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Mediablog

FINKIELKRAUT en flagrant délit de diffamation

Alain Finkielkraut récidive. Rien de tel pour l'intellectuel français que d'entretenir sa notoriété en attaquant des Palmes d'or qu'il n'a pas encore vues. Kusturica avant-hier, Laurent Cantet aujourd'hui. Finkielkraut allume les hostilités et déclenche aussitôt sur le forum du Monde.fr un torrent de réactions qui construisent une idée totalement erronée du film. Pour nous qui l'avons vu en primeur à Cannes, c'est à HURLER!

"Entre les murs", de Laurent Cantet.

Le titre de l'article donne la couleur : "Palme d'or pour une syntaxe défunte"

"On jugera le film de Laurent Cantet lors de sa sortie en salles. Peut-être sera-t-on intéressé, voire captivé par cette chronique d'une année scolaire dans une classe de quatrième à travers les tensions, les drames, les problèmes et les imprévus du cours de français. Mais s'il est vrai qu'après s'être vainement employé à corriger la syntaxe défaillante d'adolescentes qui se plaignaient d'avoir été "insultées de pétasses", l'enseignant finit par utiliser certaines tournures du langage des élèves, "plus efficace que le sien", alors on n'aura aucun motif de se réjouir," lance le faux dèrche dans les colonnes du "Monde". Il n'a rien vu mais il a déjà jugé : le film est porté par un enseignant démissionnaire (François Bégaudeau), qui abdiquerait face à ses élèves.

RIEN N'EST PLUS FAUX!

Le film montre au contraire le combat quotidien qui se joue en classe pour faire respecter les usages, autant dans la communication interpersonnelle que dans la langue écrite. Il montre un enseignant qui paye de sa personne, non pas pour rester dans sa tour de haute culture, mais pour aller ferrailler par les mots (précis, recherchés) avec ceux qui disputent son autorité et ses tournures de phrase.

Parmi une bonne rasade de réactions désespérantes sur le forum du "Monde", une phrase nous met du baume au coeur :

"Devenu enseignant j'ai fait mienne une règle simple : me mettre à la portée des élèves, pas à leur niveau."

Ou cet autre message, dans le courrier des lecteurs de Télérama :

"D'habitude je regarde le palmarès de Cannes d'un oeil amusé, distant, pour les belles robes des actrices. Et là, ça me met en joie de voir le film de Cantet récompensé, et avec lui les élèves et les profs qui ne baissent pas les bras. J'enseigne depuis cinq ans et ça fait du bien, ça me rappelle que j'aime mon métier, où nous sommes peu considérés par la hiérarchie et parfois par les parents. Je ne peux m'empêcher de penser que cette récompense est collective, pour tous ceux "entre les murs". Merci!"

Christian Georges


Sur notre faim au Téléjournal ?

La crise alimentaire mondiale s'étend. Cinquante chefs d'Etat se retrouvent à Rome pour un sommet sous l'égide de la FAO. Vouloir résumer les enjeux d'une telle rencontre dans le cadre d'un journal télévisé, c'est presque mission impossible, comme on l'a vu mardi soir au 19:30 de la Télévision suisse romande. Séquence exemplaire à revoir ICI.

N'importe quel téléspectateur aura remarqué à quel point le chef de la rubrique internationale Hubert Gay-Couttet "ramait" pour sortir quelques éléments saillants dans le bref temps imparti. L'analyse de ce téléjournal aboutit aux conclusions chiffrées suivantes :

La TSR a traité 7 sujets en 30 minutes. Dans le détail, elle a consacré :

7 minutes 35 au retour sur l'accident de car scolaire en Haute-Savoie.

7 minutes à l'augmentation du prix du lait en Suisse

1 minute 30 au vote du Conseil des Etats sur les projets ferroviaires, (y compris 3e voie Lausanne-Genève)

1 minute 40 à la campagne présidentielle américaine (abandon d'Hillary Clinton ou pas?)

6 minutes 17 à la crise alimentaire mondiale

5 minutes au football (préparatifs des équipes à l'Euro).

1 minute 10 au tennis (défaite de Patty Schnyder)

Tous les médias ont de tout temps été confrontés à un problème de place. Mais c'est au journal télévisé qu'on mesure à quel point le costume craque de toutes parts. Et de plus en plus, l'antenne ne sert qu'à faire la promotion de contenus multimédia.

De manière méritoire, la TSR a ouvert un dossier spécial sur son site internet au sujet de la crise alimentaire mondiale. Le spectateur gêné par la rapidité du sujet diffusé mardi pourra se rendre compte que la chaîne a traité souvent cette problématique, notamment dans son édition du 8 mai, avec également un journal de bord très éclairant d'Yves Magat au Burkina Faso. La qualité du travail d'une équipe rédactionnelle ne devrait plus se juger uniquement sur des impressions fugaces de TJ...


