Festival de Locarno (2) : Lionel Baier
Lionel Baier ne manque ni de culot ni de ressources. Présenté samedi en compétition à Locarno, « Un autre homme » s’attaque avec brio à un petit monde rarement représenté : les critiques de cinéma en Suisse romande.

En réalité, c’est par accident que François Robin (Robin Harsch) échoue dans la profession. Au départ, il n’est que le pigiste d’une feuille locale : « L’Echo de la Vallée de Joux ». Mais sa tâche consiste aussi à voir le film qui passe au cinéma du Sentier chaque semaine. Avec pour mission d’en dire un peu de bien, puisque l’exploitante paie chaque mois des encarts correspondant au salaire du journaliste… Cinéphile par accident, homme velléitaire et sans avis, François plagie les revues parisiennes et se met à fréquenter les visions de presse à Lausanne. Il s’intéresse surtout à la critique vedette du journal « L’Epoque » (Natacha Koutchoumov) qui va se jouer de son désir avec perversité.
Lionel Baier bâtit un film dans le style des cinéastes romands des années septante, les Tanner, Reusser, Goretta, Soutter. Beaucoup, avant Locarno, se demandaient si le réalisateur en profitait pour régler des comptes précis. La vision du film donne à penser qu’une telle interprétation est abusive. C’est d’abord une manière d’être que le film brocarde, quelle que soit la profession exercée. Il y a mille façons d’être un imposteur, en couple, en famille, entre collègues, comme chef d’un office fédéral ou comme cinéaste. Si « Un autre homme » fait beaucoup rire (jaune), c’est qu’il renvoie à leurs contradictions des gens payés pour distinguer le Beau du Laid, en invoquant l’éthique et les grandes valeurs, alors qu’ils se débattent comme tout autre avec leurs petites lâchetés, leurs frustrations et leurs factures à payer à la fin du mois.-
09 Août 2008 à 17:22 dans
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