Journalisme participatif (suite)
Impliqué dans des projets en rapport avec la société de l’information, enseignant dans des hautes écoles, Stéphane Koch réagit à un article du "Temps" du 30 mai et à la problématique du "journalisme participatif" en général. Il nous transmet ses considérations :
"Il est amusant de noter que quelque part le journalisme a toujours été "participatif"... La citation ou les propos relevés par les journalistes lors d'une interview étant des formes de participation. Cela dit, il s'agit d'un aspect participatif cloisonné, où le participant n'a pas son mot à dire. Il est à la merci d'un traitement inadéquat ou biaisé de l'information fournie, ou encore d'une mauvaise interprétation de ses propos.
L’article du Temps : L'ère du journalisme « participatif » illustre bien ce problème. J’ai eu une conversation de plus de quinze minutes avec le journaliste, au cours de laquelle j'ai rejeté le terme de "journaliste citoyen" et plutôt insisté sur les notions de collaboration et de contribution de tiers, ainsi que sur la complexification grandissante de l'environnement de l'information ; argumentant que « journaliste » n’était pas seulement un titre, mais le résultat d’une formation - et qu’en toute logique cette « complexité » redonnerait au journalisme ses lettres de noblesse. En effet, on assiste actuellement à un parasitage des canaux informationnels par une multiplication de contributions dont il est difficile d’identifier la qualité et l’objectivité. Il est donc devenu indispensable pour le lecteur de pouvoir trier le grain de l’ivraie dans ce magma informationnel (plus riche en reproduction/retraitement d’un contenu existant, qu’en création de nouveaux sujets), et c’est là le rôle du journaliste.
C’est le choix du journaliste de ne pas tenir compte des propos ci-dessus, mais il se doit néanmoins de respecter le sens du ceux-ci dans le choix de ce qu’il va refléter - de l’interview - dans son article : Oui, en effet j’ai plus ou moins dit que « Tout le monde est victime du marketing de ces nouvelles technologies, y compris vous les journalistes, y compris les lecteurs ou auditeurs. Il existe un décalage entre la maturité de ces technologies et la réactivité de leurs usagers. L'intégration culturelle et sociologique de ces outils peine à se réaliser.». Mais je l’ai dit en insistant aussi sur le fait qu’il va falloir être patient. En clair, j’ai expliqué et justifié le peu de collaboration, et la lenteur du modèle participatif, tout en l’estimant indispensable. Ce qui ne ressort pas dans l’article ; et donne l’impression, au contraire, que j’abonde dans le sens d’un constat d’échec.
Pour finir, j’ai aussi dit que les journalistes se tiraient une balle dans le pied à utiliser le terme de « journaliste citoyen » pour expliquer le modèle participatif… Et ce n’est pas sans une légère pointe d’ironie que je me demande : si je suis ce « spécialiste genevois des médias » à quoi ça sert que l’on m’écoute, si on ne m’entend pas… Surtout que le journaliste m’a contacté suite à une intervention que j’ai fait lors de l’émission de la RSR, le Grand 8, durant laquelle j’avais une prise de position identique à celle ci-dessus."
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02 Juin 2008 à 11:46 dans
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