Fantastoc

Dans "Soyez sympa, rembobinez!", Michel Gondry inventait le principe des films "suédés". Jack Black et ses potes tournaient en vitesse les remakes fauchés de grands classiques comme "Robocop" (photo). En vampires sans vergogne, la TSR et le Festival du film fantastique de Neuchâtel se réapproprient  le concept. Ils vous proposent de tourner vos propres remakes de films fantastiques, d'une durée maximale de 3 minutes. Vos horreurs sont à poster jusqu'au 15 juin.

Infos sur http://www.tsr.ch/tsr/index.html?siteSect=316901&sid=8823440

Journalisme participatif (suite)

Impliqué dans des projets en rapport avec la société de l’information, enseignant dans des hautes écoles, Stéphane Koch réagit à un article du "Temps" du 30 mai et à la problématique du "journalisme participatif" en général. Il nous transmet ses considérations :

"Il est amusant de noter que quelque part le journalisme a toujours été "participatif"... La citation ou les propos relevés par les journalistes lors d'une interview étant des formes de participation. Cela dit, il s'agit d'un aspect participatif cloisonné, où le participant n'a pas son mot à dire. Il est à la merci d'un traitement inadéquat ou biaisé de l'information fournie, ou encore d'une mauvaise interprétation de ses propos.

L’article du Temps : L'ère du journalisme  « participatif » illustre bien ce problème. J’ai eu une conversation de plus de quinze minutes avec le journaliste, au cours de laquelle j'ai rejeté le terme de "journaliste citoyen" et plutôt insisté sur les notions de collaboration et de contribution de tiers, ainsi que sur la complexification grandissante de l'environnement de l'information ; argumentant que « journaliste » n’était pas seulement un titre, mais le résultat d’une formation - et qu’en toute logique cette            « complexité » redonnerait au journalisme ses lettres de noblesse. En effet, on assiste actuellement à un parasitage des canaux informationnels par une multiplication de contributions dont il est difficile d’identifier la qualité et l’objectivité. Il est donc devenu indispensable pour le lecteur de pouvoir trier le grain de l’ivraie dans ce magma informationnel (plus riche en reproduction/retraitement d’un contenu existant, qu’en création de nouveaux sujets), et c’est là le rôle du journaliste.

C’est le choix du journaliste de ne pas tenir compte des propos ci-dessus, mais il se doit néanmoins de respecter le sens du ceux-ci dans le choix de ce qu’il va refléter - de l’interview - dans son article : Oui, en effet j’ai plus ou moins dit que « Tout le monde est victime du marketing de ces nouvelles technologies, y compris vous les journalistes, y compris les lecteurs ou auditeurs. Il existe un décalage entre la maturité de ces technologies et la réactivité de leurs usagers. L'intégration culturelle et sociologique de ces outils peine à se réaliser.». Mais je l’ai dit en insistant aussi sur le fait qu’il va falloir être patient. En clair, j’ai expliqué et justifié le peu de collaboration, et la lenteur du modèle participatif, tout en l’estimant indispensable. Ce qui ne ressort pas dans l’article ; et donne l’impression, au contraire, que j’abonde dans le sens d’un constat d’échec.

Pour finir, j’ai aussi dit que les journalistes se tiraient une balle dans le pied à utiliser le terme de « journaliste citoyen » pour expliquer le modèle participatif… Et ce n’est pas sans une légère pointe d’ironie que je me demande : si je suis ce « spécialiste genevois des médias » à quoi ça sert que l’on m’écoute, si on ne m’entend pas… Surtout que le journaliste m’a contacté suite à une intervention que j’ai fait lors de l’émission de la RSR, le Grand 8, durant laquelle j’avais une prise de position identique à celle ci-dessus."


La radio participative

La Radio suisse romande persiste à faire ce que certains visionnaires préconisent pour les médias de demain : en appeler aux contributions du public, fédérer les savoirs des auditeurs, recourir à des expertises extérieures. Mais le nouveau rôle imparti aux journalistes fait bondir Pascal Décaillet, qui l'exprime sur son blog. C'est à lire ici :

http://www.impressum.ch/impressum/fr/i-news/i-Info/2008/0805/metier.html

 

On  peut également se poser la question des limites du recours à l'expertise extérieure. L'expérience de Wikipédia montre que des gens sont prêts à sacrifier de longues heures à partager du savoir. Mais quel temps non-rémunéré seriez-vous prêts à offrir à un média de service public ? Et avec quelles intentions cachées ? On peut imaginer qu'une bonne part des interventions expertes se feront dans une optique de relations publiques. A vérifier sur les ondes ces prochains mois...