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Mediablog

Besoin d'oxygène

Y a-t-il un avenir pour le journalisme ?

C'est la question impertinente que pose le no 3052 de Télérama. L'hebdomadaire a invité le vieux routier Jean-François Kahn et l'animateur de radio Nicolas Demorand à donner leurs visions pour l'avenir. Le second dresse un constat d'autocritique sévère. Extrait :

"Les journalistes sont dans une bulle, tournent avec les mêmes infos, les mêmes mots, avec des effets de consensus et de conformisme. Nous manquons d'envie de débattre sur les idées, de nous contester les uns les autres, de nous répondre d'un éditorial à l'autre, mais nous manquons aussi d'inventivité et d'imagination. Pris dans la routine quotidienne, nous cédons à telle facilité, à telle petite phrase, sans nous dire : aujourd'hui je pourrais reprendre la main sur l'agenda gouvernemental ou économique, sur l'agenda des industries culturelles, aujourd'hui je vais créer moi-même ce que j'estime être l'actualité, porter à la une un fait qui me semble essentiel, ne pas me contenter de reprendre en boucle les infos des autres".


Le pouvoir de la presse

Lu sur l'affichette du quotidien "Le Matin" placardée dans les devantures de tous les kiosques de Suisse romande, jeudi 10 juillet :

Yvan Perrin :

"Non, je ne

suis pas

homosexuel"

"Le pouvoir du journaliste ne repose pas sur le droit de poser une question, mais sur celui d'exiger une réponse" (Milan Kundera, écrivain)


Les magazines qui cartonnent

"Les magazines de programmes TV français, Télé 7 jours, Télé Z et Télé Loisirs vendent chacun davantage d'exemplaires que les trois grands newsmagazines que sont L'Express, Le Point et Le Nouvel Observateur réunis..."

Albert du Roy, journaliste, cité dans le "Médiatic" (journal des sociétés des auditeurs téléspectateurs de la RSR et de la TSR).


Heu-reux !

Les écoliers du Geyisried (Bienne) s'étaient distingués lors du Concours de Unes de la Semaine des médias à l'école. Pour récompense, ils se sont vus offrir une visite de la Télévision Suisse Romande suivis d'un détour en car par le Signal de Bougy. Ils nous envoient ce petit clin d'oeil sympa.


L'icône Ingrid

Bien sûr qu'il y avait de l'émotion, jeudi soir sur toutes les chaînes de télévision qui montraient les images de retour à la liberté d'Ingrid Betancourt. Mais il y avait bien davantage.

C'est le genre d'événement qui bouleverse le format habituel des TJ. Tout à coup les coutures craquent, les sujets calibrés dans leurs petites boîtes explosent. Le spectateur sent l'événement d'abord au fait qu'il n'est plus bercé par le flux des petites perles habituelles. Sur France 2, David Pujadas peut s'entretenir longuement avec Ingrid Betancourt en direct de Bogota avant que le flux satellite ne s'interrompe brutalement, lors de la réponse à sa dernière question.

Il est tout chou, Pujadas, à son pupitre. Il a la tête inclinée. Il sourit. Il n'est pas le ravi de la crèche mais presque. En admiration devant l'icône. Car personne n'est plus icône que Betancourt en ce moment. Icône médiatique, icône de le résistance à l'arbitraire, icône de l'injustice faite aux femmes, faite aux victimes de tout poil.  Icône de la famille recomposée, en amour avec ses deux maris. Icône de l'amour maternel aussi, avec ses deux enfants magnifiques. Icône parce que son visage rappelle celui d'autres icônes. Icône de ce que chacun voudra bien y voir dans la foule de ceux qui n'ont plus rien à adorer.

Ces deux derniers jours, la télévision n'en pouvait plus de présenter l'icône vivante. "C'est un miracle!" a dit Ingrid en descendant de l'avion. Elle s'est agenouillée avec son chapelet en joignant les mains et les objectifs crépitants n'auront pas plus belle image à montrer cette année que ce visage de plénitude. Enfin! Enfin, les médias pouvaient se dédouanner de montrer autant d'images négatives à longueur de temps. Il donnaient le change avec une seule image. On frisait le léger délire idolâtre, mais Ingrid donnait raison à cette explosion des codes par son intelligence, par sa sagesse, par sa beauté sereine. Et à tous ceux qui étaient menacés de cécité, à se griller les rétines devant sa face radieuse, elle donnait un conseil qu'elle appliquera d'abord avec ses proches : "Je serai attentive à choisir les mots précis pour véhiculer les sentiments exacts".

