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Festival de Locarno (6) : Jacqueline Veuve

Dans "Un petit coin de paradis", Jacqueline Veuve montre la renaissance problématique du hameau d'Ossona en Valais. Elle y confronte le regard des anciens habitants avec des adolescents d'aujourd'hui, de façon méritoire et touchante.

D'un côté, il y a ceux qui ont connu Ossona avant sa désertion complète. Ils se souviennent de la neige qui montait jusqu'au genou l'hiver, qui mouillait les bas de laine toute la journée. Ils se souviennent des fleurs, des papillons et du bruit de l'eau sous les raccards. Ils se souviennent de la bûche sur laquelle il fallait s'agenouiller à l'école quand le maître était de mauvais poil. Ils se souviennent de leurs 19 ans, passés à bétonner le barrage de la Grande Dixence, 11h par jour, sept jours sur sept.

En face, des adolescents jugés difficiles. Une fois par semaine, ils viennent participer à la renaissance d'Ossona. Car Ossona renaît! On investit dans un projet d'agro-tourisme. Un gérant courageux a pris le risque de faire tourner le domaine agricole. Des maisons sont rénovées. Pour quel avenir ? Le film montre les ambivalences d'un tel projet. Car il n'est pas facile de cumuler rentabilité économique, intérêt touristique et développement durable.

Jacqueline Veuve reconnaît n'avoir pas choisi la facilité en tournant ce film sur deux ans et demi, avec des adolescents parfois peu motivés. "Ils faisaient leur crise pendant une heure. J'étais obligée d'aller négocier avec eux, en leur expliquant que le cinéma, c'est cher..." Son abnégation a fini par payer. D'abord indifférents ou peu concernés par les récits des anciens, les adolescents font craquer leur carapace. A la fin du film, ils disent qu'ils seront fiers de montrer un jour à leurs petits-enfants leur contribution à la renaissance d'Ossona. Ils sont entrés en apprentissage. La vie est un apprentissage perpétuel et le cinéma tel que le pratique la délicieuse Jacqueline Veuve y contribue.


Festival de Locarno (5) : Pékin 2008, concours de tir au pigeon

Il arrive que les films présentés à Locarno offrent un contre-champ bienvenu à la réalité du moment. C'est le cas de "Festin de brutes", du Chinois Pan Jianlin. Cette histoire d'un jeune homme naïf prêt à vendre un rein n'obtiendra sans doute jamais d'autorisation d'exploitation dans son propre pays. Mais son protagoniste mérite le titre de champion olympique de tir au pigeon (dans le rôle du pigeon).

La camionnette passe devant le "nid d'oiseau", le fameux stade olympique de Pékin. Mais son conducteur n'y accorde aucune attention. Il est préoccupé par d'autres soucis. La maladie d'un père, les factures du traitement à payer. Le chauffeur-livreur n'a pas d'argent. Alors il cède à des sirènes qui lui font miroiter une forte somme. Condition : céder un rein. "Festin de brutes" montre avec douceur un commerce d'une incroyable brutalité. Il expose tranquillement ce que beaucoup subodoraient. Oui, les organes des condamnés à mort chinois ont longtemps été exploités. Mais la Cour suprême veille maintenant au grain. Il faut trouver de nouveaux donneurs consentants. Car les clients se pressent au portillon : Japonais, Arabes, occidentaux... Un rein tout neuf se négocie 800.000 yuans. Mais les trafiquants ne promettront que 100.000 yuans au donneur, quitte à lui donner beaucoup moins en réalité, ou à ne lui laisser que les yeux pour pleurer.

A la fin du film, blousé, le jeune imprudent se retrouve devant le cadavre de son père. On lui refuse un certificat de décès. Il doit courir de comité de quartier en commissariat pour en obtenir un. Comme quoi il est plus facile de mener à bien un don d'organes avec la complicité des médecins que d'obtenir une simple formalité administrative dans la Chine de 2008. Sûr que le film aura du mal à trouver le chemin des écrans...