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Mediablog

Haute définition

A la réception genevoise de la Télévision suisse romande comme dans les supermarchés de l'électronique américains, les grands écrans plats à haute définition s'affichent, clinquants. Si leurs performances sont par moments bluffantes, une interrogation assaille le chaland : la HD d'accord, mais pour quelles finalités en termes de contenu ? Est-ce que la qualité HD est nécessaire pour tout programme télévisé ? Permis d'en douter.

Prendre un bain de HD à l'occasion de vacances outre-Atlantique apporte quelques enseignements. L'écran LCD d'une diagonale de 126 centimètres offre des images parfois époustouflantes, parfois moins convaincantes. Même les canaux qui diffusent en HD ne sont pas exempts d'images décevantes, saturées de "bruit" (ce fourmillement de pixels indécis, dans les masses de tons foncés). 

Les showrooms des vendeurs d'électronique savent y faire pour hameçonner le client. Ici, un lecteur blu-ray diffuse le DVD d'un concert à Madison Square Garden : la qualité d'image laisse sans voix. Les subtilités les plus douces des éclairages sont rendues à la perfection. Magique! Mais cette magie s'éteint quand, dans un autre programme consacré à un musicien, on le voit répondre aux questions à la table d'un bar. L'artillerie coûteuse de la Haute définition mérite-t-elle d'être convoquée pour restituer une banale conversation ? Certainement pas! Cette débauche de moyens high tech devient même franchement ridicule lorsqu'il s'agit de meubler des temps morts. Exemple : durant l'interruption d'une course automobile, les reporters interviewent longuement le chef de la fédération. Chaque verrue, chaque détail disgracieux du physique des intervenants éclate à la figure du spectateur en qualité HD.

Les canaux qui diffusent en HD alternent aussi le pire et le meilleur, parfois de l'inattendu. Exemple saisissant : une chaîne consacrée à la nature diffuse le matin, sans commentaire, des plans fixes du frémissement de l'aube sur les montagnes. C'est majestueux. En soirée, une autre chaîne saucissonne les étapes du Tour de France en tranches aussi épaisses que les intermèdes publicitaires. C'est ce que la télévision commerciale peut proposer de plus insupportable. Et c'est ce que les spectateurs des Etats-Unis s'apprêtent à vivre avec les Jeux olympiques de Pékin sur CBS : un spectacle en différé, complètement trafiqué dans sa dramaturgie, pour donner aux messages des annonceurs la part du lion.

Reste à faire comme cette famille du Massachussetts : enregistrer les matches de baseball sur disque dur puis les regarder en différé, en passant en accéléré sur les blocs publicitaires. Mais là encore, la HD ne parvient pas à pallier au manque de rythme des rencontres les plus soporifiques...