Festival de Locarno (1) : Amos Gitaï
Le ciel a été coopératif : alors que la météo annonçait à 90% la probabilité de pluie jeudi soir, le Léopard d'or a pu être remis au sec au cinéaste israélien Amos Gitaï (ci-dessous à droite, aux côtés du directeur artistique Frédéric Maire)

Locarno montre beaucoup, beaucoup de films. Beaucoup de premières oeuvres, beaucoup de noms inconnus. Mais quand peut-on dire qu'on a affaire à un cinéaste et pas à un simple réalisateur ? Le directeur de la Cinémathèque française, Serge Toubiana, a donné une réponse toute simple : "Quand celui ou celle qui a fait le le film donne le sentiment d'avoir une vision du monde et une vision du cinéma. Quand ces deux choses sont réunies, on a affaire à un cinéaste".
Devant "Ecce Bombo", de Nanni Moretti (dans la rétrospective), on sait donc qu'on a affaire à un cinéaste : le film est imparfait au possible, sa lumière laide à faire peur, mais le bonhomme se situe en violent décalage. On n'est pas chez lui dans un de ces films d'Alberto Sordi où tout le monde y l'est beau et y l'est gentil, fascistes et communistes confondus. Dans "Ecce Bombo", Moretti acteur n'est pas encore Moretti. Il n'est que Michele Apicella, étudiant attardé qui vit encore chez ses parents et traîne avec ses potes. Ceux qui se figurent que les années septante étaient celle de l'élan militant et de la désinvolture hippie seront surpris par la tonalité du film, par l'ennui qui frappe ces jeunes étudiants, confrontés autant à l'impasse politique qu'à la difficulté de s'épanouir et de parler aux filles. Moretti montre une génération incapable d'éprouver de la joie, torturés par des angoisses tour à tour futiles ou existentielles. Ses tentatives de susciter le rire et de secouer la torpeur n'en apparaissent que plus méritoires dans ce contexte de sinistrose grave.
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08 Août 2008 à 13:26 dans
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