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Mediablog

Complètement Stone

Paris Match consacre 14 pages au Festival de Cannes, mais fait sa Une sur Sharon Stone, "reine du glamour à 50 ans" (on croirait lire du Peter Rothenbühler). L'actrice ne présentait aucun film sur la Croisette (elle se bornait à animer des mondanités de prestige, comme le gala de l'Amfar, l'association américaine de récolte des fonds pour la recherche contre le sida). Illustration flagrante de la dérive "people" d'un magazine qui vante la grandeur et le prestige de la France quand il s'agit de montrer le couple Sarkozy-Bruni, mais qui renvoie en page intérieure le sacre d'un film français à Cannes. Très prisé des enseignants, "Télérama" n'a pas manqué quant à lui de faire sa Une sur le réalisateur Laurent Cantet et ses collégiens d' "Entre les murs". La Une d'un magazine en dit toujours long sur le public auquel il s'adresse.

  


Edouard Baer, palme du je-m'en-foutisme

On peut penser beaucoup de mal des Oscars. Mais au moins, les meilleurs scénaristes préparent des textes brillants et des saillies cocasses à mettre dans la bouche des présentateurs. Rien de tel au Festival de Cannes. En direct sur Canal +, dimanche soir, on l'a vu infliger à un public international médusé les divagations d'Edouard Baer (en photo, cet inénarrable chantre des "histoires sans intérêt"). Notre rédactrice cinéma Suzanne Déglon Scholer pousse un coup de gueule.

"Edouard Baer devrait être rôti à petit feu, puis donné en pâture aux cochons. Et encore, en voudraient-ils ?Quel connard prétentieux... cette cérémonie de clôture était en-dessous de tout! Compliment par contre à Polanski qui a fermé son clapet au connard de service en faisant très court.

Comment un festival aussi prestigieux que Cannes peut-il commettre une
bourde aussi monumentale en engageant un Baer pour une cérémonie de clôture?
Du cafouillage typiquement français.
Clint a bien fait de ne pas revenir et de refuser ce prix de consolation.
Il devrait emmener ses prochains films à Berlin."

En direct de CANNES

Nous sommes au Festival de Cannes jusqu'au 25 mai. Vous pouvez tenter de nous repérer ci-dessous dans le Grand auditorium Lumière. Vous pouvez plus facilement suivre nos chroniques paraissant chaque jour dans L'Express, L'Impartial, La Liberté, Le Nouvelliste, Le Journal du Jura, Le Quotidien jurassien et sur un blog . http://blog.lexpress.ch/cannes08/

Vivez avec nous les grands moments du festival !


Godard, réalisateur au TJ

C'est "Le Temps" qui nous l'a appris ce mercredi : la Télévision suisse romande confiera à plusieurs réalisateurs suisses le soin de boucler les sujets qui seront présentés au journal de 19:30, mercredi 14 mai (soir de l'ouverture du Festival de Cannes). Parmi eux - surprise - Jean-Luc Godard. L'auteur de "Notre musique", actuellement engagé dans la production de son nouveau film ("Socialisme"), bénéficiera d'une carte blanche de 2 minutes, tout comme Dominique de Rivaz.

On attend de le voir pour le croire, mais on salive d'avance...


Incisif

L'historien Jean Lacouture nous offre un percutant constat, dans la revue "Médias" du mois dernier. Applicable quotidiennement face à la pub et à tous les moyens de communication imaginables :

"L'image est crue, le mot est cuit"

A vous de juger s'il faut considérer "cuit" dans un sens positif ou négatif...


"L'Enfant" sacrifié

C'est l'un des plus beaux films des années 2000. Une Palme d'or à Cannes. La deuxième pour les Belges Luc et Jean-Pierre Dardenne (après "Rosetta"). Honneur rare. Film âpre et juste sur le désarroi des valeurs de la jeunesse contemporaine. Un film cru qui montre comment un jeune mec en vient à traiter son gosse comme il traite son portable : on peut le jeter et en avoir un nouveau plus tard...

La Télévision Suisse Romande programme "L'Enfant" dans la nuit de mardi à mercredi, à 00h50. En prime time, elle diffuse www.soeurtherese.com. En deuxième partie de soirée, elle reprogramme le nauséeux et ressassé "Basic Instinct".

