe des parents plus soucieux de séduire leurs ados que de les cadrer. A l'extrême, c'est la maman qui s'habille comme sa fille pour assister au concert de Marylin Manson.
L'anthropologue Yann Laville a quant à lui jugé qu'il y a "instrumentalisation de la jeunesse". On fait jouer aux jeunes "le rôle d'explorateurs des limbes. On les pousse à aller vers des expériences limites que les adultes ne peuvent pas se permettre. Ils sont encouragés à provoquer le scandale par la société du spectacle". Dans les looks et les comportements, certaines choses sont ensuite acceptées et puissamment récupérées par le commerce, d'autres sont refusées.
La sur-représentation de l'adolescent dans l'espace médiatique n'est certainement pas la preuve d'une prise de pouvoir par lui. Elle est plutôt le signe d'une société composée de "vieux jeunes" nostalgiques...ou carrément atteints du syndrome de Peter Pan! "Les ados, comme les femmes, sont dans la tyrannie du regard extérieur", n'hésite pas à dire Gérard Salem. Sur les photos de leurs blogs, "ils produisent en amateurs une esthétique qui n'est pas reconnue par les adultes", observe la chercheuse Laura Morsch. Cette esthétique ado n'a de chance d'être reconnue que si elle rejoint l'esthétique voulue adolescente produite par les adultes et inscrite dans un marché.
Christian Georges
Photo : Une des illustrations de l'exposition "Teen City", à voir au Musée de l'Elysée à Lausanne jusqu'au 26 octobre.
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17 Septembre 2008 à 12:53 dans
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