Est-ce que Pujadas écoutait, à ce moment-là ?

Christian Georges


Les dépenses médias des Suisses (1)

Au cours de l'année 2007, les Suisses (ménages et entreprises) ont dépensé 11,3 milliards de francs pour les médias. L'évolution montre une bonne résistance de la presse écrite, mais un essor important des dépenses pour les téléchargements de services et de contenus médias via Internet.

Toujours très attendue, l'étude de l'association Presse Suisse a le mérite de bien dissocier les dépenses. En clair, les Suisses ont dépensé en 2007 :

6,2 milliards pour les contenus médias (redevance radio-TV incluse) (+3,5%)

3,5 milliards pour des appareils destinés à l'usage des médias (radios, TV, ordinateurs) (+13,5%)

1,6 miliard pour l'accès (abonnement au câble et forfaits Internet surtout) (+ 5,1%)

Au chapitre des contenus, les dépenses se répartissent de la manière suivante :

1,8 milliards pour des contenus de presse écrite (-3,1%)

1,4 milliard pour des contenus achetés sur Internet (+24,1% !)

461 millions pour écouter la radio (via la redevance)

823 millions pour regarder la télévision (redevance et pay-TV)

208 millions pour le cinéma (en recul de 15,5% par rapport à 2006)

812 millions pour les livres (+2,5%)

724 millions pour des supports médias (CD, DVD, jeux vidéo) (-2,8%) 

Il est intéressant de constater que la presse écrite tire 58% de ses revenus de la publicité et 42% des ventes. Celles-ci se montent à 1,8 milliard. Si les abonnements représentent 1,13 milliard (dont 570 millions pour la presse quotidienne), les ventes en kiosque totalisent encore 646 millions de francs. Ces ventes en kiosque sont en recul de 30 millions par rapport à 2005.

Ces comportements nouveaux ne sont pas sans effets sur les décisions des éditeurs. La semaine dernière, on aura remarqué la spectaculaire décision du quotidien "Le Matin" de supprimer ses bureaux régionaux. Une nouvelle formule sera lancée en septembre. Mais d'aucuns, chez Edipresse même, prédisent que l'éditeur pourrait bien lâcher son ancien navire amiral pour concentrer tous les moyens sur "Le Matin bleu" gratuit...


Télé Président

La démocratie progresse-t-elle en Afrique ? C'est la question que pose "Courrier international" cette semaine. C'est aussi un enjeu largement débattu en marge de la farce électorale organisée par Robert Mugabe au Zimbabwe. Les observateurs qui se refusent à céder au pessimisme pointent les pays qui apportent des lueurs d'espoir. Parmi eux, le Sénégal. Mais une anecdote récente montre le chemin qu'il reste à parcourir.

Cette anecdote nous a été rapportée samedi par Raymond Vouillamoz. L'ancien directeur des programmes de la Télévision suisse romande effectue parfois de missions de formation auprès de professionnels africains. Qu'a-t-il constaté à Dakar ?

"Les gens de la télévision nationale s'arrachent les cheveux. Une unité de production TV indépendante, rattachée à la présidence, produit chaque jour plusieurs minutes d'émission à propos des faits et gestes du président. Cela peut durer jusqu'à 15-20 minutes. La cassette est transmise au dernier moment, en début de soirée, avec obligation de la diffuser. Or ceux qui la reçoivent ne savent jamais à l'avance combien de temps cela va durer. Un casse-tête pour organiser le téléjournal! Et le président vérifie que la diffusion a bien lieu."

Abdoulaye Wade, président du Sénégal.


Sarkozy off the record

Pour marquer le début de la présidence française de l'Union européenne, Nicolas Sarkozy est intervenu en direct lundi soir, sur le plateau de France 3. Comment se comporte un homme politique en passe de réformer une chaîne publique, dans les instants qui précèdent un direct ? Grâce au site Rue89, qui s'est procuré la vidéo, on sait. Six minutes éloquentes à regarder ici. Pas sûr que ce président de la république obsédé du contrôle de son image apprécie la fuite...