On a envie de dire aux programmateurs : de quoi avez-vous peur ? De heurter l'intelligence et la sensibilité du public ?

Comme Bruno dans le film, vous vendez cet "Enfant" à la sauvette...

PS du 8 mai : "L'Enfant" est rediffusé sur Arte lundi 12 mai à 21h.


« La chute de Christoph Blocher »

Tout le monde paraissait à cran avant la diffusion de ce documentaire, dimanche 4 mai sur la Télévision suisse romande. Depuis des semaines, les élus UDC tançaient la chaîne romande pour sa lenteur à traduire un document d’origine alémanique. Selon eux, ce document apportait des éléments de preuve contre la « traîtresse » qui avait fait tomber leur leader charismatique. (Rappel : aucune chaîne de la SSR n'a pour obligation de diffuser ce qu'ont montré leurs consoeurs des autres régions linguistiques). En face, les adversaires politiques de l'UDC ne cachaient pas leur nervosité : la semaine dernière, le président du PDC Christophe Darbellay parlait de « journalisme à deux balles ». Le président du PS Christian Levrat manifestait sa condescendance pour une chaîne romande contrainte de « faire l’événement avec un document alémanique ». Dimanche soir, on a vu et on a pu juger sur pièce…

Premier constat : le fil complet des événements qui ont conduit à l’éviction de Christoph Blocher était connu depuis plusieurs semaines. Sur deux pages dans « Le Temps », le journaliste Ron Hochuli avait patiemment et minutieusement décrit chaque étape, dans une chronologie implacable. L’événement, il était bien là, au moment de la publication de cet article cet hiver. Le retentissement moindre qu’il a eu trahit une double faiblesse : l’audience modeste de la presse écrite face au rouleau compresseur télévisuel et la faible voix des Romands dans un pays à dominante germanophone.

 

Deuxième constat : le documentaire de Hansjürg Zumstein ne contredit pas l’article du « Temps ». Il n’apporte pas non plus de révélations décisives par rapport au travail du journaliste Ron Hochuli. C’est l’aboutissement d’un travail d’investigation forcément subjectif, qui a le mérite de pointer une exigence souvent sacrifiée : pour enquêter, il faut donner du temps aux journalistes !

 

Troisième constat : au fil des témoignages du film, on comprend surtout que les artisans de la défaite de Christoph Blocher ont réussi par leur capacité à dévoiler le moins possible leurs intentions. Une attitude à rebours des attentes des médias : taire un maximum, pour faire avancer un minimum une candidature de l’ombre ! 

Quatrième constat : remarquablement éclairé sur le contexte de l’élection (mais privé du rappel des faits marquants de la législature de Christoph Blocher au gouvernement), le spectateur sera incapable de se forger une conviction intime sur le fond de l’affaire (la prétendue « traîtrise ») : tout repose en effet sur la nature, le nombre et l'intensité des échanges qu’ont eus les deux Grisons, Andrea Hämmerle (PS) et Eveline Widmer-Schlumpf. Or ces conciliabules resteront à jamais hors caméra et hors micros !

 

Dernier constat : lors du débat sur « Infrarouge », l’UDC Yvan Perrin a été le seul à mettre en évidence la prudence avec laquelle il convient de prendre tout document audiovisuel (l'agencement des plans pouvant laisser une impression variable au spectateur). Louable précaution! De fait, au moins deux des choix de montage du film apparaissent litigieux : d’une part, Hansjürg Zumstein n’inclut aucune référence aux couleuvres avalées par la section grisonne de l’UDC avant le 12 décembre ; d’autre part, quand il mentionne les appels répétés (et sans succès) d’Ueli Maurer à la candidate surprise, le fait de montrer celle-ci, dans le train, en train de passer son portable à la passagère d’en face donne une impression accablante : ce plan accrédite l’idée qu’elle n’a pas voulu répondre au téléphone, alors qu’il est impossible de savoir qui appelait à ce moment précis…

Christian Georges

Le documentaire est à voir sur ce lien :

http://www.tsr.ch/tsr/index.html?siteSect=500000#vid=9037690